PI. XI
HARUNOBU 93
actions notoires de jadis. Elle a pourtant double vie et ses actes sont à double sens ; très présente, elle est toujours plus qu'à demi engagée dans le passé ; et avec la même aisance qu'elle se trouve de plain-pied avec la vie et les paysages quotidiens, la voici qui s envole dans les nuages, parcourt les siècles, jouant tous les rôles, évoluant dans tous les décors du répertoire classique.
Sans l'inscription portée sur l'estampe, quiconque ne serait pas familier avec les inévitables allusions aux classiques dont fourmillent la littérature et l'art de lExtrême Orient, ne s'aviserait pas que telle scène doit suggérer plus qu'elle ne représente et, loin du Japon du xviif, siècle nous transporter dans la Chine d'autrefois. Deux amoureux sont assis et jouent de la flûte : c'est une figuration en style populaire de l'empereur Genso de la dynastie Tang et de sa concubine Yokihi^ ; une jeune femme au large chapeau cherche sur un sol couvert de neige de jeunes pousses de bambou- : c'est Moso, un des Vingt-quatre parangons de piété filiale, qui brave le froid afin de satisfaire l'appétit d'un de ses parents ; sept jeunes femmes sont assemblées : c'est une allusion aux Sept sages dans la Forêt de bambon, prudhommes illustres qui, au temps de la dynastie Chin, avaient coutume de se réunir pour échanger des propos choisis et que l'humour de VUkiyo-ye transforme en sept Beautés, une dame noble, une jeune femme, une geisha, une prostituée, une veuve, une fiancée et une concubine ^