‹ Les maitres de l'heureChapitre 55 sur 122 · Idées morales du trmps pr^scnl, p. :U)i .U · texte numérisé non relu

Idées morales du trmps pr^scnl, p. :U)i .U

Allez! ce n'est pas seulement une règle dfe conduite que réclament les pauvres âmes auxquelles vous vous adressez et que votre générosité voudrait sauver. Ce qu'il leur faut surtout, c'est une certitude et c"cst une espérance. Vous leur refusez lune et l'autre, sous prétexte qu'elles peuvent s'en passer pour agir; mais elles ne s'en passent pas; elles les appellent éperdument. Si vous voulez les conquérir, donnez-leur ce qu'elles vous demandent; et comme vous ne trouveriez en vous-même ni cette espérance, ni cette certitude qui seraient le ciment de vos échafaudages, allez les chercher là où vous les trouverez, c'est-à-dire dans l'Église. Seule elle pourra vous fournir l'autorité collective et séculaire qui appuiera la vôtre et fera qu'on vous croie, et les bienfaisantes promesses attendues qui feront qu'on vous suivra*.

Tout cela était admirablement vu, et l'on sait comme, sur tous ces points, l'avenir a donné raison à Rod. Je ne crois pas que, — parmi les incroyants tout au moins, — personne alors ait aussi nettement aperçu les vraies conditions du problème moral moderne. « Au fond, j'ai l'ame d'un croyant tombé dans le scepticisme ^ », disait le héros du Sens de la vie, parlant évidemment au nom de Fauteur lui-môme. Et c'était vrai : et son sens chrétien était tel que non seulement, — chose extrêmement rare pour un protestant d'origine, — il rendait pleine justice à l'Église catholique, mais encore que, passant par-dessus le protestantisme, à l'égard duquel il n'a pas toujours été équitable, il voyait en elle la dépositaire unique du christianisme authentique, et que, s'il avait eu la foi, il n'est pas douteux qu'il lui eût donné son adhésion. Mais, d'autre part, son scepticisme restait inébranlable : il n'avait pas la foi et il en souffrait peut-être, mais il lui eût répugné de donner le change sur ce point essentiel à lui-même et aux autres, et, tout en donnant raison aux chrétiens, plus même que certains de ses amis ne l'eussent souhaité, il se refusait, par scrupule intellectuel et par

1. Le Devoir et la Foi {Journal des Débats du 12 janvier 1802).

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