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soit très exactement informé de la façon don^t se pose le prol)lème religieux dans la pensée et la conscience contemporaines. Il écrit, dans son Fénelon, que « les théologiens révoltés croient au surnaturel autant que les catholiques et demeurent aussi bizarres, aux yeux d'un esprit totalement détaché des dogmes, que les théologiens orthodoxes ^ ». L'épithète est au moins... bizarre et sonne étrangement son Voltaire : les croyances dogmatiques ne peuvent paraître u bizarres » qu'à ceux, fussent-ils détachés des dogmes, qui n'ont point étudié les questions. « Quel pauvre être de volupté suis-je donc, moi, soupirait jadis M. Jules Lemaître, pour aimer à la fois, — et peut-être également, — Renan et VeuillotM » A divers signes, je me demande si Renan, — le dernier Renan, celui qui revenait à Voltaire, — ne l'a pas, dans son cœur, emporté sur Veuillot. (c Je n'ai jamais été croyant, déclarait-il tout récemment, mais plus j'avance, moins je le suis; je crois même que je le suis chaque matin un peu moins '^.... » Il serait peut-être fâcheux que tant d'esprit, de pénétration, de délicatesse morale aboutît, définitivement, à une conclusion de ce genre.
Ce serait même d'autant plus fâcheux que, à la bien prendre, la morale de M. Jules Lemaître, je l'ai déjà noté, si elle n'est pas fondée sur le dogme, a retenu, pour une très large part, les préoccupations et même les prescriptions essentielles de la morale chrétienne, — je ne dis point de la morale janséniste.
Cela est visible dans toute son œuvre d'artiste et de critique, mais plus particulièrement peut-être dans ses feuilletons dramatiques, et notamment dans ceux qu'il a consacrés à Alexandre Dumas fils : rien n'est alors plus curieux, et plus instructif, que de voir les deux moralistes aux prises, opposer l'une à l'autre leurs conceptions de la vie et du devoir. Plus rigoriste souvent, en apparence, la
i. Fénelon, p. 33.