‹ Les maîtres de l'heure: Maurice BarresChapitre 22 sur 45 · Au service de l' Allemagne, p · texte numérisé non relu

Au service de l' Allemagne, p

ment pour y accomplir comme volontaire ses six mois de service obligatoire. Sa première journée de caserne allemande lui est si dure, qu'il songe à déserter. Mais il se ressaisit, et il mettra son point d'honneur à "être un excellent soldat, à s'imposer comme tel à ses chefs, à ses camarades, à leur arracher leur estime et l'aveu de sa supériorité d'Alsacien français. Et peu à peu, à force de patience, d'empire sur soi, de souple adaptation, de dignité et de gentillesse, il sort vainqueur du duel qui s'est engagé entre le militarisme prussien et son âme irréductible de Français annexé. Le jour de son départ, il est allé prendre congé du maréchal des logis, qu'il trouve en pleurs, au chevet de son unique enfant qui vient de mourir. Il lui serre la main et lui envoie une couronne. Le lendemain, le brave homme fait irruption dans sa chambre, sanglotant, les mains tendues :

— Vous êtes vraiment un grand cœur, monsieur Ehrmann. Au moment où je ne peux plus vous servir de rien! monsieur, on doit le dire, les Français ont plus d'humanité que les autres.

Il m'a traité de Français! C'est le dernier mot que j'ai entendu de cette caserne, et l'un de ceux qui, de ma vie, m'aura le plus donné de plaisir ^

Cette sorte de tragédie intime est traitée, comme il convenait, à la manière classique. Pas de grands mots, pas d'éclats de voix, pas de considérations théoriques formant longueur. Des faits, de brèves

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