Id., p
des questions que M. Barrés a toujours présentes à l'esprit, et toutes les occasions lui sont bonnes pour nous exposer sa philosophie de la guerre :
O guerre redoutable, — s'écrie-t-il, à propos de l'entrée en scène de la Turquie, — que nul n'avait désirée, car tous les hommes sensés craignaient que nous ne fussions pas prêts, un miracle, un sursaut du génie national, favorisé par les plus heureuses circonstances, a suppléé à tous les manques, et la victoire se fait sous nos yeux éblouis. Au milieu de nos efforts, de nos angoisses privées, de toute notre humanité douloureuse, qui nous empêchent de la bénir, cette guerre, nous voyons bien qu'elle est le salut. Elle nous sauve, jusqu'en Orient ^.
Quand tous ces articles de guerre ne se recommanderaient pas par ces hautes qualités littéraires, ils resteraient encore un document historique et psychologique de premier ordre. A les relire, non seulement nous y trouvons réunis et commentés pour la première fois des textes et des faits dont l'ensemble forme une importante «contribution » à l'histoire générale d'une époque dont le vivant intéêtr ne fera que croître avec le temps; mais encore nous voyons s'y tisser sous nos yeux toute la trame des sentiments, des émotions et des idées dont nous avons tous vécu, — de quelle vie haletante, fiévreuse, angoissée! — plus de quatre mortelles années. Quand on voudra, plus tard, reconstituer l'histoire morale de la France pendant la grande guerre^ c'est là, dans cette « chronique » qu'il faudra aller puiser à pleines mains. « Je ne vaux, écrivait M. Barrés,