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eu LES MAITRES DE L'HEURE.
sorte de sympathie secrète, non assurément pour sa personne, mais pour la cause qu'il se trouve servir ^ ». Relisez toute la page oîi il développe cet intéressant point de vue. On ne saurait mieux faire entendre qu'à celte époque l'auteur du Député Leveaa est partagé contre luimême; à son insu, il y a lutte en lui entre ses sentiments involontaires et ses idées réfléchies; son art est en conflit avec sa philosophie; son rêve inflige un démenti à sa politique; son instinct est « réactionnaire )>, et sa pensée est républicaine, et même un peu « radicale ».
Comme il arrive toujours en pareil cas, c'est l'instinct qui devait peu à peu l'emporter sur les théories. Il serait facile d'extraire des Contemporains ou des Impressions de théâtre bien des passages qu'eût médiocrement approuvés le député Leveau. Par exemple, M. Lemaître visite à l'Exposition le pavillon du ministère de la Guerre : « Et alors, écrit-il, on a beau savoir que la guerre est impie, absurde, abominable : ... comme, après tout, les peuples se battent depuis quelque dix mille ans, — et peut-être parce qu'on sent confusément que la guerre est ce qui donne à l'énergie humaine et au courage, père des autres vertus, leur plein développement, — on est ému jusqu'aux entrailles, un petit souffle froid vous passe dans les cheveux... et tenez, par exemple, ce guidon de la garde impériale, où sont inscrits les noms de toutes les capitales de l'Europe, ce carré de soie pâlie fait un plaisir à regarder, mais un plaisir ^l... » Un plaisir que n'eût point goûté tel sénateur pacifiste.
Et à mesure que les années passent, on sent que l'écrivain se détache de plus en plus de la littérature qui n'est que de la littérature. Il pourrait presque faire sien en l'appliquant aux Lettres le célèbre mot de Pascal sur la géométrie qui « n'est qu'un métier » et qui « est bonne pour faire l'essai, mais non l'emploi de notre force ». Le jour même où Brunetière prononçait, devant les élèves du