‹ Les maîtres de l'heure: Maurice BarresChapitre 6 sur 45 · Sous l'œil des Barbares, éd. originale, Lemerre, p · texte numérisé non relu

Sous l'œil des Barbares, éd. originale, Lemerre, p

jMais ses vrais maîtres lui viennent d'ailleurs. En 1878, il a seize ans; il est en seconde, et l'un de ses camarades, Stanislas de Guaita, qui était externe, lui apporte en cachette les Émaux et Camées, les Fleurs du mal, Salammbô. Ce lui fut une révélation, une révélation non seulement esthétique, mais morale. Il se nourrissait, il s'enchantait de ces pages morbides et passionnées. « Leur rythme et leur désolation me parlaient, me perdaient d'ardeur et de dégoût.... Voilà des voix enfin qui conçoivent la tristesse, le désir non rassasié, les sensations vagues et pénibles, bien connues dans les vies incomplètes. « Son ami, qui était poète, lui commente ces poètes avec ferveur. Dès lors, « il n'est plus seul dans V univers; son ami et ses maîtres s'installent dans son isolement qu'ils ennoblissent ». L'initiation littéraire commençait.

« L'année suivante, a-t-il conté, un autre bonheur m'arriva : la liberté. J'étais malade de neuf années d'emprisonnement ; on dut m'ouvrir les portes, et, tout en suivant les cours de philosophie au lycée, je vivais en chambre à la manière d'un étudiant^. » Le professeur de philosophie était « ce fameux Burdeau » que, sous le nom de Bouteiller, les pages, peut-être insuffisamment équitables, des Déracinés ont rendu célèbre-. Bel orateur, chaleureux et grave, il exerça tout de suite sur ses élèves un pres-

Page 1