La Jeunesse sous le second Empire, etc., p
fables < ! » Lui, le jeune maître, il n'écrivait pas de fables, mais il faisait des vers; et s'il ne songeait pas encore à quitter IT'niversilé, comment n eût-il pas rêvé déjà, ainsi que le Petit Chose, d' « écrire dans les journaux »? (Jnand on a cette envic-là, et qu'on a du talent, il est rare (|u'on tarde beaucoup à la satisfaire. Le 5 juillet 1879, la Revue Bleue, sous cette nouvelle signature, publiait un court, mais joli article sur Bersot, et peu après, une étude assez étentlue sur le Mouvement poétique contemporain en France et deux grands articles sur Gustave Flaubert. La vocation s'était déclarée : le grand écrivain était u embanjut- .
Je voudrais bien le ressaisir, tel (ju'il tlait alors, à la veille de son premier recueil de vers et tle ses premiers articles, dans la tine complexité de son talent naissant et de sa nature morale. Il avait vingt-six ans. Il avait traversé déjà ou (Miticvii Itieii des iiiilieiix, s'était prêté à tous, no s'était donné à aucun, il avait été normalien, —car. on n'est point |)arfait », — et il s'était senti si libie dans la vieille maison de la rue dl'Im, ipi'il osa écrire un jour de « l'esprit normalien » cpi' « il n'y en a pas* »>; il s'y était alliné, développé, non d«'>l'ormé. « Leur demi-réclusion^ a-t-il écrit, songeant évidemment à lui-même, leur demiré«lusion lait aux normaliens un M«il plus aiguisé, mi esprit plus |>rompt à observer et plus pressé de faire sou butin (rexperiences. » Ses expériences à lui, — quoique
1. llii^'tips Le Roux, Portraits de cire, 1891. Tf. aussi Bévue hebdo» nuidtiirt', art. rit.
2. Juh's I.omnUn', ri:sprit normalien {Livre du centenaire de Clicole nt>rniale, llaclu'llr, ISJ)5. p. r)(M-r)7l) : • t'ne nlTcrlnlimi irniniiH.nut «viiisiiu' (Inns les prc»H(>s vi dans la Iimum» • ri • In pr(iin|ilitn<i(\ In racilitc ilu ni(>|)ris >, voilà lï quoi il ranuMiail cr soi-i1isan( r.«prit normalien. — Dans ipn'lipios pngrs inlfre.ssunlrs du int'^nuî \t>luinc sur la i*roniolion de iS7'2 (p. 530), M. Gcorpo Duruy nous donne les (N'iails (|u»' voici : >« I.iMuallro passait pour »Mn* un tnnUnot clenral. Miu> sa f^aniincrit' (rrnfanl de rlui'ur ironi(|ur. di:;ne de Ht»rvir l.i nirsse d<> KiMinn, cclatail déjà on sonnrls bil)lii|U('s d'tino r lo IxMilTonni'rir. » - Voyiv aussi Contemitorains [2* siM'ie, p. Ht'i . la pagtvoù .M. Jules l.enialire raille ngrealilemenl.'.-J. Weiss pouravotr trail»' l'Kcole n<»rtnalp de • prison •
i6 LES MAITRES DE VHEURE.
ses vers nous en fassent pressentir quelques autres, — me paraissent avoir été surtout d'ordre intellectuel. Il a beaucoup lu, sans grande méthode peut-être, au gré de sa fantaisie, en dilettante, ce semble, beaucoup plus qu'en professionnel. Il connaît les anciens assurément, et son fonds de culture classique est aussi solide que varié, mais ce sont surtout les modernes, et les modernes français, qui l'ont attirée Et il a, comme tout le monde, subi assez fortement quelques influences. Il a dû passer, comme presque tous les jeunes gens, par une période de fougueux romantisme. « J'ai adoré Corneille, nous avoue-t-il, et j'ai, peu s'en faut, méprisé Racine... Les transports où me jetaient les vers de Musset, voilà que je ne les retrouve plus. J'ai vécu les oreilles et les yeux pleins de la sonnerie et de la féerie de Victor Hugo 2.... » Ces « transports », ces « adorations » sont maintenant passés. Le goût inné des « coteaux modérés » l'a emporté sur celui des « monstres divins », le culte d'un art plus subtil, plus raffiné, plus conscient sur l'admiration pour la « spontanéité grossière » des génies abondants et tumultueux : Sully Prudhomme a remplacé Victor Hugo. Taine, « ce frère abstrait de Hugo », comme Ta si bien appelé Eugène-Melchior de Vogué, a été plus admiré que profondément goûté et adopté. « J'admire beaucoup Taine, écrivait un jour M. Jules Lemaître, mais je ne démêle pas bien quelle influence il a pu exercer sur moi. Évidemment, j'ai senti, bien davantage, celle de Sainte-Beuve, de Renan, et peutêtre d'Anatole France ^. » Retenons ce précieux aveu. La
1. « Je ne sentais pas la vie et l'originalité extraordinaire de la seconde moitié du xvu* siècle.... Mais j'aimais les écrivains contemporains plus que tout et j'ai gardé longtemps celte candide prédilection : jusqu'à mon premier article sur Brunetière. » {Revue hebdomadaire, art. cit., p. 39.)
2. Contemporains, 2" série {Anatole France), p. 84, 86. Ailleurs (Contemporains, 4* série, p. 104), il nous avoue que, « pendant dix ans, il a lu Hugo tous les jours ». Il a « beaucoup moins lu Lamartine et Musset, les aimant depuis moins longtemps ».