‹ Les maîtres de l'estampe japonaiseChapitre 72 sur 102 · Cf. Giles, op. laud., pp · texte numérisé non relu

Cf. Giles, op. laud., pp

à la dernière mode, il ne se lasse pas de dessiner des cailloux, des rocailles, des rochers, il s intéresse aux diverses formes de la houle, de la vague ^ L influence de ces schémas tirés de 1 observation des contacts entre la mer et la côte, est évidente dans le style de son dessin, à la ligne tantôt lisse et onduleuse comme les « vagues de la mer », tantôt rugueuse, anguleuse, comme les « arêtes des rochers ». Le Shashin Gwafu, son chef-d'œuvre, est le triomphe de la ligne qui a la grâce, 1 élan, la force des volutes de Teau houleuse, tandis que, le plus souvent, dans les croquis de la Mangiva par exemple, qu il s agisse des muscles des gymnastes, des haillons des bonzes, des manteaux de paille des campagnards, ou d'une branche de vieux prunier, le dessin est brisé, nerveux, tout en petits traits accolés qui donnent aux silhouettes un aspect hérissé et raboteux de roc.

C est que Hokusaï n a jamais cru qu'il suffit de regarder la nature pour la voir, ni, pour la bien peindre, de la représenter telle qu'il la voyait d'emblée : à propos de chaque être, il a la patience d'en analyser l'attitude ou le mouvement familier, puis, petit à petit, il s'exerce à les recomposer pièce par pièce, allant du simple au complexe, et cela de souvenir, loin de la nature, puis, une fois qu il sait par cœur l'ensemble de la forme et du mouvement, il les dessine d'un coup, sans reprises, hardiment.

Depuis l'âge de six ans, déclare-t il en tête des Cent Vues du Fuji, j'avais la manie de dessiner la forme des objets. Vers lâge de cinquante ans, j avais publié une infinité de dessins, mais tout ce que jai produit avant l'âge de soixante-dix ans ne vaut pas la peine d'clre compté. C'est à 1 âge de soixante-treize ans que jai compris à peu près la structure de la nature vraie des animaux, des herbes, des arbres, des oiseaux, des poissons et des insectes. — Par conséquent, à l'âge de quatre-vingts ans, j'aurai fait encore

1. L'école classique des Kano a souvent peint les vagues déferlant sur des rocs ; Hokusaï interprète la volute de la vague et son écume griffue à la manière de Kano Motonobu et de KanoTaanj'u.

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plus de progrès; à quatre-vingt-dix ans, je pénétrerai le mystère des choses ; à cent ans, je serai décidément parvenu à un degré de merveille, et quand j'aurai cent dix ans, chez moi, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant...

Ecrit à lâge de soixante-quinze ans par moi, autrefois Hokusaï, aujourd'hui GwakiôRôjin, le vieillard fou de dessin.

Un tel style de dessin étant fondé sur une analyse vraie de l'essence des choses, Hokusaï s'est proposé toute sa vie de l'enseigner. Comme tout Extrême-Oriental, il pense que réducation est assez puissante pour amener tous les hommes à une haute moyenne de goût et d'habileté. Un an avant sa mort, il publia Yehon saïshiki tsoii^ Traité du coloris, où il dit qu il a fait ce petit volume « pour apprendre aux enfants qui aiment à dessiner, la manière facile de colorier..., publiant ce petit volume à bon marché, dans 1 espoir que tout le monde pourra l'acheter, et donner à la jeunesse l'expérience de ses quatre-vingt-huit ans ». Et il ajoute : «... Pendant quatre-vingt-quatre ans, j'ai travaillé indépendant des écoles, ma pensée, tout le temps, tournée vers le dessin... et si j'arrive, un jour, à donner une suite à ce volume, je mettrai les enfants en état de rendre la violence de rOcéan, la fuite des rapides, la tranquillité des étangs et, chez les vivants de la terre, leur état de faiblesse ou de force... » Et dans le Rio-kugwa haya shinan. Court chemin des études de dessin sans professeur, il déclare : « Ce li^Te apprend le dessin sans maître. On a emprunté les lettres, les caractères de la calligraphie, pour rendre l'étude plus facile à lélève. Dans chaque dessin, la marche du pinceau est indiquée par le numérotage, afin que les enfants puissent retenir l'ordre de la marche'. » Et ce sont des croquis de

1 . Cf. encore Riaku hajjashinan gwado itati keiko, Méthodes de dessins, où le modèle est décomposé; Hokusaï Sogwa, Dessins rapides de Hokusaï, 1820; Manô sôshitsii gwajii, Album de dessin cursif de Man-ô, 1843; Yehon saishikitsu, Méthode de la couleur sur les dessins, 1847 ; Hokusaï gwafii, Dessins de Hokusaï, 1849. En 1817, il avait publié un li%Te qui

lanternes, de fleurs qu'il faut répéter plusieurs fois comme un apprenti pianiste répète des gammes ; ailleurs , des croquis indiquent la position que doit avoir la main quand elle tient le pinceau.

Précieuses confidences que ces méthodes de Hokusaï qui enseignent la peinture comme nous enseignons l'écriture, en décomposant à laide de jambages, de carrés, de ronds, le modèle non pas vivant, mais dessiné par le maitre, puis en le recomposant partie par partie, — s il s'agit dun oiseau, le bec d'abord, puis le bec avec 1 œil, puis le corps, puis les plumes. — en tenant la brosse comme le maitre, en changeant de brosse comme le maitre, car une ligne dessinée par un artiste japonais ne se peut reproduire qu'en adoptant la manière même dont la main la tracée. Quel culte fervent d'un beau style, quelle haute idée de son art, quel entraînement de la mémoire chez ce prétendu artisan sans culture et exécutant d après nature, et qu'elles sont touchantes les paroles du vieillard fou de dessin, avant de mourir : « Si le ciel me donnait encore dix ans... ; si le ciel me donnait

ressemble à la Manywa, Yehon hoyabiki. Dictionnaire rapide des sujets, qui classe tous les motifs de dessins, représentés par de minuscules personnages, sous la première lettre de leurs noms. Les deux plus beaux livres de Hokusaï sont Shashin gwafii, 1819, qui contient de très belles figures, des fleurs, des paysages, et Ippilsu yivafu. 1823, Dessins dun coup de pinceau, qui est d'un style moins ample que Shashin gwafii, mais dune virtuosité éblouissante.

En plus de ses modèles de dessin, Hokusaï a publié des modèles d'art décoratif Pour avoir une idée complète de son art, il faut feuilleter les trois volumes du Imaijô sckkin hinaijala, Modèles des peignes et des pipes à la dernière mode. Dans le petit carré, qui doit s enrouler autour du tuyau de la pipe, dans Tare surbaissé du peigne, il fait beau suivre la fantaisie d'Hokusaï qui en minuscules tableautins enclôt la nature entière : bêtes, domestiques dragons, calmes clairs de lune sur les lacs, assaut des vagues contre la côte .. Il n'a point eu besoin de modifier son style ; il est né décorateur, comme Kôrin qui fournissait des motifs aux laqueurs, ou Kenzan aux céramistes Cf aussi Sgosciijoku yehon I:aisusika sin hinagala, Modèles de l'architecture et des métiers 1836 , où 1 on trouve des modèles de toits, de bâtiments pour la cloche bouddhique, de ponts en cordages, etc ; Bansholu Zukô, 6000 dessins pour les métiers, 1835; Kwatchù gwaden, Modèles de dessins pour fleurs et oiseaux.

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