CHAPITRE V
HOKUSAI
HOKUSAI
La petite maison où Hokusaï' mourut en 1849 était son quatre-vingt-treizième logis. Depuis près de trois-quarts de siècle il besognait à vil prix pour des libraires, payant les
1. Hokusaï naquit à Yedo le 5 mars 1760; à douze ans, il est apprenti chez un libraire ; à quatorze, il étudie la gravure ; à dix-neuf, il est élève de Shunsho, le peintre d'acteurs, et signe Katsukawa Shunro ; puis il est le disciple d'un artiste de lécole Kano, et se familiarise avec les procédés de l'école Tosa sous la direction de Hiroyuki Sumiyoshi ; il connut certains ouvrages hollandais grâce à Shiba Kôkan et se pénétra aussi des traditions classiques delà Chine. Il a donc beaucoup appris, avant de s'affranchir de toute école Jusqu'en 1804, il écrit en même temps qu'il dessine ; il signe Mongoiira Shunro, puis Sori, puis Taïto, puis, à partir de 1800, Hokusaï et Givakiojin Hokusaï, Hokusaï fou de dessin. A la fin du xviii'' siècle et au commencement du xix*^ siècle, il peint de délicieux sourimono, précieuses estampes dorées, argentées, gaufrées, qui, commentant une poésie, sont souvent des pièces de circonstance à l'occasion de la nouvelle année, à propos d'une représentation à bénéfice d'acteurs ou de geisha ; il publie des livres de promenades à Yedo et autour de Yedo, des illustrations de romans ; puis, s'étant fâché avec son principal collaborateur, le grand romancier Bakin, ses dessins paraissent sans texte La Mangwa, son principal album d'esquisses, dont le premier volume est publié vers 1812 et dont les derniers volurnes (13, 14 et 15) paraissent après sa mort, s'échelonne sur plus de trente-cinq années. De 1814 à 1819 paraît le Shashin gwafu, son plus beau livre. Les premiers livres de la Mangwa résument la première période de son œuvre, avant le Shashin gwafu ; dès lors, le croquis humoristique, à la diable et bon enfant, est en partie délaissé pour un style à plus hautes visées et pour un dessin plus large et plus ferme En 1816, il signe : Hokusaï changé en Taïto; en 1823, Katsoushika I itsu et Guetti Tôjin I-itsu, I-itsu fou de la Lune. De 1823 à 1829 paraissent les Trente-six vues du Fuji ; vers 1827, le Voyage autour des Cascades {Shokoku Takimegouri, 8 planches) ; de 1827 à 1830, les Vues pittoresques des ponts des diverses pi-ovinces {Shokoku Meikio Kiran, 11 planches ; vers 1830, les Cent Contes [Hiaku monogatari, 5 planches) : vers 1830, les Images des Poètes (Shika Shashinkiô, 10 planches) et ses estampes d animaux .Faucon sur un perchoir. Tortues dans l'eau, les Carpes, Grues et neige. Chevaux), les dix planches des Grandes Fleurs ; le livre « Les Cent Vues du Fuji » {Fugaku Hiakkei) est
dettes des siens, travaillant sans relâche, mais seulement à sa guise. Quinze ans auparavant, s étant exilé de Yedo pour échapper à ses créanciers, il se plaignait « par un grand froid, de n'avoir qu'une seule robe, à soixante-seize ans », ajoutant tout aussitôt : « INIon bras n'a pas faibli ; je travaille avec acharnement ; mon seul plaisir est de devenir un habile artiste. » De retour à Yedo, vers 1842, il se cache : « Quand vous viendrez, écrit-il à un éditeur, ne demandez pas Hokusaï, on ne saurait pas vous répondre; demandez le prêtre qui est emménagé récemment dans le bâtiment du propriétaire Garobei, dans la cour du temple Mei-ô-in, au milieu du petit bois. » Il ne restait jamais deux mois dans le même endroit ; il changeait de nom comme il changeait de place : on compte au moins neuf signatures différentes de lui. A l'article de la mort, à quatre-vingt-neuf ans, il écrivit une brève poésie, selon la coutume japonaise : « Oh 1 la liberté, la belle liberté, quand on va se promener aux champs de l'été, lame seule, dégagée de son corps .. » Mourir, c'était se remettre en route, pour dessiner encore... Sur sa pierre tombale, on inscrivit Gwakiôjen Manjino Haka, tombe de Manji, vieillard fou de dessin.
Il vivait il y a un peu plus d un demi-siècle, et nous ne savons de sa vie que tout juste assez pour interpréter la médiocre estime des esthètes japonais à son endroit. Plébéien de naissance, il peint la plèbe de Yedo, la ville neuve ; or le goût des amateurs japonais, formé, voilà des siècles, parmi les nobles de Kyôtô, la vieille capitale, n'estime que les pièces admises de longue date dans les collections, kakémono, gi^ès ou laques, tandis que Hokusaï
de 1834. En 1834, il signe Manji, et de 1836 à sa mort, Manji, vieillard fou de dessin. Il quitte Yedo de 1834 à 1839 ; il publie une série de livres sur les Héros et les Guerriers, en 1839, les Cent poésies expliquées par la nourrice [Hiakuninn isshu ouwaga yetoki) ; 27 planches seulement furent gravées, mais les esquisses des autres étaient terminées. Sa grande planche des arpenteurs est de 1848, un an avant sa mort.
HOKT'SAI
Pkot. Longuijf.
ACTEURS ET CHANTEURS Collection Bine.