‹ Les maîtres de l'heure: Maurice BarresChapitre 38 sur 45 · La Croix de guerre, p · texte numérisé non relu

La Croix de guerre, p

2. Voyez Une visite à l'armée anglaise, Berger-Levrault, 1915 (recueilli dans Pour les mutilés, Emile-Paul, 1917) et Voyage en Angleterre, Éinile-Paul, 1919.

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fraternelle dont un Français peut difficilement se défendre. Il a contemplé la solidité sportive et le splendide entraînement moral de l'armée de volontaires que l'énergie de Kitchener a fait surgir du sol britannique. Il a été frappé du sérieux de ces robustes soldats « qu'une idée pure a décidés » et qui « mettent, au-dessus de tout, la bravoure calme, froide, à toute épreuve ». Il a été émerveillé enfin de la perfection, de l'opulence des services de l'arriére, et de tout le confort que la vieille Angleterre a su assurer à ceux qui se battent pour elle. Lenteur puissante et grave, obstination sereine, profondeur du sentiment moral, ce sont là des traits qui lui paraissent caractériser l'âme anglaise, telle qu'elle se reflète à travers l'armée que nos voisins ont créée, presque de toutes pièces.

Et ce sont aussi les traits qui se sont imposés à son attention au cours du rapide voyage d'étude que, sur l'invitation du gouvernement britannique, M. Barrés a fait en Angleterre, au début de l'offensive de la Somme. Il s'agissait de faire toucher du doigt aux lecteurs de chez nous l'intensité et la résolution de l'effort anglais; l'écrivain français put interroger M. Asquith, M. Lloyd George, « le petit homme à la figure de songe » qui fut pour la France, pendant la guerre, un ami si sûr et si fervent, et, depuis la paix, un ami si inconsistant et si dangereux. Partout il constata « sympathie, gratitude, affection pour notre patrie ». « Tout ce que les Anglais ont de ferveur intellectuelle et sentimentale, écrit-il, s'est porté sur nous.... Chaque fois que Lloyd George parle en public, il parle dfe la France. Toujours à un moment il s'avance sur la plate-

forme, et il dit : « Et puis, il y a un pays qui s'ap- « pelle la France et qui est joliment bieni » Alors les Anglais lancent leurs chapeaux en l'air. » Dans toutes les classes de la société, l'Angleterre a fait sienne la cause de la France et pour la soutenir, cette cause, pour la faire triompher, elle a déployé une activité admirable qui se manifeste aussi bien à Oxford qu'à Sheffield et à Portsmouth. « Ce grand peuple sérieux » n'a pas « réalisé « du premier coup l'œuvre immense à accomplir; mais une fois qu'il l'a conçue, il s'y est énergiquement attelé, et il la conduira jusqu'au bout. Pour mesurer sa puissance, plus encore que ses formidables usines, c'est sa flotte qu'il faut voir de près. M. Maurice Barrés a eu l'heureuse fortune de survoler en hydravion, — l'hydravion de la bataille du Jutland, — l'escadre anglaise : « Ces côtes couvertes de forêts profondes, écrit-il, et ce manteau bleu de la mer semé des abeilles de la flotte, et puis, à mesure que l'on m.onte, cet isolement dans les vastes espaces tout près du ciel, quel enchantement, quelles minutes de spiritualité!... De ma vie, je n'aperçus rien d'aussi grandiose que, depuis le ciel, cette flotte aux aguets, dans un repos terrible, sur cette mer d'Ecosse ^. » A cette date, en effet, rien ne valait pareille vision pour enfoncer en nous le sentiment de notre sécurité et de notre inéluctable victoire.

Ce sont d'autres images, non moins émouvantes et réconfortantes, que l'auteur de la Mort de Venise était allé, deux mois auparavant, cueillir en Italie. « Vieux pèlerin des routes d'Italie », il avait été

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