Contemporains, 5® série {André Theurict), p
2. Étude sur Jules Lcinaîlre : le Pays, VÉducalion, le Professorat, par A. Bouvier, Orléans, Goût, 1011; — E. Sansol-Orland, Jules
études, qu'il termina au petit séminaire de Notro-Damedes-Champs, à Paris. Nouvelle ressemblance avec l'auteur de la Me de Jésus : M. Jules Lemaître a été élevé par des prêtres ^ Est-il vrai qu'il les ail parfois un peu iiu^uiélés, CCS prêtres qui lui ont révélé Veuillot et qu'ils lui aient prédit la destinée d'un nouveau Henan? Je ne sais, et il est possible. Mais il est plus sûr encore que cette éducation « cléricale » l'a marqué de son « enq)reinte » : elle lui a, tout au moins, donné le goût, l'heureux goût de la casuistique et de liuialyse morale; et s'il est vrai, comme l'a dit bien profondément Joubert, que « les cérémonies du catholicisme plient à la politesse >», ce qu'il y a d'avenant, d'aimalde et de délicatement insinuant dans la manière do l'auteur des Conlenipornins n<' lui vieiulrait-il pas, en pai'tie, de ses années de collège? Allons plus loin : rappelons-nous que le souple et ironique écrivain qui a fait jouer V Mnèe n'a jamais été tendre pour les protestants, « nos frères sans gr;\ce », comme il les a qualiliés un jour, et d'autre part (pie le voltairinnisme n'a jamais été son fait. J»* crois sentir à chatiue in^^lant chez M. Jules Lemaitre. et parmi même ses fantaisies les plus audacieuses, un tour d'esprit et d'iuuigination catholi(jues, un fond persistant de scnsibilil»' chrétieniu'. « C'est dans une école ecclésiastique, — a-t-il écrit d'Anatole France, — qu il a passé' son enfance, ce qui est, je crois, un (jraml nvnnlnije, rar souvent les exercices de piété y font r;"imi' plus douce ri plus Icinlir; la pmcli- ;i plus de chance de s'y conserver, OU moins un t«Mnps, et {sauf le vas de (lurhiues fous on de quehiues iniunuiis e<eurs\ (juand plus tard la foi vous ipiilf«\ on
Lemaitre, Paris. Snnsol, ltt()3. — Voyoy. sur les prrmit^rcH impressions d'eiifaiirc el los urtMiiicrcs lorltircs de JiiIch l.i>ninltr«< (CaMinir DoLnvi^iM*. Kiorinu, Moilrau. llacinc. Marriiotilrl, NimIht; plus l.inl, ba l<'ii[itaiiM\ Uac.iiic, j'asial v\ l.a llriooro • lus «'t r«>lus sur los hants (lu collège un nomliri» k\v foin qu'il no saurnU diro •), sur sou • l'ullo ■ dVnranl pour Joanno d'Arc. /mpreuioas d« r/i('d(ri*. 3* série, p. 142-117: 5* séri«». p. '223-221); — ol Opinions i\ répandrt, p. 140-UI. 1. > Vax souuup. avouol-il lui-nu^nio. nous l'tiuus tous deux d'Kglise. • {Revue hcbdomadairt, arl, cil., p. 31.)
j2 LES MAITRES DE VIIEURE.
demeure capable de la comprendre et de l'aimer chez les autres, on est plus équitable et plus intelligent '. » u On ne touche pas impunément aux autels », disait Sainte-Beuve. « Dans le fond de votre cœur, aujourd'hui encore, il subsiste une sorte de cité de Dieu, que vous n'habitez plus, mais où vous ne souffrez pas qu'on pénètre le sourire aux lèvres. ^ » Ainsi parlait le fin Gréard, un jour de réception académique. Cette cité de Dieu, est- il bien sûr que l'enfant qui, un jour de Fête-Dieu, « beau, frisé comme un mouton, représentait le petit saint Jean-Baptiste et conduisait devant le dais un petit mouton vivant ^ », est-il bien sûr qu'il ne l'ait plus jamais habitée?
A cette discipline intérieure, la vie allait en surajouter une autre : celle de l'Université. Contrairement à ce qui eut lieu pour Renan, le passage de l'une à l'autre semble s'être fait très naturellement, sans crise et sans rupture. Au modeste instituteur de Tavers, le professorat, l'École normale devaient paraître le terme lointain, idéal de « l'ascension » qu'il rêvait pour son fils. Celui-ci se laissa faire apparemment sans difficulté : si parfois, aux heures de rêverie solitaire, la vocation d'écrivain était venue peutêtre solliciter son ambition naissante, il devait se dire, comme tant d'autres avant et après lui, que l'Université lui offrirait les moyens de tout concilier, et qu'en tout cas elle ne le détournerait pas de sa voie véritable. Le raisonnement, s'il a été fait, dénote un bon sens singulièrement avisé. La culture universitaire, — telle qu'elle se donnait alors, — n'a point porté de plus heureux fruits que ceux qu'elle a fait pousser sur ce terrain, d'ailleurs exception-
1. Contemporains, 2" série {Anatole France), p. 88. Voyez aussi, dans la même série, le très pénétrant article sur Ferdinand Fabre, et dans la 3" série (p. 193-194), la jolie page où M. Jules Lemaître énumère les bénéfices ([u'il a retirés de son origine et de son éducation, et qui se termine par la pi(iuante devise : « Prince ne puis, bourgeois De daigne, curieux suis. »
2. Discours de réception de M. Jules Lemaître, Réponse de M, Gréçrd, Paris, Lecène, 1896, p. 47.