‹ Les maitres de l'heureChapitre 53 sur 122 · Le Sens de la vie, p · texte numérisé non relu

Le Sens de la vie, p

EDOUARD nOD. 133

cœur. Certes, il ne les prononçait pas. Peut-être ne les prononcerait-il jamais '....

Ce que le Disciple a été dans l'œuvre de M. Bourget, /« Sens de la vie l'a été aussi dans l'œuvre d'Edouard Rod. Scnlonient, M. lîonrgct ost allr plus loin dans l'ariirinalion que le pliilosciplie Adrien Sixte. lùlouard Piod, lui, n'a jamais d«''passé l'état d*esprit final du héros du Sens de la vie, — si même il n'est pas quelquefois revenu en arrière. . Le Sens de la vie est inséparable des Idées morales du temps présent (1801 K D;uis ces trois années d'intervalle, alisorbéos, ce semble, pour une lart,'e part, par renseii^niement d'Kdouard Hod à l'Université de Genève, ce qu'on appelait a^ors le « néo-clirislianisme » avait |)ris corps; le nombre des « cigognes » annonciatrices s'élait multiplié : le Disciple avait i)aru, et les linnanjues sur l'Exposition du Centenaire, et le XyiII" sircle de .M. Faguet; les articles de Taine sur l'Eglise allaient [laraître; on écoutait les prédications laï(iues de M. Lavisse; on albiil bienlcM lire le Devoir présent, de M. Paul Desjardins. C'est précisément à M. Paul Desjardins que sont dédiées les Idées morales du temps présent. Le livre élail uru' emjuéte un peu rapide, un peu liAlivement écrite, mais lucide, intéressante, et même pénétrante, sur un»' dizaine de notables écrivains conlempnrains, (ui qui, du moins, |)ar l'innuence (pi'ils exen;ai«Mit, nn'ritaient d'être mis au rang de conttMuporains : Hcnan, S(li()p(Miliauer, Zola, M. l»<>urg<*t, M. Jules Lemallre, l'idnumd Sclu'rer, .M«'xandie Dumas tils, hrunelière, Tolstoï, K.-M. de VogÛé. Kdouanl Uo«l les interrogeait tous sur Irui'S idées ou leurs tendances morales, qu'il dégageait de l'ensemble de leur (euvre avec une extrême litu'sse et une intelligiMile synq)atliie. Son dessein n'était pas sans analogie avec cj'lui de M. Bourg«'l dans les Essais de psyrfwlogie conlemporaine : dans les deux cas, il s'agissait de drrssrr une sorte «le bilan ou d'iruentaire îles iiléc^s et des seul iiiieiils esseiitieU d"uue iréin r.itiou en train

i. Le Dtsciulc, uijine,

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d'accomplir son œuvre; les deux ouvrages se faisaient moralement suite l'un à Fautre; et si le second était à la fois plus systématique dans son intention et plus ferme dans ses conclusions que le premier, c'est que le temps avait marché, depuis les premiers Essais de psychologie, et qu'en 1889, il était plus facile qu'en 1883, et même en 1885, de voir clair dans les divers courants de pensée qui emportaient les esprits. A ce résultat M. Bourget lui-même n'était pas sans avoir activement contribué, et il convenait de lui faire une place dans l'enquête nouvelle, dont il avait peut-être donné l'idée.

Répondant à l'envoi du Sens de la vie, Tolstoï louait vivement l'ouvrage, mais il en critiquait la conclusion : « La conclusion, à mon avis, écrivait-il, n'est quune manière de se tirer tant bien que mal des problèmes si franchement et si nettement posés dans le livre ». Et il ajoutait : « Au fond, votre livre m'a procuré un des sentiments les plus agréables que je connaisse : celui de rencontrer un compagnon inattendu dans la voie que je suis. Vous avez beau dire et avoir écrit sur Leopardi; jeune ou vieux, riche ou pauvre, vigoureux ou faible de corps, je suis convaincu que vous trouverez, si vous ne l'avez fait déjà, la vraie réponse au titre de votre livret » A lire les Idées morales, on aurait pu se demander si Tolstoï n'était pas sur le point d'avoir raison. L'auteur s'y déclarait néo-chrétien, ou du moins très sympathique au néo-christianisme. « Je ne suis pas éloigné de croire, disait-il à M. Paul Desjardins, que vous avez raison, quand même, pour mon compte personnel, je ne vais pas aussi loin que vous dans la voie du néo-christianisme -. » Et dans tout le livre s'exprimait un vif sentiment désolé des ruines accumulées par un demi-siècle de libre pensée. Les conclusions étaient curieuses. Dans le mouvement des idées morales contem-

1. 23 février i889. Lettre publiée par M. E. Halperine-Kaminsky, dans son article sur Edouard Rod et la « Revue contemporaine » {Nouvelle Revue du 1" mai 1910, p. 93).

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