‹ Les maîtres de l'estampe japonaiseChapitre 86 sur 102 · Cf les Huit vues d'Omi · texte numérisé non relu

Cf les Huit vues d'Omi

3 Cf , dans la série du Kyoto mcisho. le vallon et le temple de Kij'Omizu au temps des cerisiers, et la fête sur la rivière.

héros, depuis Yoshitsuné ', le preux du xii" siècle, et son fidèle Benkei, jusqu'aux quarante-sept Rônin qui, naguère encore, surent venger leur maître-...

Entre les étapes où ils trouveront bon gîte et le reste, entre les sites catalogués où leur curiosité d'histoire et de légende leur fera oublier leurs fatigues, observez comme dans les estampes de Hiroshigé le paysage fait mine de s'intéresser aux errants que la solitude et l'effort pourraient décourager : les vieux pins leur font cortège ; courbés dans le même sens par le vent marin, ils montent les côtes, l'échiné courbée, le nez vers le sol, comme une longue file de pèlerins las, et les golfes et les baies sont peuplés d'innombrables voiles carrées qui, au large, escortent, comme les pins, la route orientale de la mer. Pleut-il? Les errants sous leurs parapluies ou leurs manteaux sont environnés d arbres à têtes rondes, grandes ombrelles ouvertes contre l'averse, et de lanternes de pierre coiflees d'une capuche ; le soir venu, les bandes d'oies sauvages accompagnent les promeneurs % et, dans les passes des montagnes que les colporteurs gravissent en haletant, les contreforts, eux aussi, gonflent leurs muscles... Touchante sympathie des familiers de la grande route, arbres, voiles, oiseaux, terrains, avec les nomades qu'ils encouragent.

Loin de la ville, les fanatiques des acteurs peuvent trouver dans les paysages un rien de théâtral : il y a du matamore dans certain rocher qui se dresse en renâclant face aux

1. La série consacrée à Yoshitsuné se compose de douze estampes : une d'elles représente Yoshitsuné entant, mettant en déroute plusieurs assaillants, sur Tescalier d'un temple, à Kyoto

2. De la série des Rônin, cf deux Rônin ei'rant, la rencontre de la troupe sur un pont, et l'attaque de la maison.

3. V pi XMV, Vue au clair de lune de Nihou-dzutsumi, entrée du Yoshiwara [Yedo Meisho hakkei'. Sur une des planches de la série du Tôliaidô, représentant une rue de Shinagawa à 1 aurore, des nuages décrivent dans le ciel une arabesque semblable à celle d'un vol d'oies sauvages.

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lames, en avant du village chétif qu'il protège avec ostentation ^ ; les pentes convulsées des montagnes volcaniques, les pins crispés et tordus, les ponts à Tare très bombé rappellent les acteurs grinçant, la face contractée, le diaphragme dilaté ; les toits des temples, les cornes des torii, les proues des jonques sont recourbés comme des sabres, retroussés comme des armures et des casques, et les montagnes se carrent sur les plaines avec 1 air avantageux de seigneurs de théâtre engoncés dans les cassures raides de leurs robes à plis. Loin de la ville aussi, l'amoureux des hijin peut retrouver leur élégance dans les paysages ''^ : en place de leurs ceintures bondissantes, des cascades se nouent et se dénouent ; en place des lignes de leurs kimono, les courbes des collines et des baies se dressent ou s'étalent ; en place de leurs écharpes jetées nonchalamment sur leurs épaules, des routes zigzaguent à travers la campagne, et, partout épars sur ces paysages secoués par les averses ou pâmés sous la lune, on retrouve la sauvagerie, les nerfs et 1 air rêveur des belles.

Et puis c'est un pays amusant par sa variété. Après avoir côtoyé la mer au gré des lacets mal tendus de la route, on se hausse jusqu'à une étroite passe pleine d'ombre, d où l'on découvre l'éblouissement dune baie ; puis la vieille chaussée coupe droit entre des rizières et des marais pour unir les têtes des centaines de rades qui découpent un grand golfe intérieur. Ce n'est pas la plaine pendant des jours, des montagnes à en être surmené, de la mer à en être énervé, c'est un peu de plaine, un pan de montagne, un coin de golfe ; c'est un paysage amphibie deau sinuant au milieu de terres

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