Ciel étoile dans la série Yedo meisho hyakkei
— OU bien au-dessus de notre monde, séparées encore par du vide, apparaissent d'étranges montagnes, les unes de couleur insolite, bleue, rouge ou jaune, et à arêtes vives, à curieux plans de clivage comme des cristaux, les autres, vrais fantômes en leur pourpoint de velours noir, ou en lem' linceul blanc \ Que nous voilà loin de la topographie avec ce Japon de nulle part !
Les Huit vues dOmi, c'est, si l'on veut, un guide illustré des Beautés du lac Biwa, près de Kyoto ; mais regardez les estampes et leurs titres : la Lune d'automne vue d Ishiyama ; le Coucher de soleil à Seta. Voilà bien Ishiyama-dera, « le temple de la montagne de pierre », accroché aux blocs noirs, et voilà le pont de Seta prenant son élan à deux fois, en deux arches qui se rejoignent sur un petit îlot, pour franchir la Setagawa ; mais que sont ces détails précis dans l'ensemble des deux estampes, dont le vrai sujet, comme l'indiquent leurs titres, est la sérénité du crépuscule et de la nuit, lueur argentée de la lune, éclat doré du soleil, inondant 1 espace audessus des eaux et des montagnes brumeuses : que devant cette beauté éphémère de la saison, de l'heure, il paraît éphémère lui aussi le minuscule pont fragile sur lequel passent des hommes gros comme des fourmis ! — Les Barques revenant de Yahase ; les Oies sauvages s abattant sur Katata' ; Un ciel clair avec de la brise à Awasu : à fleur du lac duveté de brouillard, ombré de légendes, ce ne sont qu'arabesques de voiles et d'ailes. — La Neige le soir sur Hirayama^ : un ciel de neige pesant sur une énorme montagne blanche qui, elle, écrase ses contreforts dont tous les muscles saillent sous la neige, enfin, tout au bas de l'estampe, un lac, de grandes herbes, un village, trois errants et leur buffle mi-ensevelis. —
1. Cf. les montagnes dans les Huit vues d Omi et aussi dans les Cinquante-trois vues du Tôkaidô.