Cf. C. III
de satin, de brocart, décorés d'éventails, d'oiseaux, de fleurs, longues robes, qui étoffent la fluette Japonaise et lui donnent le port majestueux des grandes dames de Gainsborough ! Et quel raffinement dans Iharmonie des couleurs vives, — beaux noirs opaques et qui font chanter des roses, des tons saumon, des ocres jaunes, des ocres rouges, des verts-olive, des gris, des jaunes clairs ^ ! Rien qui soit à la galopine ou à la gourgandine chez ces courtisanes, qui gardent leur dignité même sur les albums erotiques, et qui prêtent de leur noblesse même à leurs servantes.
Des couleurs pimpantes, des lignes élégantes, des plaisirs simples et sains au grand soleil... Dire qu'au temps de Kiyonaga voilà plus d'un siècle et demi que les Japonais mettaient dans l'amour leur principale affaire ! Echappaientils donc à la rançon de lassitude, d'usure et de dégoût que traîne avec soi, sous notre ciel, l'habitude des passions? N'avaient-ils donc pas de vices, ces hommes et ces femmes aux dehors paisibles, inoffensifs? Etranges îles fortunées où, parmi d'éternelles fêtes galantes, aucun de ces désœuvrés ne s'ennuie, ne souffre, ne vieillit, ne meurt ; heureux paysages où ne s'allongent pas d'ombres !
Sharaku -, dans une salle voisine, nous présente l'envers
1. Les estampes, aux couleurs délavées, que de mauvais traitements et une exposition prolongée au soleil ont fanées, ou qui, par oxydation, ont viré au gris ou au noir, peuvent plaire à nos sens accoutumés aux tons rompus ; mais Kij-onaga les répudierait, lui qui aimait les tous frais et vifs et les oppositions brusques de tons chauds et de tons froids. Son Débarquement, pi. XVII, est une symphonie en noir et rose. — lia heureusement manié le noir ; peut-êti'e, toutefois, n'a-t-il pas d'aussi beaux noirs que Shuntcho et Sharaku. Les plus subtils de nos harmonistes contemporains peuvent se plaire devant telles des estampes de Kijonaga : un kimono rose entre un kimono noir et un kimono brun-rouge ; un kimono gris sur jupon rouge; un ofcz rouge sur kimono blanc légèrement soufré...
2. M. Raymond Kœchlin, dans son intéressante préface au Catalogue des 105 estampes de Sharaku qu'avait exposées en 1911 le Musée des Arts
des héroïnes de Kiyonaga : après les flâneuses de jour, les rôdeurs de nuit. C est un effrayant musée de dégénérés, à la trogne bestiale et méchante, de forcenés ou d abrutis, de phj'sionomies stupéfiées ou grimaçantes. Finis, les gestes mesurés, les scènes de pleine lumière, les attitudes harmonieuses, les expressions réservées : sur fonds nocturnes, une mimique frénétique de fantômes au teint blanchâtre, aux kimono bordés de noir, aux cheveux noirs ramenés en ailes de corbeaux de chaque côté du crâne rasé. Dans le vide de ces faces glabres, les petits yeux bigles, cernés de rouge, aux pupilles rencognées, collées au nez, les sourcils cassés en accents circonflexes, les bouches courbées en arc de cercle jusqu'au menton, ont le champ libre pour leur danse macabre : on dirait des fols sanguinolents qui se trémousseraient sur un parvis au clair de lune. Chacun tire à soi, — les sourcils en haut, la bouche en bas ; d un côté, les lèvres
Décoratifs, — jamais un tel ensemble et de si beau choix n'avait été réuni, — a cité, d'après l'ouvrage de Kurth sur Sharuku, un document japonais qui résume tout ce que nous savons de cet artiste : « Sharaku travailla durant la période Kwansci (1789-1800 II se nommait Toshusai, et Saïto Jurobei de son nom ordinaire II habitait à Yedo le quartier Hachobori Son maître est inconnu. Il fut danseur de nô du prince d'Awa ; il peignit des portraits d'acteurs. Comme à les peindre de façon trop réaliste, il en arrivait à des formes éloignées de la nature, le public ne le goûta pas longtemps ; après avoir travaillé un an ou deux, il s'arrêta II avait peint des bustes d acteurs; les fonds de mica qu'il y plaça le premier ont fait donner à ses nombreuses estampes le nom d'estampes micacées » — Contemporain de Shunsho, de Kiyonaga et d'Outamaro, Sharaku eut le même éditeur que ce dernier, et. comme Outamaro, il se plut à peindre des figures à micorps sur fonds micacés, sans qu'on puisse décider si cette double innovation doit être attribuée à lui ou à Outamaro.
La classification adoptée par MM Kœchlin et Vignier, en l'absence de dates et d'indications précises paraît rationnelle : d'abord le jeune phénomène Owarawayama et les lutteurs, C. m, 250-251; — les Bustes d'acteurs sur fond jaune, C. m, 252-260, v. pi. xviii ; — les Bustes d'acteurs sur fond argenté, C m, 261-283, v. pi xix ; — les vingt-trois estampes représentant les principaux personnages du drame des Quarante-sept Rônin ; fmis les doubles portraits d'acteurs en pied, deux séries dont lune sur ond argenté, C. m, 284-287 et 288-289 Puis la série des /jossoye. représentant des acteurs en scène, série qui doit se répartir sur toute la durée de la production de Sharaku, car elle témoigne souvent de l'influence de Shunsho ; enfin les scènes à plusieurs personnages (v. pi. xx, Komurasaki etHirai Gompiichi, et j)!. x.xi, Deux Samuraï . Cf encore C m. 332-334
SHARAKU
Collection du Pré de Saiiit-]\faiii