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Lettre à la Revue Blanche, 15 août

M. JVLES LEMAITRE. t7

sensibilité morbide de 'Joseph Delorme, sa curiosité, sa subtilité pénétrante, sa souple intelligence critique, et tout ce qui, dans l'art et la pensée de Renan, a enchanté deux ou trois générations de lecteurs : voilà, en vertu d'une secrète harmonie préétablie, les deux principales influences qu'a subies l'auteur des Contemporains, voilà b^s deux vrais maîtres de son esprit. Et c'est peut-être en lisant le poète de la Vie de Jésus, « le plus cher de ses maîtres intellectuels ^ », que le poète des Médaillons a senti s'évaporer, non sans regrets peut-être, non sans de furtifs retours nostalgiques, celte foi chrétienne qui fut celle de son cher Veuillot, et dont il n'a jamais pour sa part méconnu le charme profond et la haute vertu moralisatrice.

Un poète inédit, dont nul ne sait les rimes, SoiilTrp on mon cd'ur étroit, niôditr soos mon front. J'ai (les son^M's, parfois, (\u\ me seml)ltMJt siihliini's, El des ctin^ins obscurs qui me semblent sans fond....

Ma lan/;-ut' balbiitio, in«''pale à mes rôvps. El jamais leur Itraute n'aura lleuri qu'en moi. Mon objet est trop haut pour mes forces trop brèves. Et le soufllo me mamiue, et peut-être la foi....

Donc, je veux oublier cet intime poète Si vaffuo et si caché que seul, hélas! j'y crois; Et, ce labeur usant ma soulTrancc in(|uit'b', .îe lime dt's soinu'ts incôuieux cl frnuls -.

1. Conlfinporains, 5' 8«'rie, p. Oi). Ailleurs (!mpri\<sions de thr'iUrc, 7' série, Ernest Henan, p. 30, 39) : • C'est le bienTaileur de nos esprits. Il en est liraufonp parmi nous (]u'il a sauvés di* limpiélé. .. Nul espnl n'a plus puissammrtit agi sur moi. et il n'en est pas un mmjI que j'ai»' autant aimé. • Kl endn (licviif lu'hdonuulairr, art. cit., p, 4H, r)4) : - J'étais sans doute prêdfsliné li l'aimer et h subir pnifondément son inlluennv... Je no le lus sérieusement qu'i\ l'Krob» norn»ab\ II in'a|)pi»rli de grands plaisirs et nu» rutd'un ir,» Il m'apprit li< premier la piété sans la foi. vi m'aida „i^ scrnussf et sans donlîur une crise nwraU beaucoup moins dramatique et infiniment moins importante par ses consi'quences que celle qu'il a\^U

connue jadis, mais enfin une crise du mt'nie ordre *'ai été possédé pxir

lui, je V avoue ihf Henan me trntihie encore •

2. Au lecteur (les MiUlaUlons, éd. Lemerre, in-t6. 1880. p. (-2i.

« Ingénieux •>•>, oui, certes; mais « froids », oh! que non pas! « Froids » a été mis ici pour la rime; et M. Jules Lemaître a eu ce jour-là la rime trop modeste, et même impropre. S'il y a quelque jeu dans ses vers, il n'y a pas que cela. En plus d'un endroit, il me semble bien y percevoir l'écho assez direct d'une émotion sincère ou d'une réelle souffrance : je souhaiterais, par exemple, pour le poète, que tout fût pure imagination dans la suite de pièces qui sont intitulées Une méprise^. Et assurément, quand il chante « le Ru 2 » ou a le petit vin de chez nous=^ », quand il nous décrit avec orgueil

La Loire lente, honneur du vieux pays gaulois;

quand, « perdu dans la splendeur hostile » de l'Orient africain, il aspire de toutes les forces de son àme à la « douce terre natale »,

A son sourire humain et de larmes voilé*,

la chaleur même de son accent nous avertit que l'auteur s'est oublié pour laisser parler l'homme.

