Cf. C III, 60, La sortie nocturne
prêter plus d'expression à leurs physionomies ou à leurs nus : que le galbe de leurs visages s'allonge, peu importe ; la mine reste la même et il est bien inutile de les regarder, comme, en occident, nous regardons les beaux portraits, aux lèvres, aux yeux. Non, s'il l'abstrait pour la mieux étudier en détail, c'est que de toutes les formes naturelles, la plus décorative, celle qui, par son intelligente mobilité, les résume toutes, c'est la femme. L'anthropomorphisme des Grecs exaltait la beauté humaine aux dépens de la îlore et de la faune : même privée de ses chers paysages, la femme de Kiyonaga en garde toujours le charme enveloppant, la grâce insinuante, — longue herbe qui ondule nonchalante et qui cède à l'amour comme un lotus s incline sous la risée.
Désormais les courtisanes ne superposent plus les kimono d apparat dont les étoffes apprêtées engoncent ; elles portent des kimono d'intérieur ; peignoirs à étoffe floche dont les plis se modèlent aisément, ils n'ont plus de coupe convenue et ils collent aux corps. Souveraine aisance de ces femmes qui, après le bain, s'essuient : quelle nonchalance dans ce kimono qui découvrant la gorge, s'entr'ouvrant sur la jambe nue, glisse à terre, presque fluide ' I et dans ce voile rouge, draperie de style grec par l'accord de ses plis avec l'adorable dessin du visage, du cou et de lépaule nus " ! Fonds neutres, couleurs mates et bien tenues, tout concourt à accuser une ligne essentielle, et cette ligne n'a plus la valeur symbolique qu'elle avait souvent chez Harunobu ; elle ne sert à signifier ni la joie, ni le découragement, selon qu'elle s'élance ou qu elle fléchit : elle n'est là que parce que rien sous le soleil n'est plus beau qu'un profil parfaitement pur. Les robes ont de grandes courbes qui, à terre, s évasent tels les pétales d une corolle renversée : qu'un coup de vent