‹ Les maîtres de l'estampe japonaiseChapitre 90 sur 102 · Série du Yedo Meisho Hyakkei · texte numérisé non relu

Série du Yedo Meisho Hyakkei

HIROSHIGÉ 227

sortent leurs griffes. Elle a de terribles réveils, cette nature fougueuse de volcans, de rivières aux lits très larges, de ralales, de cascades, de torrents, qui nous donne la sensation directe, franche, brutale même des Eléments : l'eau tiédie et alourdie par l'orage d'été ; l'eau glacée, bleue ou verte, qui sinue entre des rives neigeuses ; l'eau terreuse et morte des marais, l'eau vive et crêpée de la rivière, l'eau sauvage du torrent au printemps, et le glissement vertigineux des rapides, la chute échevelée des cascades, les volutes de la vague, le tourbillonnement du flot dans un détroits et chaque eau a son odeur de boue, de sel ou de fleurs : chacune a son fracas, son murmure ; chacune a son atmosphère, buée ou brume impalpables, lourd nuage noir qui s'éparpille en averses, nuage-fleur qui s'épanouit de l'horizon au zénith. Et 1 on prête au vent, partout sensible dans ces paysages, la forme de l'arbre qu'il déforme, la couleur de l'eau qu il décolore...

Au reste, même quand il n'est pas métamorphosé par la neige, la nuit, le vent ou la pluie, le paysage, chez Hiroshigé, au delà de ses premiers plans par quoi il tient aux hommes et à la vie de tous les jours, sait échapper par ses lointains au tran-tran de la route. C'est une terre habitée, mais les maisons, serrées les unes contre les autres, sont humblement gitées dans les herbes ou derrière des rocs, au pied de châteaux forts, de temples et de montagnes "^ C est une terre cultivée, mais on n y voit guère de champs et point de travailleurs ; le long des routes, au fil de 1 eau, rien que des errants... Rappelez-vous les héroïnes de Harunobu , d Outamaro : elles avaient une profession , mais jamais elles ne paraissaient s y asservir ; la plus précise de leurs occupations était nimbée de rêverie ; leurs dehors

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