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2. I.r Jt'unc Homme moderne [Fhjaro du il jnn\ i.r IS90), non recueilli en volume.
il s'est épris de la science des mœurs, et, après avoir largement payé tribut au pessimisme, ressaisi par la vie réelle, il en vient à reconnaître lélroite union, la solidarité nécessaire du problème moral et du problème religieux; la solution du problème religieux lui-môme, il ne la trouve que dans le catholicisme. Arrivé là, où ira-t-il désormais? Il semble que la question qui se pose alors pour lui soit la suivante. Fera-t-il comme quelques autres ontiait depuis, qui, par leur attitude de pensée, paraissaient pourtant beaucoup plus éloignés du catholicisme, et adhérera-t il au Credo non seulement « des lèvres », mais du cœur et de l'esprit* ? La solution eût été assez naturelle et logique; elle n'eût, je crois, surpris personne : et elle aurait mjs assurément dans la suite de son œuvre lunité et la continuité que nous présentent ses premiers écrits. Ou bien, content d'avoir montré le port à autrui, se laisserat-il reprendre et dominer par le scepticisme intellectuel, par « le tenace individualisme'^ », — c'est lui qui souligne, — qu'il y en a en lui? Et, tiraillé entre diverses tendances, incai)able de se fixer dans une ferme doctrine, inquiet d'ailleurs, soufîrant de son inconsistance, et n'ayant du dilettantisme que l'apparence, se laissera-t-il aller au gré de Iheure, et se condamnera-t-il à refléter, au risque de paraître ne pas maîtriser son œuvre et sa pensée, les divers remous d'opinion et de sentiment qui agitent les âmes d'aujourd'hui? On sait que c'est ce dernier parti qui l'a emporté; et si l'unité intérieure, l'originalité peut-être de son œuvre y ont un peu perdu,- elle n'est pas sans y avoir gagné en valeur représentative.
Sous quelles influences, extérieures ou intimes, cette évolution, ou plutôt cet arrêt ou ce refus d'évolution s'est-il
i. Qu'il en ait été parfois très fortement tenté, c'est ce que j'incline volontiers à croire. 11 avait annoncé, pour faire suite au Sens de hi vie, un livre (ju'il eût inlilulé Vouloir et Pouvoir, et qu'il renonça à écrire. Ce projet non exécuté ne serait-il pas un signe de ce que j'avance ici?
2. « Le tenace iNoivrouALisTE (ju'il y a en moi est toujours prêt à reprendre ses droits. • {Le Sens de la vie, p. 21G.)
accompli? C'est ce qu'il est diflicilc de conjecturer, et de dire avec précision. Peu importe d'ailleurs. En Fiiatière morale, les influences les plus incontestées ne jouent pas le rôle décisif que nous leur attribuons parfois. Nous ne les subirions pas, si nous n'étions pas préparés d'avance à les subir; elles n'aj^àraient pas sur nous, si elles ne répondaient pas à un vœu secret, à une disposition latente de notre nature; elles peuvent nous révéler à nous-mêmes, elles révèlent aux autres tout un coté de notre être encore inaperçu; elles donnent à certaines de nos énergies obscui-<'S l'occasion et les moyens de se déployei*; elles ne les créent pas de toutes pièces. Il y avait chez Hod, en dehors de toute inlluence acceptée, ou subie, une certaine incertitude native de pensée, — de volonté peut-être — qui perce dès ses premiers livres, et qui n'a i^uère fait que s'accentuer dans la suite. Il n'était pas riiomme des partis plis hanches, des décisions irrévocables, des pam déllnitifs. La nature même de son iiitclli^'ence répu«ifnait aux aClirmal ions trop nettes, et, si je |mis dire, aux conceptions unilatérales. 11 y a, ce semble, trois types dilTéicnls ti'esprils. Les uns, les dofjmnliques, — Bossuet par exemple, — on! (Mnbi:iss('' de bonne lirnir nu système, une dortrine; ils s'y tiennent; et toute leur vie se |)asse à en préciser les principes, à en (b'velopper les cons('(juences ; quami ils n'iirnorent pas les «loclriiu's contraires, ils les d«''daii,'nent, ou du moins ne se laissent pas entamer par elles. \ l'oppos»' de ce groupe, il y a les esprits, — dont llenan est la réussite supérieure, — (|ue l'on p<»urrait appeler nudlytiijurs ou «t//j//hca\ Toute idée évedle inviiuMblement en eux 1 id«''e contraire; ils v(»ienl le faible, en mi'me temps que le l'orl, ile cliaeinu* d'ell«*s, c{, pour plus dc si^reh^ ils les embrassent toutes le»> den\ à la fois, ils les développenl suceessivemeid ou simullan«'menl ; ce sont «les perpétuels iiM'ésolus; ils r«''alisent à la lettre l'union on l'identité dos coidiadictoires. l'iidin, il y a les esprits que Ton peut npp<'ler .s\v«//ié/ir/Uf\<. et (itml Pas, al me parait l'un des plus complets exemplaires. Ceux-là, une idée étant duiinôc, ils
