I. CoN/«'/M/i(jr«n'/is, Ti' série, p
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mais Opinions à répandre, les rcilcxions que lui suggéraient SCS lectures et ses^ recherches nouvelles. Le livre, un instant célèbre, de Demolins sur la Siipériorilé des Anglo- Saxons (1897), avait remué en lui tout un monde d'idées, de préoccupations et de rêves qui, depuis longtemps sans doute, ne demandaient qu'à sortir et à s'exprimer. Une ambition sinon nouvelle, tout au moins renouvelée, s'imposait à sa pensée. <( 11 y a quelque chose à faire, écrivait-il, et chacun doit y penser. Après y avoir réfléchi, il m'a paru qu'un moyen discret, et bien à ma portée, d'agir sur Vopinion, — qui à son tour agirait sur les mœurs, — ce serait de présenter comme distinguées (car de les lui recommander comme vraies, cela ne servirait guère), certaines façons de sentir et de juger, qui impliquent le respect de l'énergie, l'estime de l'activité, de l'effort individuel, de l'esprit d'entreprise, de tout travail auquel un peu de risque et d'aventure ne fait pas peur ^ » Et il se tenait généreusement parole. Il prêchait le retour à la vie simple, utile et féconde, il prêchait « le bon déracinement », à sa\'"oir la colonisation, il prêchait la lutte contre la dépopulation et l'alcoolisme, il prêchait le patriotisme et le culte de l'armée; il dénonçait la superstition du fonctionnarisme, du baccalauréat, des professions dites libérales; il osait déclarer qu' « il faudrait honorer très sincèrement l'industrie, le commerce et l'agriculture (ne souriez pas, — ajoutait-il, — de cette phrase de concours régional) », et cet humaniste partait bravement en guerre contre l'enseignement classique, et contre le préjugé du latin pour l'enseignement moderne 2; en un mot, par tous les moyens en son pouvoir, il essayait de combattre ce qu'il appelait.
1. Opinions à répandre, 4" édition, 1001, p. 12-13. — Cette 4^^ édition a été revue et nuf?monlée d'un discours sur les Prix de vertu.
2. La conférence de M. Jules Lomnitre* à la Sorbonno sur la Réforme de C Enseignement (o juin 181)8) a été publiée dans l'Éducation nouvelle, de M. Kdmond Demolins (Librairie de Paris) : c'est la reprisp, à peine diversifiée, des articles recueillis dans les Opinions à j'épandre.
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— oli ! \o vilnin mot. ot conibion injiisto! ot quo jo ne l<iim(^ lU'iK ro sous la plume d'un dos iiùtirs, car lôlranger est toujours là, qui écoule aux portes! — <« la décadence fiançaise ». Il y avait d'ailleurs, dans toutes ces idées, parmi des exagérations inévilahles, — ne parlons même pas de la générosité, — beaucoup d' « esprit de lîncsse » et un liés ferme bon sens. Kt ces prédications n'ont pas été perdues : on en retrouverait la. trace, aisémi^nt reconnaissable, dans certaines dispositions intellectuelles ou morales de la imne^se contemporaine, et, comme chacun sait, jusque dans les <( programmes de 1902 ».
A crltc simple campa^'iie rie presse allait en sncc«''der une, non pas peut-être plus elficace dans ses résultats, mais plus active et moins strictement « académique ». I/l:omme d'action, chez M. .Inics Lemaîti-r, tendait à se compléter, à s'achevei* : la création de la Ligue de la Patrie française lui en fournit à la fois l'occasirMi et les moyens. Je n'ai pas à rappeler ici toutes les étapes de cette campagne « nationalist<» », les multij)les conférences à I^aris, à Orléans, à (Jîrenobic, à I.ynn, à Toulnuse, à Nancy, à Marscillr, à Houen, à Lille, h IJortlcaux, à lîelfort, à Reims, à Nîmes, à Annecy, à Saint-(!laiide, à Lons-le-Saulnier. Campagne qui ne fut pas toujours sans dangers pour l'orateur, car il semble bien que les « apaclies de gouvernement » n'ait'iil pas été, tard s'en faut, wuo vulgaire fiction « électoiale », v\ (pi'il y ait eu. de la part du poète «les Mrthiillims, plus (pi'uue ('léganb* cnUierie, une réelle bi'avoure à s'exposer à certaines rancunes et à certaines violences. AL Jules L»Mnaili'e il ni «'prouver h\ (piel(|nes-uneH des émotions les plus rai'«'s «h* sa vie, et s'il écrit «luelque j«)ur s«'s Ml' nu tire s, la parti«' «pii si'ra consacrée a ses >• expérien«*<»s p«»liti«ju«*s » n'en sei-M (•«'rlnin'"'-"' p •»- '■» tnoiris captivante.
l>eu\ traits sont à nol«'r dans «-elt** canq^agne de ilisc(»urs r[ «l'art ich^s «pii, pendant plus de ln»is ans (IS9'.>- 1902) a agilt' «•«' pays, «r«>r«linaire si calme et si «locile ilans son c\i>l''ii<<' civique. C'est d'abord m.'- •>\tr<'m»' \i<di'nc«» do
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criliquc à l'égard du régime sous lequel nous vivons depuis quarante ans. Jusqu'alors INI. Jules Lemaître, lorsqu'il exprimait son sentiment sur « nos abominables députés )>, ou sur « ce décevant suffrage universel^ », le faisait avec une modération relative : on le sentait mécontent, attristé, plutôt qu'hostile. Maintenant, comme s'il s'était trop longtemps contenu, son indignation, sa verve satirique et critique ne connaissent jilus guère de bornes. Il dénonce avee une inlassable âpreté tous les vices, apparents ou secrets, de l'institution politique telle qu'elle fonctionne chez nous sous la troisième République.
La curée des faveurs, — écrivait-il dès 1898, — doit être plus ardente quand le souverain a six cents têtes et, ])ar conséquent, six cents bouches, généralement bien endentées, et plusieurs môme faméliques; quand chacune de ces six cents bouches a sa clientèle de gueules; quand la plupart de ces six cents souverains sont les esclaves d'un Comité qui les a fait élire pour qu'ils lui K rapportent » ; divisés d'ailleurs en partis qui se disputent beaucoup moins le pouvoir que les bénéfices du pouvoir. Le parti radical surtout a, pendant quinze ou vingt ans, regardé le budget et les places comme son butin, et cela, même quand il n'était pas nominativement aux affaires : tant il montrait d'impudence et tant il rencontrait des adversaires pusillanimes! C'est ce parti, je pense, qui a le plus contribué à rabaissement du sens moral dansée malheureux pays 2.
Hélas! plût à Dieu que tout fût faux dans ce sombre tableau que M. Lemaître a depuis très souvent repris pour en assombrir encore les couleurs! Mais n'avons-nous pas vu tout récemment encore, sous « un grand ministère », la Chambre française user des plus misérables prétextes l)our se dérober à la lutte contre l'un des plus graves lléaux qui désolent notre France, à savoir l'alcoolisme? Mi de tels faits ne sont-ils pas la coiKhimnation d'un régime qui, non seulement les tolère, mais encore, mais surtout les engendre? Ce qu'il faut dire, et ce que M. Jules