Cf. le triptyque représentant le détroit de Naruto
2. Noter aussi la fréquence de barques au mouillage, pressées les unes contre les autres.
étaient simples, leur vie exceptionnelle. Comme détachées du monde, les sens avidement tendus vers une réalité invisible, elles rêvaient devant des lointains où passaient des oiseaux, des voiles, des clairs de lune... Le paysage, chez Hiroshigé tend aussi vers des lointains où passent des clairs de lune, des voiles, des oiseaux... Et voyez, sur les estampes, comme ce Japon qui, depuis des millénaires, nourrit un peuple, parait léger de toute servitude, riche en loisirs et amateur de solitude ! Les énormes premiers plans sont pittoresques, intimes, rassurants, mais comme ils font fuir les lointains ! Etrange et décevant paysage, à la fois ramassé et fugace, se reliant si familièrement à 1 œil de chacun de ses observateurs, et qui pourtant lui échappe... Paysages à limage des belles, toujours promptes à s évader de la réalité quotidienne vers de subtiles images...
Le vrai sujet de l'estampe, il faut le chercher dans ces lointains que repoussent les masses imposantes et les valeurs sombres des premiers plans. Sommes-nous au bord d un golfe? Un rocher se dresse ; le rivage est liséré d un ton bleu bien tenu, puis l'eau s'étale sans couleur jusqu'à l'horizon qui, généralement, est serti dune vive teinte rose; puis, nouveau dégradé du ciel jusqu au zénith teinté d un bleu aussi foncé que le liséré du rivage. Entre ces lignes et ces taches du rivage, de l'horizon et du zénith, des écarts béants : du vide, de l'infini ; le ciel, la mer. Et le procédé est analogue pour repousser le plus loin possible dans le ciel une cime fantôme : d'abord une montagne forestière dont on distingue nettement les arbres et les rocs, puis d autres masses d arbres déjà schématisés par la distance ; au delà, de nouvelles montagnes, aux formes plus simples, aux teintes qui petit à petit se dégradent, enfin surgit le pic blanc de neige ou gris de soir, impalpable sur le ciel. Entre le bas de l'estampe haut en couleurs et cette dernière cime au profil si légèrement cerné de blanc ou de sépia, une zone
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de nuées détache du sol les montagnes, — la même zone de nuées qui sur les golfes isole les voiles de la mer. Bateaux sans coques, montagnes sans base, posent, légers, sur les brumes, et comme déliés de toute pesanteur s'essorent dans le ciel, au-dessus de 1 atmosphère ouatée \
Quel art exquis pour passer des premiers plans à l'horizon, — généralement placé assez haut dans la page, — par un subtil arrangement de lignes et par une dégradation de valeurs ! Que d' « effets « de contre-jour dans cette œuvre ! que de cerisiers', que de saules, que de pins, que de temples juchés sur des collines forestières, que de montagnes, que d'oiseaux se profilant en silhouette sombre sur le ciel clair ^ !
Netteté et franchise des premiers plans dessinés avec des formes, des volumes plutôt exagérés, et fortement colorés à l'aide de taches juxtaposées sans bavure, et, par contraste, légèreté de l'atmosphère, tendresse des rayons roses qui naissent où meurent à l'horizon, des nuages qui à l'aurore ou au crépuscule se colorent', de la clarté lunaire ruisselant en ondes molles, — c'est dans Iharmonie de tels contrastes qu'est sensible l'accent de poète de Hiroshigé, et aussi dans son art d'encadrer l'éphémère ! Par delà le monde réel et pesant d arbres et de forêts noires, de gros rochers bruns, entre lesquels sinuent des torrents, défilent des errants, au delà du goulet étroit des premiers plans, qui nous invite au voyage, s'étale un golfe qui fuit jusque vers un grand ciel où fleurissent des voiles, des nuages, où crèvent des averses, poudroient des astres % passent des troupes d'oies sauvages,