‹ Les maîtres de l'estampe japonaiseChapitre 45 sur 102 · C. III · texte numérisé non relu

C. III

de femme, miniaUire de paysage, chez Harunobu, — paysage d'un seul ton, que la neige a vêtu de candeur, — tandis qu'en l'honneur d'une belle qui soigne sa mise et qui, plus consciente de ses charmes, sait se grouper avec des compagnes, il vaut la peine que la nature fasse un brin de toilette, prenne le soin d'étaler les plis de ses terrains, de déployer ses rideaux d'arbres et de s'illuminer. Tout est plus sage : le premier printemps du cœur et des sens est passé \

Pourtant il vient un temps, dans l'œuvre de Kiyonaga, où cette femme si indifférente aux anniversaires des hommes, si attentive à fêter les anniversaires des fleurs, si engagée par mille liens subtils dans les paysages touffus, papillotants, où elle s'épanouit", s'en isole, pour ne plus figurer que sur des perspectives lointaines de rivière ou de mer ^ dans des décors très sommaires de rues, de fêtes populaires'*, d'intérieurs \ ou sur des fonds neutres ^ Et ce sont assurément les plus belles silhouettes de Kiyonaga, celles où le dessin et la couleur, tout en étant le plus simples, ont le plus d'éclat, de sûreté et de force. Pourquoi donc, après avoir mêlé ses héroïnes aux paysages, les en détache-t-il ? Ce n'est pas pour

1 . De Harunobu et même de Koriusaï à Kiyonaga, il y a progrès dans l'art de la perspective, quil s'agisse de scènes d'intéi'ieur ou de scènes de plein air. Un peintre, Kôkan Shiba 1737-1818), propagea cette influence occidentale. Voir la perspective des bâtiments sur l'estampe de Toyoharu i-eprésentant le bateau des Sept dieux du Bonheur arrivant dans la baie de Yedo, C. m, 178. Peut-être Kiyonaga a-t-il déjà profité des modèles que, vers 1780, notre art occidental fournit aux estampiers japonais par l'intermédiaire de Kôkan Shiba. — Il est de Toyoharu une vue de Colisée, gravée sur bois, d'après une eau forte apportée sans doute par des Hollandais, C. m, 183.

2. La sérénade, C. m, 109: Les cerisiers de la Sumida, C. m, 110; Le temple de Kaméïdo au temps des glycines, C. m, 115; La promenade à Enoshima, C. m, 123, etc.

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