M. Jules Lemaître serait, j'en suis sûr, le premier à se moquer de moi, si je m'avisais de le célébrer ici comme un grand poète; — et il faut redouter les railleries de M. Lemaître. Un grand poète ne se serait point contenté de publier deux minces recueils de vers entre vingt cinq et trente ans. J'avouerai même, si l'on y tient, qu'une histoire sommaire de la poésie française au xix^ siècle peut, à la rigueur, négliger son œuvre sans commettre un trop flagrant déni de justice. L'originalité poétique de l'auteur des Médaillons et des Pelites Orlenlales est réelle; elle n'est pourtant pas assez éclatante pour s'imposer de haute lutte

L Poésies de Jules Lemaître (éd. actuelle, p. 215 216).

2. Le Ru {les Médaillons, éd. originale, p. 9I-'J7); Poésies, éd. actuelle, p. 7.3-79.

3. Mon Pays {les Médaillons, éd. originale, p. 87-88); Poésies, éd. actuelle, p. 09-70.

4. Nostalgie {Petites Orientales), éd. actuelle des Poésies, p. 171-173.

M. JULES I.KMAlThE. /f?

à la critique; elle est peut-être, aussi, mêlée à trop d iniitalioiis ou de réuiiniscences, — le poète lavoue lui-inOnie quelque part*, — pour le placer franchement au premier rang, fût-ce des poeix minores. Il suffit, pour s'en convaincre, au sortir de la lecture de ces deux petits volumes, de relire Sainte-Beuve ou Baudelaire, Heredia ou Coppêo, Verlaine ou Angellicr : on sentira toute la dislance, ou la dilïêrence. Et puis, qui sait? Si, comme je le crois, la vraie poésie est un je ne sais (pioi, plus facile à senlii- «pià définir, et qui, sans être à proi)renient parler de la musique, tend vers la musique comme à sa limite exti'éme, peut-être y a-t-il trop peu de ce je ne sais quoi dans les vers de M. Jules Lemaltre pour qu'on puisse, avec sûreté, le classer dans la phalange sacrée.

Et cependant, coinnie il serait fjlcheux, pour lui et pour nous, que M. Lemaîlre n'eût point écrit de vers! D'abord, qu'il y ait en lui une Ame de vrai poète, c'est ce que je ne m'attarderai pas à démonlrfM- longuement. En second lieu, que ce « poète iru'dit » ait souvent trouvé des « rimes » assez adéquates à son rêve, c'est ce qu'on a dû plus d'une fois noter au passage. Il y a de jolis vers dans ces dt'nx recueils, et plus d'une pièce que guett«M*ont les antholot^ios de ravrnii-. VA puis, ce criti(pi<* qui <« adore les vers » a dû éprouver tant dr plaisir iï en faire pour son propre compte! « Sachc/.-le, s'écriait-il un jour, rien au mf»nde n'est [>lus amusant (jue d'encliaîntM- «les riuu's, cl .'cnx «pii se livrenl à cet exercice oui d/'jà reçu leur r«''conq»ense. Bien n'égale; la joie pure et pleine (\ur «Iniiiu» la conscience (ui l'illusion d'avoir fait de heaux vers*. »> Ajoutr>ns qu'on ne sauiail rêver pour un futur écrivain on prose de meilleur, de plus fécond apprentissage : les prosateurs les plus

1. rourquoi par plus d'iMrori trailuin» plun d'impuiuanoo? Mon pot^mo rn't^i'rago, tk poiiio coinmcni'^.

Puis, mon r^vr eat san» doute une rrminieeenee : D'autreê ont déjà dil tout ce que j'ai pen$é.

{Les Mi'tftiillona, éd. orifjinalc, p. '.': é<\. ariiiollo, p. 4)

2. (JuclijiK's /)i).V. N- Tiri'iw ni.-nr .hi 2U soptoiii It.» I vs< ^^^^ rfouciUj cil \oluiucJ.

originaux sont peut-être ceux qui ont commencé par être poètes. Que si cet écrivain en prose est un critique, bien loin que sa vocation première lui soit inutile, elle lui assure au contraire une supériorité marquée sur ses congénères. Ceux-là seuls, j'en suis convaincu, peuvent bien parler des poètes qui ont été poètes eux-mêmes, et c'est pour cela sans doute que les critiques des poètes sont si rares. L'exemple de Sainte-Beuve et celui de M. Jules Lemaître ne sont assurément point pour me démentir.

