‹ Les maîtres de l'heure: Maurice BarresChapitre 9 sur 45 · Mais Zola! Même au lycée, sa Nana m'ennuyait. Cet · texte numérisé non relu

Mais Zola! Même au lycée, sa Nana m'ennuyait. Cet

lement comptés : les premiers romans exotiques de Pierre Loti avaient déjà paru, et M. Bourget préludait par ses Essais de psychologie, que publiait la Nouvelle Revue, à ses futurs romans psychologiques. Au théâtre, Sardou, Pailleron et Becque remplissaient l'interrègne entre Dumas fils et le Théâtre libre. En critique, Jules Lemaître et Emile Faguet n'avaient pas encore percé; seul Brunetière, dans la Revue des Deux Mondes, commençait à rompre vigoureusement des lances pour la défense de la grande tradition française. Planant au-dessus de toute cette production livresque, Renan et Taine poursuivaient, ou plutôt achevaient leur œuvre historique, et leurs conclusions contradictoires n'étaient point pour éclairer d'une vive et sûre lumière ceux qui auraient voulu s'inspirer d'eux pour organiser la démocratie française : le dilettantisme anarchiste de l'un s'opposait trop fortement au moralisme traditionaliste de l'autre pour ne pas troubler, en cette fin de siècle, bien des consciences inquiètes et des intelligences anxieuses. Au total, époque de transition, d'incertitude et de confusion, que Brunetière, dès son second article, caractérisait fort justement d'un mot : « Ce qu'il y a de certain, écrivait-il, c'est que la poésie, comme aussi bien l'art en général, comme la philosophie, comme la religion, traversent en ce moment une crise dont il serait présomptueux de vouloir prédire ce qui en sortira. »

Au point de vue politique et social, la situation ne laissait pas d'être aussi un peu trouble. Sans

homme s'agite sur un plan inférieur, où n'a que faire le véritable amateur d'héroïsme ou de plaisir. » (Emile Zola comme liUçrakur, Écho de Paris, 10 mars 1908, non recueilli en volume.)

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doute, la France s'était matériellement relevée du désastre de 1870 avec une promptitude qui avait tout à la fois surpris et inquiété nos vainqueurs : les affaires étaient prospères; nos forces militaires reconstituées nous avaient procuré l'utile dédommagement d'une fructueuse expansion coloniale; on parlait moins, si peut-être on y pensait toujours, de la blessure inguérissable, et les temps paraissaient revenus de cette douceur de vivre qui forme l'un des charmes de la vie française i. Mais, au lendemain de la mort de Gambetta, le régime politique que le pays s'était donné n'était pas encore très solidement assis; les luttes des partis étaient très vives; la France n'avait pas' retrouvé encore cet équilibre intérieur qu'elle devait mettre près d'un demi-siècle à reconquérir, et qui est, nous le voyons mieux aujourd'hui, le meilleur fruit de la victoire : elle souffrait à son insu de sa défaite et, mal résignée, elle usait dans des discordes civiles une activité qu'elle sentait limitée et qui ne savait pas toujours où se prendre.

A ces impressions qui lui arrivaient de tous les coins de l'horizon, le jeune écrivain se prêtait avec complaisance. Il lisait, il observait, il causait, il écrivait, et, sans grand succès, il essayait de se faire lire. Il ne trouvait pas d'éditeur pour un recueil de nouvelles qui devait s'intituler le Départ pour la vie, pour un volume d'essais sur le Nihilisme contemporain; la Nouvelle Revue lui refusait les jolies

1. Eugène-Melcliior de Vogiié, dans sa réponse au discours de réception de M. Maurice Barrés {Sous les lauriers, Paris, Bloud, 1911, p. 246-247), a vivement peint celle heure de « convalescence ».

pages qui débutent par la phrase célèbre : « Toujours triste, Amaryllis ^î » Bref, il éprouvait à percer toutes les difficultés qui sont le lot ordinaire des débutants et qui les enferment dans un cercle vicieux souvent inextricable, et parfois presque tragique : car, pour se faire imprimer, il faut être connu, et pour être connu, il faut se faire imprimer.... Las d'attendre, impatient d'arriver à l'audience du grand public, il eut l'idée de forcer son attention en fondant une petite revue mensuelle, les Taches d'encre, qu'il rédigerait à lui tout seul. Et un soir du mois de novembre 1884, — Mme Clovis Hugues venait de tuer un diffamateur du nom de IMorin, — on vit des hommes-sandwich promener sur le boulevard des affiches ainsi libellées : Morin ne lira plus « les Taches (V encre ». Hélas! Morin ne fut pas le seul à ne pas les lire. Les quatre livraisons invendues des Taches (Vencre vinrent s'entasser dans les caves d'un administrateur infidèle.... Et après quelques mois de repos nécessités par un peu de surmenage, l'apprenti journaliste reprenait son obscure collaboration à des revues et à des journaux qui ont assez vite sombré dans l'oubli 2.

1. Cette nouvelle alexandrine, proche parente de Thaïs et d'Aphrodite, est l'un des premiers essais de IM. Barrés après son arrivée à Paris. « Leconte de Lisle... m'avait demandé de lui remettre une nouvelle ou un poème. Je n'ai jamais su faire de vers. J'écrivis ces pages. » {La Viercjc assassinée, Paris, Sansot, 1904, p. 6.) Imprimée dans les . Taches d'encre (février 1885), sous ce titre : les Héroïsmes superflus, elle a été reproduite dans Sous l'œil des Barbares, puis publiée à part en 1904 sous ce titre la Vierye assassinée.

2. Voyez, sur tout ceci, Henri d'Alméras, Avant la Gloire : leurs débuts, Paris, Société française d'imprimerie et de librairie, 1902.

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Ces cinq ou six années de production juvénile n'ont pourtant pas été perdues pour le futur romancier de Colette Baiidoche. D'abord, le grand journaliste qu'il a toujours été y a appris son métier : car « c'est un métier, a dit La Bruyère, de faire un livre comme de faire une pendule )>, et la remaniue s'applique également aux articles de journal. Et ces articles que le jeune étudiant dispersait un peu partout ont un réel intérêt : on y saisit sur le vif les tâtonnements de l'écrivain en formation et en quête de son style et de sa vraie pensée; on y voit germer des idées et des préoccupations qui ne s'épanouiront que bien plus tard. Beaucoup plus clairs et plus dépouillés que les livres qui ont suivi, ils sont peut-être plus révélateurs de la personnalité qu'ils expriment et, en tout cas, ils en font mieux pressentir les transformations ultérieures. C'est que le journalisme, avec tous les dangers qu'il comporte et les défauts qu'il encourage et que, peut-être, il implique, offre un très grand avantage : il force l'écrivain à sortir de soi; il le mêle à l'actualité changeante de la vie quotidienne et réelle; il lui pose des questions et sollicite des réponses; il l'oblige à parler net et à voir clair -dans sa propre pensée. Plus que bien d'autres, M. Barrés avait besoin d'une telle discipline.

Ses premiers articles, en effet, nous le montrent sous l'entière dépendance des plus fougueux coloristes, en particulier de Paul de Saint-Victor, « l'un de ses maîtres avoués de la première heure ^ ». « Figurez-vous, disait des articles sur Vacquerie

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