Poésie de la courtisane Azuma
à l'écart des paysages, sous les espèces de Bouddha, de ses succédanés ou de ses imitateurs, Kwannon, Rakan ou bonzes, accroupis, les yeux mi-clos, la tête inclinée, les doigts aboutés, les oreilles closes, travaillant à se détacher des apparences vaines ; puis, toujours à l'imitation de l'art chinois, ils avaient représenté les passages des saisons en des sites consacrés de longue date à la rêverie, et dans chacune de ces scènes figurait un tout petit contemplateur, pour nous avertir que le paysage représenté n'était que la projection sur lécran de l'univers de l'image que le bouddhiste se fait du monde. Mais cette haute spiritualité mystique, que l'on ne rencontrait que chez des êtres capables de méditation abstraite en des retraites choisies, voilà que les artistes de rUkiyo-yé l'ont répandue sur les foules de la banlieue de Yedo, et qu'ils ont confié à des courtisanes, en promenade sur les bords de la rivière Sumida, le soin de s extasier sur lévanescence de Tunivers !
L héroïne d Outamaro a des origines lointaines : la sagesse hindoue, le style de lart chinois ; sa silhouette épuisée de mystique dans un décor sans ombres témoigne que la vie et les sites dans ces îles sont teintés d'un reflet de la rêverie asiatique ; mais elle est née au Japon, elle ne pouvait naitre que dans un paysage japonais où cette philosophie et cet art hautains ont appris à sourire. Outamaro est le dernier grand peintre de la courtisane idole, le dernier qui ait su résumer en une image idéale de femme le frisson devant léphémère. Depuis un siècle et demi, depuis Moronobu, elle allait s'affinant, se sublimant, au gré du rêve dont elle était 1 interprète ; désormais, c'est fini de ses réincarnations au même âge, dans les mêmes divertissements, dans les mêmes paysages, — toujours plus immatérielle, — c'est fini du rêve qui avait animé et amenuisé tant de corps charmants. L'impalpable atmosphère où ils glissaient si fluides s est alourdie. C'est à peine si, aujourd hui, on retrouve épars quel-
Pliut. ilarly.