‹ Les maîtres de l'estampe japonaiseChapitre 54 sur 102 · PI. XXIV · texte numérisé non relu

PI. XXIV

\.. Aubeit. V Estampe japonaise.

fatigant de besogner en compagnie. Affairées, il est clair que leur belle ardeur tombera vite ; inexpérimentées, une erreur leur est un prétexte à sauter, à s'écrier et à rire, comme dans cette délicieuse scène de cuisine où une fille souffle le feu dans un bambou avec tant de force que la fumée jaillit au nez de sa compagne ^ Ce travail coupé de rires, de bavardages et de poses gracieuses, qui était de règle au Japon d'autrefois, quel contraste avec le travail de lusine assourdissante et surchauffée où les descendantes des modèles d Outamaro suivent aujourd hui, languissantes, la marche inlassable de la machine ! Parfois, Outamaro s'est apitoj'é sur les métiers les plus durs. Qu on se rappelle le triptyque des Pêcheuses d'awabi \ cette femme aux cheveux noirs et broussailleux, un lambeau d étoffe rouge autour de son corps blanchi et déformé par leau, et qui, assise sur un rivage pelé, ta te la mer du pied avant d'y plonger, et cette autre, la chevelure ruisselante, qui, à peine sortie de l'eau, épuisée, allaite son petit. Il y a chez ces plongeuses une grande détresse... Heureuses ou malheureuses, ces ouvrières, chez Outamaro, sont vraiment des types populaires, un peu mastoques , aux chevilles épaisses , aux grands pieds , bien d'aplomb et vêtues pour travailler. Et si, sans y tâcher, elles sont charmantes sous le petit bonnet qui encadre leur chignon, c'est qu'elles sont jeunes et que détaler des étoffes au soleil ou d y cueillir des fruits prête à la grâce.

Chez un artiste réputé décadent, chez ce prétendu flatteur du mauvais goût populaire, un amour de la nature aussi franc, aussi enthousiaste, aussi minutieux, voilà qui déroute.

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