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la pénètrent à fond; ils en voient tout aussi bien le fort et le faible, la vérité relative que les esprits analytiques; ils pénètrent de même l'idée contraire; mais ils savent découvrir l'idée supérieure qui opère l'union, la réconciliation et la synthèse des deux conceptions opposées. Edouard Rod appartient à la seconde catégorie, à celle des esprits analytiques, et Renan, qu'il a tant aimé, auquel, après sa mort, il a cru devoir présenter des « excuses » pour l'avoir jadis un peu critiqué ', Renan a dû avoir une très forte action sur lui. Très intelligent, certes, — d'une intelligence peut-être plus rapide et plus agile que profonde, — très accueillant et très ouvert à toutes les idées, d'où qu'elles viennent, il ne sait pas s'en tenir à une idée unique; la thèse contraire lui sourit immédiatement, et il lui arrive de les développer tour à tour dans deux livres successifs. De là quelque chose qui déconcerte un peu, et qui rend bien difficile, sinon même impossible, la recherche et la découverte de l'unité directrice de son œuvre.
Cette unité, je ne la rechercherai pas dans les quarante volumes et les innombrables articles dispersés qu'il nous reste à examiner. Je me contenterai de suivre l'écrivain dans les principales directions où il s'est développé, épanoui, et de caractériser brièvement chacun de ces aspects de son talent, chacune des provinces de son œuvre. Je n'ose affirmer d'avance que l'idée d'ensemble qui se dégagera de là sera d'une extrême netteté. Mais il s'agit avant tout d'être vrai et de « faire ressemblant ». La vérité, « Ihumble vérité » de la vie vaut mieux que les plus
i. Excuses à Renan (non recueilli en volume), Revue Bleue du 3 février 1894. Voici en quels termes Rod, dans cet article, parlait de Uenan : « Pardonnez-moi, Maître : autrefois, dans ces mômes colonnes, j'ai osé critiquer votre œuvre.... Nous aurions dû vous admirer, vous admirer sans réserve, aveuglément, absolument. Ils ne voient pas [vos adversaires] qu'avec vos yeux un astre s'est éteint, un astre bienfaisant, source de rayons et de cbaleur.... Comme si vous n'aviez pas remué le monde! comme si vous n'aviez pas réalisé le type supérieur de i'tiumanité! vous étiez un deraidieu.... »
ÉDOUAnn non. //,/
triomjjlialcs prouesses de l'esprit de système. Qu'ai-je à faire d'un portrait dont le premier mérite serait de ne pas ressembler au modèle?
Comme s'il avait devine'' l'embarras où l'extrc^me diversité de son œuvn; plonp^erait ses criliciiies. Kdouard Hod a voulu leur venir en aitle en leur indi<piant, dans la Préface d'un de ses derniers livres, Aloyse Valérien, « comment il souliaiterait (|u'()n classAI ses romans ». Il les divise en œuvres de diMnit, en étud(\s psyelioloj^iques, études passionnelles et éludes sociales. On pourrait diseul«'r celte classidealion. I''n (pioi, par exemple, les Trois Ctrnrs sonl-ils moins une (Mudc passionnelle (pie l'Inutile KJJnrt, ou cpie le Mênnijr du pasteur Naudiél VA en quoi Au Milieu du chemin esl-il plus une élud<î sociale que la Vie {trivée de Michel Telssierl Acceplons donc en trrr»s, mais sous béiu'lice» dinvenlaii'e, celle division; e| puisipie, aussi bi(Mi. nous avons déjà (•xamim* les livres de début el les plus inq)orlanle8 des éludes «lites psychologique^i. relenons, pour en jtarler à loisii", les romans passionnels el b^s romans s»>ciaux. Ajoulons-y. pour élre complel, les ouvrat^es de critique; el ne craiî^Mioiis pas de melire à part, pour les étudier séparément, les si\ ou sept romans suisses.
