‹ Les maîtres de l'estampe japonaiseChapitre 4 sur 102 · L. Aubert. VEsiaiiipe japonaise · texte numérisé non relu

L. Aubert. VEsiaiiipe japonaise

comprendre cette civilisation japonaise dont la continuité des traditions poétiques faisait du peuple auquel s'adressaient les estampes, des contemporains de héros du ix® et du xii* siècle. Qu'on imagine un Français du xviif ou du xix^ siècle, sans rapports avec le monde, vivant replié sur la terre et le passé de sa race, et contemporain en imagination d'Olivier et de Roland : tel fut le public de l'Estampe ; et Ton aura quelque idée de ce qu'en fut le répertoire par les sujets de nos images d'Epinal, qui vont des Quatre Fils Aymon à Y Epopée napoléonienne.

En plus de cette communauté de souvenirs, l'imagerie de Yedo profita d'une forte tradition plastique ; ses artistes, bien que d origine populaire, se relièrent aux écoles classiques Le procédé neuf de l'Estampe ne les en a pas éloignés, car aucun peintre de lÉcole populaire n'a gravé lui-même son œuvre ; il dessinait non pas directement sur la planche même, mais sur une feuille de papier transparent; cette feuille, collée, la face sur un bloc de cerisier ou de buis scié en long dans le sens du grain, servait de modèle au découpeur du bois, qui réservait en relief les traits du dessin ; l'estampe était ensuite tirée à la main ou au frottoir, les peintres surveillant leurs graveurs, modestes artisans dont il est très rare que les noms figurent sur les estampes. Ainsi, qu'ils peignissent un kakémono, — et ils en ont laissé de nombreux, — ou qu'ils peignissent un modèle pour l'estampe, le travail de leur pinceau ne pouvant être effacé, leur trait devait avoir même décision, même sûreté, même souplesse. Et, de fait, entre la peinture classique et lEstampe, la transition fut beaucoup plus insensible que ne le donnent à croire les classifications des historiens de l'art.

L'Ecole populaire dérive de Matabei ; c'est lui qui peint des scènes de la vie contemporaine, pour des aristocrates un peu las des modèles classiques. L'exemple est donné; disons presque : la permission ; d'autres peintres à sa suite viendront qui représenteront les mœurs populaires à l'usage du peuple. Or, au dos de chacune de ses peintures, Malabei mentionne qu'il est « un des plus modestes ruisseaux dérivant de Mitsunobu ïosa », et ses figures et ses décors d'intérieurs rappellent en effet le style des Tosa\ Au reste les critiques japonais ^ se sont avisés que le style nouveau dont on a dit que Matabei était 1 inventeur, se retrouve dans beaucoup d'œuvres de son temps qui ne peuvent lui être attribuées, tels ces panneaux du château de Nagoya exécutés sans doute vers 1610, probablement par des artistes de lEcole Kano^. En cette première moitié du xvii^ siècle, c'est donc, pour créer une peinture de genre représentant la vie familière du Japon,

1. Cette filiation entre 1 École populaire et rÉcole classique Tosa est nettement marquée aussi dans ce passage d'Hanabousa It-tcho (Appendice des 4 saisons illustrées que cite M. Pierre Barboutau, op. laiid : « La peinture nationale a pour origine le pinceau fantaisiste de Tosa Mitsunobu (1433-1525 . Cet artiste a interprété de nombreux sujets, depuis les élégances des gentilshommes jusqu'à la rusticité des paj'sans ; depuis la vie simple des montagnards jusqu'aux plantes rares des jardins les mieux entretenus. La peinture nationale, dont tels furent les débuts, étant encore en faveur après plusieurs générations, un homme d'aussi modeste importance que moi ne saurait qu admirer cette manière de peindre. — Plus récemment, un peintre nommé Iwasa Matabè-é. ayant représenté avec un naturel exquis, dans les costumes de son temps, des chanteuses et des danseuses, fut surnommé à cause de cela Ukiyo Matabè-é ». — On traduit souvent : « Matabè-é le Vulgaire » ; comme s'il avait été qualifié ainsi par mépris. Mais les œuvres de Matabè é, bien qu'il fût appelé Ukiijo, ont été soigneusement collectionnées par les nobles ; le mot de Ukiyo n'a donc pas toujours été pris en mauvaise part, même par ceux qui entretenaient contre i Estampe un préjugé de classe.

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