Et enfin, c'est vraiment une bonne fortune pour la critique que d'avoir affaire à un écrivain ayant dans son œuvre quelques volumes de vers. C'est là, n'en doutez pas, qu'il s'est, — consciemment ou inconsciemment, peu importe, — le plus intimement trahi, le plus complètement livré. Si « impressionniste » qu'on la conçoive, la critique est la critique, quelque chose de nécessairement un peu impersonnel. Si je lis de vous un article sur Corneille, c'est pour apprendre quelque chose sur Corneille, et non sur vous-même, et je suis en droit de vous en vouloir si vous abusez du nom de Bossuet pour me conter vos petites aventures individuelles. Au contraire, les vers ont été inventés, — la tradition le veut ainsi, et peut-être la nature des choses, — pour dire, ou tout au moins pour laisser entendre mille détails plus ou moins intimes qu'on n'oserait peut-être pas exprimer, ou tout ou moins publier en prose. A supposer d'ailleurs que le poète se vante ou yeuille nous dérouter quelquefois, et qu'à prendre au pied de la lettre ses transpositions de la réalité vécue, on risque surtout de faire preuve d'une rare na'ïveté, ce qui est sûr, c'est qu'il ne peut s'empêcher par la qualité de ses rêves, par l'accent et le rythme de ses confidences, même fictives, de nous révéler le tour de son imagination, la nature et l'espèce, et le fond même de sa sensibilité. Et c'est cela seul qui importe. Et c'est pourquoi la critique doit attacher une particulière importance aux vers de M. Bourget, à ceux de M. Anatole France, — et à ceux de M. Jules Lemaître.

M, JULES LKMAITIiE. 2/

il y a beaucoup (reypirf,'lorios dans ces vers, — surtout si l'on so re[)ortc aux éditions originales', — et il n'est point douteux que le poète ne se soit beaucoup amusé luimême en écrivant la « chanson » de Nini-Voyou, la Ballade des Questions, le Sucre, ou encore telle Étude de rhume, ou tel Rondeau fort sup^rrostif. Si, en réimprimant ses vers en 1896, il a supprimé cpieUiucs-unes de ces gamineries, il en a aussi ajouté quelques autres, et voici, par exemple, dans une pièce intilulé(« Double Ballade des poètes vivants en Van 187S, une sli'o|)Ii(' qui, en 1880, n'était pas encore née :

J'en oublie, tu'*lns! on le sent.

Manuel des Kssarts réclame....

Ils sont peut-«*'lrc un (ienii-t'ent Que Imus je dilif^e el rédainc.

La .Muse, ipu^ nul m* (lilTjiiiie, Allume en eux tel prurif::^ Que jadis Hélène à Perdra nie....

(jluire au Père, à Viilor llu^'o!

VA une noie nous averlil qiu' <> Manuel des l^ssarls » est une « crase pour Kugène Manuel et lùumanuel des l'issarls »

1. Jules l.cniallre, /es Mcdnillons {l*uvll:e, — Puclln, — liisus H'um,

— Lares, IS7(>- IS7U). Lemerre, ISSO; in-10, ISl) p. — Dans la partie inliliilt'o : PucU:i\ reililion originale ne eoniitrend pas les pièees inlilulècs dans les éclili(»ns acluelles, Littenita, llisittina, mais en renferme trois autres, aujourd'hui disparues : Publica, Urbana, litistica,

— Dans Put'lla, huit pièces (tnt disparu des éditions actuelles : bUude de finui'llf. Son c/t«i/»cn», Hnndcl, Hondrau, lialladc des iptestions, les (^hrriu.r, rohsrssion, Smjfxse. La pièce intitulée aujourd'hui Imutii'ludt' avait en ISSO pour litre l)dnr di J'cniina. — Dans ttisus rcruin, les éditions acluelles ont retranché les pièces qui s'intilulaieut. en ISSO : ISini-Vovou, chanson, Ir Sucre, hUtidede rluinw. — Les pièces (|ui composent la partie iiUilulée Lares sont, dans les éditions actuelles, les mènu's i|ue dans l'cilition ori^'^inale, mais avec ({ueliiues varianU's de lilr»'s et th' vers.