l'.douard Hod critique mériterait une assez lonijno «'•Inde. Si à cel é^rard son (cuvre n'a pas l'inqtorlance «le erlle d'un Hour^'et ou d'un l'ranct». par exenqde, elb» est bien loin d'élre néj^'lii^eable. Pour valoir tout son prix, il lui inaiiqne deux qualités, sin<»n essentielles, loul au moins plus pi-écieuses (pi'on n«» semble le croire h noire épotpie : la décision de la p«Misée, el la ufrAci». la force on l'éelal du slyle. l'n faraud criliqm» est celui dont l'élrc loul entier vibre et réatril puissaunuent au coninct «l'une œuvre lilb'raire, el qui, aussi capabl(> d'admirations raisonnées que de »< baines vigoureuses »», donne avec nellelé, avec
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bravoure, les raisons générales de son goût personnel, et, au risque de se tromper, ne redoute pas le péril des opinions tranchées et des jugements catégoriques. Et, daulre part, il est un artiste à sa manière : pour traduire ses impressions, pour les faire passer dans d'autres âmes, il faut qu'il ait un style; il faut qu'il sache trouver des alliances de mots, des comparaisons, des formules assez parlantes et assez vivantes pour figurer aux yeux de l'esprit l'exacte nuance de beauté qu'il se propose d'évoquer. En un mot, il ne saurait nuire au critique d'être tout à la fois un ferme penseur et un original écrivain.
Avouons-le : les études critiques d'Edouard Rod ne répondent pas toujours entièrement à cette double exigence. Trop porté à voir tous les aspects des choses et des questions, ses jugements manquent souvent de la force, de l'autorité impérieuse qui entraînent les adhésions ou provoquent les contradictions; et son style un peu gris, abstrait, parfois un peu lâché, ne met pas suffisamment en relief l'originalité des idées ou des impressions qu'il veut traduire. Évidemment, le très actif et fécond auteur de tant d'articles dont la plupart n'ont pas été recueillis en volume, travaillait très vite, et, si je puis dire, plus en largeur qu'en profondeur; la multiplicité des sujets et des aperçus l'attirait. Peut-être aussi n'afctachait-il pas à son œuvre critique toute l'importance qu'elle eût méritée; il lui en eût, certes, coûté de renoncer à cette partie de son labeur, mais, en revanche, il n'y voulait pas consacrer trop de temps, et il réservait le plus clair de ses loisirs et tout son effort d'art à ses romans. Je ne voudrais pas me donner l'air et le ridicule d'être trop orfèvre, et de le lui reprocher trop durement; mais j'ai peur qu'en littérature comme ailleurs, la parole évangéliqne qui nous interdit de servir deux maîtres n'ait aussi sa raison d'être.
Et pourtant, Edouard Uod, — en dehors même de ses Idées morales da temps présent, — a sa place marquée dans l'histoire de la critique contemporaine. S'il n'a pas créé un genre, ni inventé une méthode, — chose rare, et diffi-
EDOUARD liOD. 1^3
cile, et qui exige peut-èlre la continuité exclusive et ininterrompue d'un unique et long elTort, — il a rt'nipli avec distinction un vCAc siuLriiIièroment utile. D'al)ord, et en pleine conformité d'ailleurs avec le génie et les tiadilions de sa race, il a été un critique cosmopolite : j'entends par là qu'il s'est donné pour tâche d'être rhez nous un intermédiaire des plus actifs entre les littératures ou les arts étrangers et la pensée française. A Genève, ce boulevard unique, ce carrefour de la pensée européenne, il avait, pendant sept années, enseigné l'histoire des littératures comparées, puis celle de la littérature française. Je ne crois pas qu'il ait jamais regretté ces fécondes années de recueillement intfîllectuel : il faut enseigner pour apprendre, et tous