‹ Les maitres de l'heureChapitre 26 sur 122 · Journal des Débals du 2o novembre · texte numérisé non relu

Journal des Débals du 2o novembre

2. RévoUce (I8S9); le Député Leveau (1890); Mariage blanc (1891); Flipote (1893); les Rois (189:3); T/lr/e difjicilc (1895); le Pardon (1895); la Bonne Hélène (189(5); rAinée (1898); la Mussièrc (1905); la Princesse de Clèves; Bertrade (1905); le Mariage de Télcmaqoe (1910). — Voyez Emile Faguet, le Théâtre de M. Jules Leniaître (Revue de Paris, i" mars 1895;.

M. JULES LEMAITHE. 5/

peut-^tre ne marque dans notre littérature dramati(ine une date aussi importante que In Dame aux Camélias <iu (pu; le Gendre de M. Poirier, aucune n'est indifférente, et prestpie toutes ont des parties de chef-d'œuvre. Aucune d'elles à la scène n'a eu de ces succès bruyants que tel autre de nos contemporains a connus, et que d'ailleurs elles ne cherchaient pas, n'étant point faites pour le gros public, mais bien plutôt [)()\ïv le i)nl)lic, toujours un peu reslreiid, des délicats, ou, comme l'on disait jadis, des u houuétes gens ». Mais ce qu'elles perdent peut-être « aux <liandelles », et {)ar leurs qualités au moins autant rpie |)ar leui^s défauts, comme elles le regagnent, — et amplement, — à la lecture! Pour les lecteurs à qui le IhéAti'e de Racine a procuré leurs plus vives jouissauc(»s, il n'y a pas, depuis vingt ans, de « s[)ectacle dans un fauteuil » (jui vaille ceux que leur olïre M. .Iules Lemaître.

ru je n'entends pas, certes, insinuer par lô que le tiiéàtrc de l'auteur do VAinêe soit dépourvu de toute valeur proprement dramatique, yuaud parut licvolièe, « le prieur du l)on sens » déclara «pic la pièce était «< d'une singulière inexpérience et (l'une rare maladi'esse »; mais Saicev « voyait gros » là, comme en toutes choses, et, — il est vrai que je n'ai pas vu jouer lf<'vollrt\ — j'en croirais beaucoup plus hiuuelièi'e' ou M. Kaguet (pli, jugeant l'(euvre eux aussi • lu |ioiiil de vue ilu llK'àtre, se sont uioidrés benucorq) uioins sévères. D une mauièie gi''nérale, si le nu'tier dramati(jiie, che/ M. .Iules Lem.iîtr«\ a ses iuq)erfeclions et ses lacunes, ou, bien plut(M eucore, ses iiuloleuces et ses négligences, paifois un peu V(tloidaires, il est très loin dCIre (l(''nu('' des (pi.Mlit(''s, ux^ine extérieures, cpii assurent d'iM'diuaire h; succès : l'ingéniosité dt» l'intrigue, le mouve* uieut, la rajudité du dialogue, l'art de traiter les silunlions fortes avec franchise et vigueur, et cette vis comica ou Iratjicn h hupielle les anciens mmenaitMit presque toute la ' poetiipie » théAtrale. N'est-co point là pres<iuc

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ressenticl? Sans doute il serait bon que le dramaturge fût un peu moins dédaigneux ou insoucieux de l'art si utile des « préparations » : et si l'on ne peut demander aux pièces de M. Lemaître d'avoir ce quelque chose de rectiligne et de géométrique qu'ont les pièces de M. Paul Hervieu, on pourrait leur souhaiter une composition plus vigoureuse, plus décidée^ moins flottante. Au théâtre comme dans le roman, plus que dans le roman peut-être, on n'exagérera jamais l'importance de la composition. Le public ne cède qu'à celui qui lui fait un peu violence, et dont il sent la forte main s'abattre dès l'abord sur lui pour ne le plus lâcher qu'à la fin.

Mais ces faiblesses ne sont que bien peu de chose si l'on songe aux mérites dont elles sont l'inévitable compensation. <c L'Invitée, écrivait voilà bien longtemps l'auteur des Impressions de théâtre, V Invitée est un éminent exemple de ce que le théâtre peut reconquérir sur le domaine propre du roman. Songez que, si ces empiétements n'étaient jamais essayés, le théâtre ne bougerait pas, n'aurait pas bougé depuis deux siècles^. )> 11 me semble que M. Lemaître nous livre ici la formule même de son théâtre : de propos très délibéré, il a renoncé au vieux moule où l'on avait avant lui jeté tant de pièces, bonnes ou mauvaises, aux procédés, aux conventions qui avaient cours et, peu s'en faut, force de loi, et, désireux d'introduire dans l'œuvre dramatique, telle qu'il la concevait, « le maximum d'analyse morale que supporte le théâtre », il a tout fait pour la rapprocher du roman. De là vient qu'à plus d'une reprise, — Mariage blanc, V Aînée, les Rois, le Mariage de Télénmque, — il a tout d'abord essayé sous forme romanesque l'idée quil devait reprendre plus tard sous forme dramatique. De là vient que ses héros, au lieu d'être, comme le sont généralement les héros de théâtre, des volontés agissantes, sont, comme la plupart des héros du roman moderne, des passivités souffrantes, de pauvres êtres sans grand ressort intérieur

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