‹ Les maitres de l'heureChapitre 58 sur 122 · Lamartine, p · texte numérisé non relu

Lamartine, p

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sont, au total, assez rares, les idées générales abondcnf, les aperçus féconds, les rapprochements ingénieux, les vues originales, j)aradoxa]es quelquefois, souvent justes, subtiles, pénétrantes. Veut-on savoir à quel signe on reconnaît un vrai ci'ili((ue? A celui-ci surtout, ce me semble, que, quel que soit le sujet qu'il traite, on ne le lit jamais en vain. Ils sunt assez rares, les critiques, uuMiie « professionnels », (|ni répondent à ce signalement ; (piaiid on a un peu pratiqué Edouard Hod essayiste, je ne crois pas qu'on puisse lui refuser ce mérite.

On peut être nu très grand artiste et être fort peu cultivé, et même peu intelligent. Quand le développement île la facrult*' artistique ne se fait j)as au détriment de la culture et de rintelligence critique, il peut être fort intéressant de suivre dans l'œuvre abstraitt^ les origines intellectuelles de l'œuvre d'imagination. Kl c'est pourquoi les « pages de critique et de doctrine » écrites par les romanciers, les dramaturges ou les poètes sont, — iudép»Midamment de leur valeur inipersoinR'lle et objective, — si curieuses à étudiei- poiii- ipii veut compnmdre et pém'lrer à fond les inventions de leur faidaisie créatrice. Cet iiil('Mét-là, l'u'uvre crilicpu» d'tdouard Hod nous l'offre à un t lès haut degré, et il y aurait, dans une élude plus développée, à y insislei" Ion|j:iieuieut. Ouil nous suflise «le rindi<pier <riui m<»| haus une uMivre eoium»' la sieinie. il n'y a p;is de comiiarlimenls rigides ou de cloisons «'•lanehes. De ses romans ù sa critique \\ n'y a pas rupture, mais prolongement couliiui, transition insensible, et retentissem<Mit profond. Qui sait mémo si ses ronmns ne sont pas surtoni des romans de critii|ue? Ce qui est si'kr, c'est que la critique l'a maintenu en perpétuel contact avec le mouveuuMd de la peus«M' de sou lemjjs, «|u'ello n renouvelé (Minslamment son fonds didees g«*nérales. kA siui (euvrt' romanes<iue lui a di1. potir une large part, celle variété un pe»i d»'C<>nc(»rtanle, cet air d'inquiélude inlellecluelU» tpii lui couïposenl une physionomie bien distincte dans la littérature conteuq>oraiue.

i/48 LES MAITRES DE V HEURE,

A la fin d'un très pénétrant article sur Fogazzaro, Rod s'attarde, avec une visible complaisance, à l'analyse et à la discussion d'une bien curieuse conférence du grand romancier italien sur Une opinion d'Alessandro Manzoni. L'auteur des Fiancés avait déclaré u qu'on ne doit pas parler damour de manière à incliner l'âme des lecteurs vers cette passion »; il estimait certes que « l'amour est nécessaire dans ce monde, mais qu'il y en aura toujours assez », et qu'à « vouloir le cultiver » et donc à « le provoquer là où il n'y en a pas besoin », au détriment de tant d'autres sentiments plus rares et plus utiles à répandre dans les âmes, on fait « œuvre imprudente », et dangereuse, et peut-être même moralement condamnable. Cette opinion avait paru un peu bien rude à Fogazzaro qui, pour échapper à ce rigorisme, avait distingué assez subtilement entre les diverses sortes d'amour, et conclu que seule une conception un peu basse du sentiment amoureux peut justifier pareil anathème. Et Rod, que la question intéressait au premier chef, l'envisageant avec sa ferme raison de moraliste vaudois, « réfutait douloureusement les arguments de l'orateur » :

Notre bon sens lui répondait, — écrivait-il, — qu'il n'y a qu'un seul amour, toujours le même, quelque grande part qu'il fasse à l'idéal, quelque divin qu'il soit ou qu'il se croie; que, dans un nombre infini de cas, cet amour est contrarié par les lois, par les usages, par les convenances, par la morale; qu'alors il devient une force destructive si terrible qu'elle est presque irrésistible et sème autour d'elle les ruines, les hontes, les désolations; qu'en conséquence ceux qui prisent au-dessus de tout le bon ordre de la société et le bel équilibre de l'àme doivent se méfier d'elle et soigneusement éviter d'augmenter sa tragicpie puissance....

Et le poète, le romancier, l'amoureux de Wagner, le compatriote de Jean-Jacques, l'âme tendre et passionnée

EDOUARD nOD. iUd

qu'ont tant inquiétée, troublée et ravie les problèmes du co'ur, reprenait à son tour :

On prjurrait accepter l'amour pour ce qu'il est, avec ses grandeurs et ses faiblesses, ses misères et ses beautés, sans parli pris de pessimisme cynique ni phraséologie idéaliste. Pciit-ôtre bion qu'on trouverait alors que, mal^^ré les ravages ■ qu'il promène à travers notre pauvre monde, malgré le sang et les larmes qu'il fait couler, // est encore ce quU y a de plus noble et de meilleur dans noire âme, comme il est le sourire de noire vie. Et Ion ne voudrait plus le proscrire, quehjuc périlleux qu'il soit; et l'on donnerait tort à Manzoni, quand même il a pour lui l'inflexible logi(|ue; et l'on relirait les romans de M. Foga/./.aro, en y prenant un vif plaisir... parce iprils « incliiu'ul l'Ame vers l'amour' ».

Ce k'xlr «'Ml;iii«' toute une partie, la plus cou^Kirrahle peut-être, de l'cjeuvre roinanesfpie d'Edouard llud, les di.\ ou douze romans qu'il a ^'roupés sous le titre d' « Études passionnelles ".Toute sa vie il a été comme ballotté entre ces deux conceptions de l'amour, les mêlant |)arfois ensend>le, passant de l'une î^ l'autre, les corrii^eant ou los atléuuaut l'uiu' par l'aulre, «le telb» sorte qu'on ne saurait dire si le moraliste en lui a plus redouté l'amour, ou si le poète l'a plus aimé.

A lire ses premiers romans, on aurait pu malaisément prévoir (pi(^ l'auteur des ld«^es momies du temps présent allait (bncnir, à brèvi' échéance, h» romancier «« passionnel », pres<]ue par excellence, de notre temps. Même, quand, au Sens de In vie, on vil surcéder tes Trois cieurs, il y eut parmi \v public un imuivemeid «le surprise dont Analnb» l-'ranre se lit, dans un article <lu Tentps', l'écho discret. Mais quand on vit aux Tnns cœurs ( i SOI) i succéder ta Snerijièe {\s\)-2\ et /<i l ie privée de Mielict Teissier (1893), on 80 reutlit conqde qu'il y avait là une vocation décitlée, un désir bien arrêté d'étudier sons tons si^s aspects le problème île l'amour, tel qu'il

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