ceux qui ont passé par cette salutaire disci[)line savent bien qu'elle est, pour le moins, aussi i)onne pour l'esprit «jui la dispense que pour celui qui la reçoit. A étudier, pour en faire sentir les beautés, les principales œuvres lith'raires de l'iùirope moderne, Hod avait, je ne dis pas acquis, — car il me semble iju'il les a toujours eus, — mais afliné et développé celle intelligence des esthétiques les plus diverses et des arts les plus 0{)posés, ce sentiment de la relativité artislicpie <|ui Iniil un peu défaut au crili(|ue d'une seule langur et d'une seule littérature, vl cpi'il a possé<lés à un très haut degré. Il connaissait assez, bien lAngleterre, il connaissait mieux encore l'Allemagne et l'Italie'; il a écrit des pages curieuses sur reslliéli(pie de Wagner et sur le pessimisme de Leopartli; il a été 1 un des pr«'miers à parler chez nous
1. l)»*s li'iMxjiH' d«' l*tilmyrc \'tuliirU, Hod annoïKAit • en pr<^paration • «Icii-x volunu's «|ui n'ont jamais pnru. sous ci'S deux lilros : Motfs sur l'AlU'iiKKjni- vl IfS /•.V/ùvii/i.-» «/«• l'IltUic contrmftorainf. Kou'ai- /aro disait de lui : • Il ut; parlait pas l'italien, mais il lo cumproiiait a merveille, et il avait une large connaissance de notre littérature. O qu'il a écùl sur nos amifus mallrrs et sur nos auteur} modornos est in's renian|Uiil>l(' d'iuluaiou rt di» pré» ision.... Je m«» rappt>llo avoir lu d»* lui, il y a loii^lrmps. dos ap«'r«.us rapnl»'s sur notre pnxlut'tion littéraire couli'iiipor.iiue t|ui. vriiaiit d'un étranger, m'onl etonn(>. » (Lettre du 31 janvier iUlO, citée dans le Journ>tl U*t GriUv^ du 7 fi'vrior >
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des préraphaélites anglais et des « véristes » italiens, le premier peut-être à nous révéler Fogazzaro. Nous lui devons une rapide monographie sur Dante, un très suggestif, encore que peut-être un peu partial et excessif, Essai sur Gœthe i. Et ses études sur Cavour ou sur Bœcklin, sur Schopenhauer ou sur Sudermann ne l'ont pas empêché d'écrire des livres sur Lamartine, sur . Stendhal et sur Rousseau, et de fort intéressants articles sur Victor Hugo et sur Taine, sur Alphonse Daudet et sur Anatole France. En un mot, après avoir enseigné par la parole l'étude des littératures comparées 2, il a continué à les enseigner par la plume; et peu d'écrivains français ont autant fait que lui, depuis vingt ou vingt-cinq ans pour nous maintenir en perpétuel contact avec les œuvres et les personnalités littéraires originales de l'étranger. C'est là un service dont la patrie d'Emile Montégut et d'Eugène-Melchior de Vogiié doit lui rester reconnaissante.
Un second trait de la critique d'Edouard Rod, c'est d'être, })lus encore que littéraire, psychologique et morale. Assurément les questions d'esthétique, la valeur propre des œuvres ne lui sont pas indifférentes, et, à l'occasion, il les discute avec toute l'attention désirable. Mais, visiblement, ce n'est pas là ce qui l'attire le plus. Ce qu'il cherche dans les livres, c'est la vie; ce qu'il leur demande, c'est de le renseigner sur la conception qu'il fout se faire de l'existence, sur la personnalité morale dont ils sont l'expression, plus ou moins déformée et, parfois, trompeuse. Oserai-je le louer très vivement de cette manière d'entendre la critique? Certes, les problèmes de pure forme, les questions de langue, de composition et de style ont leur importance. Mais toute la littérature,
1. Voyez sur ce livre et sur la fa^on dont il a été compris et accueilli, F. Baldenspcrger, Gœlhe en France, Hachette, 1904, p. 325- 330, et Bibliographie critique de Gœlhe en France, Hachette, 1907, p. 223-525.
