V. pi. XXXV, Le Fuji vu dUmézawa (Province de Sagami
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HOKUSAI 197
grande courbe schématique, comme un fauve pose la patte sur sa proie.
Puis il s'isole encore, tout à la contemplation de son essence. Dans la brume des vallées, à ses pieds, des forêts sombrent ; les nuages, qui sous la forme d'un dragon essayent de le dévorer ou de l'étrangler, glissent à ses pieds, mous comme des voiles ; la foudre contre lui se fracasse \ et, gigantesque écran dressé sur les plaines du ciel, il cache le soleil et la lune.,.
Jonques courant sur la mer', papiers et chapeaux s'éparpillant sur les rizières, cerfs-volants s élevant des villes % grues s'envolant des marais, nuages s'essorant des vallées, — apparences vaines auprès de son immobilité. Bramements du cerf, à l'automne, hurlements des chiens à la lune, cris du faisan sous la serre du faucon, bourdonnement des métiers au travail : qu'importe à son impassibilité ! Cèdre énorme que plusieurs pèlerins ne peuvent cercler de leurs bras ; pin millénaire, chevelu comme un ancêtre, l'échiné courbée, les branches inquiètes et tâtonnantes au-dessus de leurs béquilles : qu est-ce que ces symboles de force, de durée auprès de son inusable jeunesse ! Il n'a pas besoin de béquilles, il se dresse tout fier ; selon la légende, il est né d'un coup, achevé parfait, et chaque matin à laube il jaillit radieux hors des contreforts qui l'engoncent. Le sommet rosé au coucher du soleil, couleur brique au crépuscule, brun sombre au milieu de l'orage, bleu-vert dans la nuit : les couleurs dont il se vêt et se dévêt ne l'entament point. Son aspect varie au gré des lointains ou des imaginations de ses contemplateurs, mais il persiste dans son essence, dans sa forme. Il est, et,