‹ Les maîtres de l'estampe japonaiseChapitre 77 sur 102 · V. pi. xxxviii, Le Yatsu hashi (pont aux huit détours · texte numérisé non relu

V. pi. xxxviii, Le Yatsu hashi (pont aux huit détours

devant une catastrophe ; le mouvement des milliards de molécules toujours différentes, mais qui par leur masse constante composent une figure fixe, l'attire et le hanle. Dans la série des Dix Poètes, des enfants effrayés se serrent contre le sage tandis que lui se penche vers la cascade comme vers l'énigme d'un fantôme ^ Les cascades peintes par Hokusaï, ce sont des apparitions : telle ressemble à un œil gigantesque qui se viderait, telle autre s'étale inquiète, tortueuse et prenante entre des roches, comme les griffes d'une bête embusquée dont on ne verrait que la patte monstrueuse.

Étrange pays, ce Japon, tel que le représente Hokusaï : les montagnes y ont l'insistance silencieuse d'un revenant; des cascades bondissent ou ruissellent des montagnes vers la côte rocheuse que battent les vagues ; des nuages disloquent les paysages qui flottent sur des vapeurs ; et, tout modestes à côté de ces forces soulevées, prêts à glisser dans cet universel écoulement, de fragiles maisons cerclent lénorme volcan, de frêles jonques épousent docilement de leur courbe le creux des lames, et des ponts légers dessinent leurs lignes inquiètes sur le ciel. Déroutés devant ces brusques apparitions, enchantés par cette féerie sauvage, les errants, même les plus frustes, s'arrêtent au hasard des endroits où ils se trouvent : toits des pagodes, cimes des arbres, crêtes des montagnes, et toutes les perspectives se précipitent; ou, au contraire, ils regardent de très bas, la nuque pliée, le paysage qui se dresse, et c'est parfois à travers une toile d'araignée qu'ils contemplent le Fuji. Alors, c'est lenvahissement de tout leur être par une émotion violente qui les ramène au sentiment de leur destinée.

Cette émotion, mi curiosité, mi-rêve, tel est le vrai sujet des estampes de Hokusaï. Il n'a pas tenté un portrait exact

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