V. pi. XXII
qui à peine se balancent, leurs bras serrés au corps, leurs genoux légèrement fléchis, leurs pieds qui glissent à plat, développent heureusement les plis de leurs robes. Dans le Débarquement', point de désordre ni de bousculade : c'est une théorie qui tranquillement se déroule. Les figures préférées de Kiyonaga sont presque immobiles : elles esquissent un très léger mouvement des épaules, comme pour provoquer l'épanchement de la longue ligne fluide de leurs voiles : c'est la grâce liquide des Nymphes de Jean Goujon et de la Source d Ingi'es.
Seuls, les peintres de vases grecs ont été hantés à ce point par la pureté des profils -. Au dire de Pline l'Ancien, Apelle et Protogène se seraient défiés à qui tracerait la ligne la plus parfaite, la plus déliée. Jai vu, au Daitokuji, temple bouddhique de Kyoto, un kakémono de Sesshu qui représente un simple cercle. Pour un amateur japonais, ce cercle est sans prix, tant il a été lancé, de la pointe effilée du pinceau, avec une infaillible sûreté de bras, de poignet, de main. Grecs et Japonais, si sensibles aux mouvements des êtres, ne les ont jamais dessinés en les décomposant partie par partie : chez eux, point de ces reprises du trait qui correspondent à une analyse progressive du modèle, point de ces consciencieux et géniaux tâtonnements qui apparaissent dans les eaux-fortes d'un Rembrandt, toujours acharné à disséquer un caractère d homme. A la volée, ils saisissent la totalité d une attitude, puis, de souvenir, partant de cette image complète, ils cher-