‹ Les maîtres de l'heure: Maurice BarresChapitre 11 sur 45 · Les Taches d'encre, 5 novembre 1884, p · texte numérisé non relu

Les Taches d'encre, 5 novembre 1884, p

2. Les Taches d'encre de janvier 1885 (p. 47) engageaient leurs lecteurs à « lire la curieuse étude de Jules Lemaître sur Renan dans la Revue politique et littéraire ». La brochure Huit jours chez M. Renan a paru chez Dupret, au début de mars 1888. Elle était la reproduction, avec quelques variantes, d'un article de la Revue de Paris et de Saint-Pétersbourg intitulé A l'ermitage de Renan (février 1888). Elle a été remaniée dans les éditions successives. Par exemple, dans l'invocation de Renan à ses anciens maîtres de Saint-Sulpice, M. Barrés a supprimé un curieux paragraphe (p. 31-32) : « Voyez ceux que je vous amenai, France, Bourget, Fouquier, Lemaître, pour citer quelques noms profanes qui vous sont parvenus. Us respectent vos caractères, ils aiment vos rêves, ils serviront votre mémoire.

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M. Renan. C'était une fantaisie de haut goût, où les attitudes, les petites manies, les propos familiers de Renan étaient évoqués avec un art, un don du pastiche, un sens du comique, une ironie supérieure qui firent la joi« des « lettrés délicats et prudents ». On ne pouvait nier que tous ces traits, dont quelques-uns sont restés fameux, portaient : « Cet après-midi, quand je fus introduit dans le cabinet de M. Renan, l'illustre académicien sommeillait légèrement sur d'antiques grimoires. Avec une parfaite aisance, il se réveilla, sans secousse, comme un sage qui est accoutumé de passer du rêve aux affaires. Et déjà il m'approuvait. » L'auteur de la Vie de Jésus n'approuva pas d'ailleurs cette innocente plaisanterie, et il eut la faiblesse de s'en plaindre aux Bretons du Dîner celtique. Ces plaintes eurent pour résultat de faire condamner à cinq années de tiroir un autre « essai de critique pittoresque » qui avait pour titre : M. Taine en voyage. « Il m'eût été insupportable, a déclaré M. Barrés, de froisser M. Taine à qui nous devons de grands bénéfices intellectuels. » A en juger du

Par moi, des jeunes gens pleurent le soir en pesant votre destinée. Et combien, derrière eux, qui n'ont pas ce vain talent de mettre leurs pensées dans des mots, mais qui ont reçu de mes mains des âmes dont le parfum vous serait agréable! » Pour connaître toute la pensée de M. Barrés sur Renan, il faudrait joindre aux textes qu'il signale ou réimprime dans la "à" édition des Huit jours (Sansot, 1904), trois fort intéressants articles du Figaro, qu'il n'a pas recueillis en volume : La Règle de vie d'un philosophe (11 mars 1892); Renan (3 octobre 1892); la Vérité sur la crise de conscience de M. Renan (1" mai 1896). Et l'on fera bien d'y joindre aussi l'article sur Ernest Psichari mort au champ d'honneur {l'Ame française et la Guerre, t. II, p. 69-76).

reste par le fragment, évidemment essentiel, qu'il en a cité plus tard, il semble bien que le ton de cet autre essai fût moins « dégagé » que celui des pages sur Renan ^. Et cette réserve même est fort caractéristique. Brunetière observe profondément quelque part que les hommes de sa génération n'ont progressivement conquis leur originalité que dans la mesure où ils s'affranchissaient de l'influence de Renan et de Taine. La remarque s'applique à M. Barrés. A vingt-six ans, il juge déjà avec une entière indépendance les deux principaux maîtres de sa pensée; mais déjà l'on peut pressentir ce que sera son évolution, et qu'elle consistera à se détacher de plus en plus de Renan pour se rapprocher de Taine.

En dépit de certaine « bastonnade lyrique » administrée par un jeune homme inquiet à un « glorieux vieillard ^ », l'influence de Renan est encore très sensible dans les trois « romans idéologiques » que M. Barrés a publiés de 1887 à 1891, et qu'il a groupés plus tard sous ce titre significatif : le

1. On trouvera cette page dans Du sang, de la Volupté, de la Mort, nouvelle édition, Émile-Paul, 1914, p. 233-235. Et l'on fera bien d'y joindre divers articles fort suggestifs, et non recueillis en volume : l'Influence de M. Taine {le Journal, 6 mars 1893); M. Taine eut-il tort? (17 mars); le Protestantisme de M. Taine {Figaro du 25 mars 1893); M, Taine et le Philistin {Figaro du 19 décembre 1893); Une page inédite de Taine sur l'Association {le Journal, 18 avril 1899); la Maison natale de M. Taine {le Journal, 25 janvier 1900). Sans préjudice, bien entendu, des fameuses pages des Déracinés, dont nous parlerons plus loin. — Ces articles, à demi inédits, sur Taine et Renan, forment aujourd'hui une brochure : Maurice Barrés, Taine et Renan, pages perdues recueillies et commentées par Victor Giraud, Paris, Bossard, 1922.

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