Contemplation de lointains, C. ii
3. Contemplation de l'eau, G. ii, 3G, Une jeune fille, passant sur un pont, met sa manche devant ses yeux, pour ne pas voirie torrent. — Pi-omenades en barque, 104, et 72, représentation populaire de Asaza buné, allusion au bateau où en compagnie de sa maîtresse le Shogun létsune, au xvii' siècle, aimait à fuir les soucis du gouvernement. — Lancement de bateaux et de hanabi, minuscules feux d'artifice, 82, 74, 176. — Reflets de lune, 141 et 261, de la série des Six Tamagawa : 182, .leune femme près de sa terrasse contemplant le passage lunaire; c'est 1 automne, elle pense à son époux qui
HARUNOBU 99
Entre toutes les fleurs, le Japon a toujours chéri la fleur de prunier, parce que timide, hésitante, un peu transie sur sa branche, toute menue dans l'espace encore vide et mort, elle est le premier sourire du renouveau... Le prunier, c'est sous son invocation que se place la fillette peinte parHarunobu : sans doute, elle aime à recueillir au fil d un ruisseau les pétales de cerisier, neige tiède et rosée, qui ne vient pas du ciel; elle aime à gagner en barque les champs aux larges feuilles sonores où les lotus s'épanouissent au-dessus des impuretés; mais les cerisiers parlent de plein printemps; les lotus, de plein été. Sa saison à elle, c'est le premier printemps, au moment qu'il s'éveille et qu'il pointe ; ses grandes sœurs, chez Kij'onaga et chez Outamaro, n'ont plus sa prédilection pour le prunier : lui dans l'année, elle dans la vie ne sont-ils pas du même âge et de la même humeur ? Suivre son instinct, se laisser guider dans la nuit pai* l'odeur des fleurs, 1 héroïne de Harunobu prête l'oreille à cette leçon de sagesse japonaise : aux lanternes, quand elle vient penser à son galant ou que par la vérandah elle le guide silencieusement vers sa chambre, le prunier est là dans l'ombre, tout blanc comme sa petite protégée qu'il encourage d'un sourire, d'un parfum '.
voyage au loin. — Passages d'oiseaux : cf. C. ii, 259, Jeune femme écoutant chanter les pluviers àMichinoku (série des Six Tamagawa) ; 184, Jeune pêcheur contemplant des grues, illustration populaire d'un poème de Fujiwara no Kiyomasa sur le vol des grues. — Fleurs : cf. C. ii, 240, Jeune fille recueillant des fleurs de cerisiers au fil d un ruisseau ; 169, Jeune femme contemplant un cerisier en fleurs, tandis que sa compagne balaye les pétales tombés, allusion à un poème de Ki no Tsurajadd, où les fleurs qui s'effeuillent sont comparées à une neige qui ne serait pas froide et qui ne viendrait pas du ciel. — Pour les lotus et les ii'is, fleurs de l'été, cf. 53, 253.
1. V. pi. XIV, et C. II, 66, Jeune fille éclairant avec sa lanterne un prunier en fleurs ; 166, Jeune homme attirant son amie qui s'attarde à regarder les fleurs de pruniers. — Contemplation des pruniers : 151, 190. Cueillette des fleurs de pruniers : 149, 115, 193, Jeune homme grimpé sur une balustrade et coupant une branche de prunier pour l'offrir à son amie, qui, pendant ce temps, cache la lumière d'une lanterne de pierre pour qu on ne la voie jîas en si douce comjiagnie.
Tant de légendes historiques, de beautés naturelles, de dieux, d'empereurs, de sages, de poètes, incarnés par cette fillette menue! Elle reste elle-même et en même temps elle est en confiance avec tous les personnages de la tradition, avec tous les aspects de l'univers ; elle parait être à son aise sur le dos de Daruma ou d'un oiseau légendaire ; les attitudes d'Ono no Komachi, on dirait que ce sont les siennes. Un tel naturel dans des rôles aussi variés, une telle familiarité avec le plus beau style d'autrefois, une telle souplesse à mêler tout le passé au présent sans qu'il y paraisse, voilà qui suppose chez cette jeune fille ou cette jeune femme, — qui rarement chez Harunobu est une courtisane, — une jolie nature, point habituée à ne penser qu'à elle, un raffinement inné dans les manières, et surtout l'âge heureux où l'on vit encore à moitié dans le rêve et déjà à moitié dans la vie qui vous appelle, où l'on est soi-même et d'autres personnages, dans une atmosphère semi-poétique, semi-réelle, au caprice de l'imagination qui préfigure l'avenir. Poète des seize ans et aussi poète du vieux Japon évoqué sous les dehors dune belle, Harunobu est le peintre de l'âge où Ton vit d'imitations, et son héroïne la plus jeune de toutes les belles de l'Estampe en est aussi la plus traditionnelle.
Et puis si cette bijin exprime avec tant d'aisance les attitudes, les sentiments d'autrefois, c'est qu'elle est dune race où la moindre allusion au temps jadis est saisie, sans qu'il soit besoin d'insister. Une inclinaison de la tête ou du corps, un geste devant une branche d'arbre, un vol d'oiseau : c est assez Les individus ne comptant pour rien auprès de l'éternité de la race qui vit en eux, c'est à la voix de la race que les vivants sont attentifs.
l'Jivl. Lonyuat,
BELLE GUIDANT UN JEUNE HOMME Collection JSIorcan.