‹ Les maîtres de l'estampe japonaiseChapitre 35 sur 102 · L. Auhert. VEsiaiiifc jajioiiaise · texte numérisé non relu

L. Auhert. VEsiaiiifc jajioiiaise

HARUNOBU 101

L'héroïne de Harunobu participe à la grâce, à la poésie, au style du passé qu'elle figure; à force de les incarner, elle se nimbe du halo des traditions, et à son tour elle leur prête son charme et sa jeunesse : elle aussi, elle surtout peut-être, parmi ses sœurs dont l'art japonais, depuis ses origines jusqu'aux dernières années de 1 estampe, s'est toujours plu à représenter les traits, a contribué à féminiser la tradition, la nature japonaise. A force de symboliser les dieux, les sages, les empereurs, les guerriers, les poètes, les saisons, les heures, par des femmes, de noter les affinités de poses, les harmonies de couleurs entre les belles et les sites où elles passent, l'Estampe a jeté sur l'histoire et sur le paysage du Japon une grâce de femme. De tous les poètes de la femme « image de ce monde éphémère », Harunobu reste le plus simple, le plus immédiatement accessible tout en étant le plus hanté par les allusions au passé, le plus humain tout en étant le plus japonais.

Car la radieuse jeunesse de son héroïne si évocatrice de traditions illustre à merveille la miraculeuse survie du passé en ces iles, où jamais il ne se juxtapose au présent sous des apparences vieillottes et boudeuses. Rien de fané, de décrépit; c'est la fraicheur, le luisant, l'éclat dun éternel présent : les très vieux arbres sont de l'espèce des toujours verts ; les cerisiers, les érables, les camélias ont une gloire fragile, mais qui tombe brusque, sans déclin , il n'est point de pierres ruinées en ce vieux pays qui rebâtit sans cesse et toujours pareil, à la manière antique et toujours jeune d'un essaim d'abeilles construisant sa ruche. Au regard de la régularité organique de 1 espèce se reproduisant toujours semblable, les écarts individuels ne comptent pas. Les vénérables temples dise, les plus anciennes reliques architecturales de l'Empire et qui ressemblent à des huttes homériques, sont reconstruits tous les vingt ans, toujours les

mêmes. C'est un style préhistorique dans du bois neuf. De même, la vénérable antiquité des gestes, des attitudes, des émotions et des croyances se survit sans ride chez les jeunes filles de Harunobu.

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