‹ Les maîtres de l'estampe japonaiseChapitre 82 sur 102 · V. pi. XLii, La sortie du Yoshiwara à laube · texte numérisé non relu

V. pi. XLii, La sortie du Yoshiwara à laube

oiseaux devant la lune indiquant Tenvol du rêve chez l'exilé ; les petites lanternes se hâtant par la campagne vers l'aurore rougissante après la nuit d amour. ...

Et par delà les premiers plans dessinés avec un volume exagéré afin de repousser le paysage, quel sens de 1 espace chez Hokusaï ! Le soleil, les brumes, les orages, les vents le traversent, Tenvahissent... Un peintre chinois du iv' siècle, Wang-hien-tche, avait intitulé une de ses peintures « l'Esprit du vent » : que d œuvres de Hokusaï pourraient avoir ce titre ! Une estampe représente le poète japonais Abeno- Nakamaro (viif siècle), entouré de hauts personnages, en Chine, sur une terrasse. Il détourne la tête et regarde la lune'. C'est le geste de la poésie célèbre où il regrette Nara : « Je contemple le ciel. Ah ! c'est la même lune qui surgissait de la montagne de Mikaça dans Kaçougha. » Sur une autre estampe, nous voyons le poète chinois Toba voyageant à cheval ; à un détour de la route il s est arrêté pour contempler la neige, le ciel gris, l'eau bleue. Et voici, par allusion à l'un de ses poèmes, le grand poète chinois Ritaku, en méditation devant une cascade ^.. Les vers, d'un lyrisme raffiné, écrits voilà huit ou dix siècles par des empereurs, des impératrices, des ministres, des nobles, pour exprimer des sentiments qui se rapportent à leur exil, à leurs promenades, à leurs passions, à leurs voyages, — ces vers gardent toute leur fraîcheur pour le public populaire de Hokusaï... Il suffit de leur présenter une rivière rougie par des feuilles d'érables pour que tous pensent au ruisseau Tatsuta, là-bas, dans la province historique du Yamato, près du vénérable monastère du Hôryûji, à six ou sept cents kilomètres de leur Yedo moderne ; il suffit de leur peindre des

1. Cf. aussi C. V, 324, Un \'ieux paysan portant aux deux bouts d'un bâton des bouquets de prêles. Il traverse sur un ponceau un torrent. La lune se lève au-dessus des roseaux du lac. Poésie de Tokusaï Kari.

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