‹ Les maîtres de l'estampe japonaiseChapitre 27 sur 102 · Cf. C. II, 455, par Shunsho · texte numérisé non relu

Cf. C. II, 455, par Shunsho

HARUNOBU 91

dans les Contes des Monstres d'autrefois, livre où Shunyei et Shuiisho sont vraiment les précurseurs de Hokusaï, « peintre des apparitions », une goule macrocéphale aux pattes minces, poilues et griffues, tourmentant les âmes des simples, hantant leur sommeil, les harcelant par les champs et par les mers...

Car le Japon, si modéré dans l'expression de ses sentiments quotidiens, aime par contraste les images de 1 inquiétude et de la passion. Ce fut toujours un thème familier du théâtre populaire, reprenant de vieilles légendes consacrées déjà par des nô, que les amours des bonzes. Voici Seigen, décharné, en haillons, qui avilit en une coupable passion son caractère sacré ^ ; voici surtout les héros du drame fameux qui, au x^ siècle, eut le temple du Dojoji pour théâtre : le moine Anchin, épris d une femme, Kiyohime, s'enfuit pour ne pas renier ses vœux et se cacha sous la grosse cloche du monastère. Kiyohime, brûlant de passion et de rage, se transforma en gros dragon, poursuivit l'infidèle, et entourant la cloche de sa queue étouffa son amant dans le bronze quelle fondit. Chez Harunobu et chez Shunsho, nous voyons les moines qui dorment la tête entre leurs mains, une shirabyoshi dansant la danse du Dojoji, coiffée d'un éboshi jaune, tapant à deux baguettes sur son tsutsami, tandis qu'au fond de la scène on aperçoit, sur le ciel bleu, un prunier et une cloche, la grande cloche du temple, fameuse dans l'art du Japon depuis une dizaine de siècles '.

Enfin, parmi la foule lilliputienne, sur le pont Riyôgoku, défilent les énormes et impassibles lutteurs : fronts bas, lourdes bajoues, nez cassés, démarche pesante, mais souple, de ces balles de muscles et de graisse qu'une sélection et un régime sévères conservent encore, trait pour trait, au Japon

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