2. Il est l'auteur d'une intéressante brochure De la Littérature comparée, Genève, Georg, 1893.
EDOUARD non. ilto
pour parler comme Pascal, ne vaudrait pas une heure de peine, si on la réduisait là. Si elle n'est pas avant tout une interprétation de la vie, qui seule la rectifie, la contrôle et la juge, si les idées ou les sentiments rpTclle exprime ne plongent pas leurs racines prolondcs dans notre vie intérieure, elle n'est alors (|ue la plus puérile des amusettes, et il faut donner raison à la l>outad«» du vieux Malherbe, déclarant qu'un poète est moins utile à l'État qu'un joueur de quilles. Mais il n'en est heureusement pas ainsi. La littératuie est chose vivante parce que, quel!».' ({n'en soit la foi'nH', elle est action rèvé'e, pe'nsée, suggérée, et (|u'elle est donc génératrice d'action à son tour. Il y a plus de vie véritable dans une page d'un écrivain digne de ce nom que dans «les annérs entières de tant d'autonuites humains qui s«» bornent à faire le geste de vivi-e. rdlc ('lail I intime conviction d'Iùlouard Hod. Kt c'est pourquoi, plus encore que sur la valeur relativ»' de leurs réussites d'art, il interi'ogeait les écrivains qu'il étudiait sur leur attitude de pensée et d'àme, sur l'ensemble de leurs dis|)osilions foncières, sur les tendances morales qu'ils manifestaient. Kt comme il avait une intelligence très souple, alerte et pénétrante, il mujs a laissé une ceuvre de criti(pie moraliste fort aitondant»' et varii'c, pleiiu' de vues et d'aperç^us de toute sorte, extrêmement suggestive par conséjpirnt, et qui. i\ elle toute seule, suffirait à retenir lallention des iii^torieus daujoiird hni.
I.l assinéuuMit, tout dans cefl«* <iMivr<» n'est pas d'égale v;ileui'. Itod a écrit lr<us ou (iuali<' volmiies de vulgarisa- Ijnii suc lesquels, évidemmeid, il ne <-ninpKul pas pour y Inndei- sa gloir(\ Je n'aime pas beaucoup son Slcndhal^ au<piel je reproehe sui'Iout de ne pas répondre i\ la seule, ou du moins à ressenlielle question que me parad soulever l'itude de Ilevle, à savoir les raisons »le l'exlraordinaii<' el démesurée réputation d«* ce pauvn* écrivain. Je suis assez main ais juge de la valeur de son Ikinte. Mais je signale à ceux qui ignoreraient ce volume, en léle de ses
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Morceaux choisis des liUératares étrangères, utie fort importante et curieuse Étude sur le développement des littératures modernes. Et enfin, si son Lamartine est sans doute un peu rapide, il contient d'excellentes pages; et je ne crois pas que Ton ait jamais mieux senti, ni mieux mis en lumière que Rod l'étroite et intime parenté qui existe entre le paysage maçonnais et le génie lamartinien :
Un paysage presque insignifiant, semhle-t-il d'abord, dépourvu de couleur pittoresque, mais dont l'intimité vous gagne peu à peu sans qu'on sache comment. On regarde, on cherche un détail frappant, un trait caraclérisque, on n'en trouve aucun. L'horizon est étroit, coupé par les lignes ondulées de petites collines arrondies, arides. Peu d'arbres; à peine, çà et là, une brève lignée de peupliers. Pas d'eau, rien de ce qui peut animer la nature. Elle est là, toute seule, toute nue, sans beauté, dans sa douceur résignée et passive, comme si elle attendait patiemment l'effort humain pour prendre vie. Les villages eux-mêmes semblent s'absorber en elle; leurs maisons de teinte grise se perdent dans l'ensemble, indistinctes, obscures, acceptant comme le reste cette teinte monotone d'un gris rose qu'interrompent seulement les lignes jaunâtres des étroits sentiers pierreux gravissant les pentes. .. Je n'ai jamais mieux compris le charme pénétrant de la phrase lamartinienne qu'en regardant fuir et se combiner les longues lignes de ces collines, toutes pareilles, d'une monotonie envahissante que rien n'arrête, et qui vous prend à la fin à la façon d'une musique de berceuse ^
Voilà certes une fort b(îlle page de poésie critique, et qu'on ne s'attendrait pas à trouver dans un ouvrage de cette nature. Elle suffirait à nous prouver que Rod était très capable de fort bien écrire, en dehors même de ses romans, et que, s'il ne l'a pas fait plus souvent, c'est sans doute. qu'il ne l'a pas voulu, qu'il n'a pas voulu s'en donner le temps. Du moins si, dans son Essai sur Gœthe, dans son Affaire Jean-Jacques Rousseau, dans les innombrables articles qu'il a écrits, les pages de cette qualité