‹ Les maitres de l'heureChapitre 3 sur 122 · Midi {Petites Orientales), Poésies, éd. actuelle, p · texte numérisé non relu

Midi {Petites Orientales), Poésies, éd. actuelle, p

3. Citons ici tout au long, ces curieux vers du Tasse sur la Touraine {Jérusalem délivrée, chant i, str. 62).

La terra molle 0 licta 0 dilottosa iSimili a se ç:Vi abitator produce.

Impoto fan noUe battaglio prime, Ma di Icggier poi langue, o si réprime.

« Cette terre molle, douce et délicieuse produit des habitants qui lui ressemblent. Ils ont de Telan dans les premières batailles, et puis languissent et s'arrêtent. »

jusqu'aux caprices de son fleuve. Mais pourquoi redire fort mal ce qu'il a lui-môme admirablement dit, — dans une prose rythmée qui est parfois l'écho de sa propre poésie?

La nature a chez nous ronduiement et la grâce, quelque chose qui rit, qui flotte et se renouvelle. Elle caresse et n'ébluuit pas. Elle a des coins intimes qui enga^'cnt, qui accueillent et qu'on dirait intelligents. Bénis soient les coteaux modérés, les saules, les peupliers et les ruisseaux de la Toiirai'ne! La Cybèle orientale est dure, fixe, métallique, insensible et semble avoir moins de conscience que celle de chez nous *.,..

Nous tenons là, n'en doutons pas, l'une des origines, et la plus profonde, du « nationalisme » de M. Jules Lemaîlre, et la source même de son talent.

Il ne lui a pas nui non plus d'être « du peuple ». Avezvous remarqué? Les oriurinalités les plus spontanées, en littérature comme peut-être ailleurs, se rencontrent assurément quel(|uef()is parmi les classes moyennes, mais elles se recrutent plus généralement dans l'aristocratie ou dans le peuple, (liez ce dernier surtout, l'individualité, (juaml elle existe, peut se développer plus librement (pr^u sein d'une autre classe; elle n'est pas (q)primée par le poiils. souvent si lourd, des traditions, ou plutôt des conventions sociales. Ajoute/, que le peuple transmet à ses enfants un sang plus riche et plus neuf, un cerveau moins usé par le lr;»v;iil <l«> l;j pensée, nue sensibilité moins émoussée par

1. Cuntfinpununs, l. Il (lA'cunlr de lAslt'\ p. 40. — Ces lignes »t>nt la reprise, à priiu> ili\irsi(i«M', »|p (]uclipirs N»>r^ «î'w p.iit.< <j, ... taies :

MniH là- bas, au puv«, la icrro ost ma l.a Stituri' a chr: uou$ In yrâcf et / i •. {Jutlifue chose ijux (toile et yuï êc rfnouffit,-, Kt des vaguoB contours le ni^otèro charmaot.

Et jo veux vous revoir. 6 ciol chaQ|;;oaat et tomire. Coteaux horbnux, petits ruinrtiux, ruini familiers, Saules, je vous désire! et j« veux vous entendre, CLuchotemenis plaintifs des tremblants peupliers.

(y^ttalgie, Poiùet^ éd. icluelle, p. niPaj

le spectacle réfléchi du monde, bref, une âme plus vierge, plus capable d'impressions inédites, d'expressions fortes et franches. Fils d'un de ces instituteurs d'autrefois qui ne se donnaient point pour mission de prêter main-forte au pharmacien Homais, d'enseigner lantipatriotisme à leurs élèves, de les « déraciner ;>, de les déchristianiser au nom de l'idéal laïque et de la science moderne, M. Jules Lemaître a hérité de tout ce qu'il y a de bon dans le vrai peuple de France ; il n'a pas connu, il n'a pas eu à répudier la basse envie plébéienne, le prurit égalitaire, l'ardeur niveleuse, l'aigreur orgueilleuse et vindicative et les sophismes démagogiques qui, depuis Rousseau, forment si souvent le fond de la « mentalité » populaire. Mais, en revanche, il a vu de très près les silencieuses, les stoïques vertus des humbles :

Oh! la sainte économie de nos mères, leurs prodiges de ménagères industrieuses, et l'étroitesse sévère du foyer domestique! C'est cette parcimonie môme qui donnait tant de ragoût aux moindres semblants de vie plus aisée, aux petites douceurs exceptionnelles, aux crêpes du carnaval, aux cadeaux modestes du premier de l'an, aux deux sous des jours d' « assemblées -ol Et cette parcimonie avait sa noblesse.... Car cette vie n'était si étroitement ordonnée que pour permettre au fils, à l'héritier, de connaître un jour une forme supérieure et plus élégante de la vie.... Et plus tard, sans doute, les enfants venus à Paris, et ayant pris d'autres habitudes peuvent sourire de cette mesquinerie campagnarde; mais c'est à elle pourtant, c'est à leur enfance à la fois indigente et tendrement choyée qu'ils doivent leur persistante fraîcheur d'impression et cette sensibilité qui les a faits artistes et écrivains^.

Tant pis pour vous si vous n'êtes pas émus par cette page!

L'enfant promettait. A dix ans, on l'envoya à Orléans, au petit séminaire de Sainte-Croix 2, pour y commencer ses

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