Série Kyoto meisho
3. V. pi. xLviii, Vue de Kiribatake, dans le district d'Akasaka. Série Yedo Meisho Hyakkei.
rafales qui transforment les cimes ployées des arbres en gouttières de cathédrales, — partout affolés sous ces flèches qui rageusement les criblent, des errants virevoltent, déguerpissent, ridicules sous les abris improvisés de leurs manteaux, de leurs ombrelles'. Ou bien encore, c'est la tempête qui courbe les saules et les grandes herbes dans le sens opposé à la direction que le pauvre batelier s'efforce de suivre^..
Le paysage, chez Hiroshigé, a d'autres manières moins brusques, moins bruyantes, mais également efficaces de nettoyer la campagne des hommes qui la hantent : la nuit grise, pleine d'embûches dans l'ombre ; la nuit bleue de lune dont la pâle clarté sème partout des ombres mouvantes ; la nuit redoutable qui brusquement envahit la campagne, enveloppe de son mystère les pauvres errants loin du gite, transforme en guerriers les hautes herbes, en fantômes les arbres ; la nuit favorable aux feux follets et aux assemblées de renards ^.. Et le léger flottement indécis des flocons dans l'espace, qui à terre se résoud en épaisseur calme, suspend tous les bruits, tous les mouvements, et pare d'une splendeur muette 1 univers qu il ensevelit sous une corvée de neige*.
Au-dessus d'une grande plaine blanche, dans une estampe de Hiroshigé, vole un énorme oiseau de proie, tenant sous ses grandes ailes déployées tout le paysage qu'il regarde de ses yeux cruels"... Il y a de la férocité dans ces paysages qui faussent compagnie aux pauvres petits hommes, et qui
1. Cf., passim, les séries : Yedo Meisho Hyakkei, et les Cinquante-trois vues du Tôkaidô, etc.