Le recueil intitule l*etites Itrientales, Une maîtrise. Au jour te jour a paru au mois de janvier ISS:i (Lenierre, in-lti). — Les Petites Orientitlea sont les mêmes dans toutes les éditions. — Dans» t'ne nu^prise, la pièce intitulée en ISS:i 1 /'/'.//(scn été retranchée, et est reniplac«*o aiijuuid'lnii par une autre intitulée .1 une reliijieuse. — Dans .lu j<nir le jt)Ui\ la pièiM' de l'tMlilion orij^inale inlitul«>e .Vm'*<i est aujourd'hui remplacée parcelle «pii a pour litre : A une petite Jitle qui faisait des proses.

OinAUti. ~ Les Martrci do l'Ifcuro. IL ^

Ronsard et du Bellay devaient s'amuser ainsi au collège de Coqueret! Mais, tout à côté de ces doctes plaisanteries, il y a des vers d'un tout autre ton. Lisez Phlhisica, Obsession, Sagesse, le Don Juan intime, Spleen, toute la série intitulée Une méprise :

Au fond de ta prunelle noire Si douce pour moi quand tu veux, Chère âme, j'ai lu ton histoire, Ton enfance grave et sans jeux.

Le couvent et la solitude D'un cœur qui n'ose se livrer, Et la sombre et chère habitude De rêver seule et de pleurer,

L'angoisse de sentir sa plainte Expirer dans l'isolement, La soif d'être aimée et la crainte D'aimer trop douloureusement.

0 ma chère désespérée, Ma belle aux rêves anxieux, Je t'ai tout de suite adorée Pour la tristesse de tes yeux^.

C'est là du Sully Prudhomme, direz-vous. Et, en effet, l'influence de l'auteur des Vaines tendresses est manifeste dans ces deux recueils, dont plusieurs parties et la pièce finale lui sont dédiées. Mais cette influence môme n'estelle pas bien significative? C'est surtout en poésie que s'applique le proverbe : Qui se ressemble s'assemble. Le poète des Médaillons et des Petites Orientales est un « gamin tendre ».

Et il s'est s^ bien mis tout entier dans ses vers, que, pour peu que nous y prêtions quelque attention, nous pouvons retrouver, à travers ces deux petits volumes, en germe sans doute, mais parfois plus qu'en germe, toute une partie de son œuvre ultérieure. La Ballade des poètes vivants en l'an 1878, c'est l'un des premiers articles de la Revue Bleue

\. Ses yeux {Une •néprise). Poésies de Jules Leinaîlre, éd. acLuclle, p 2!:)-JlG.

M. JULES LEMAimE. 2.9

sur le Mouvement poétique contenijjorain. Phihisica, — il nous l'a confié ', — c'est Mariage blanc; Severa, c'est C Aînée. Les sonnets sur les Moralistes français, et sur Quelques autres, sont une première épreuve des délicieuses « figurines- »; l'un d'eux, — sur Fénelon, — ect en raccourci le livre (juil consacrera plus lard à

L'Utopisle chrétien froUé de miel attique.

Il y a, dans ces sonnets intitulés Lares, pour caractériser tel ou tel écrivain, de bien jolis vers, de bien piipiantes et justes l'urinuh.'S, et qu'il reprendra en prose. — N'auvenargues :

Le plus JQune parmi les saints de la pensée.

Bossurt :

Défenseur cl captif allier du rite ancien', La Fontaine :

Libre songeur perdu dans un monde oratoire.

Et «pic dites-vous de cet exquis Racine?

J'eus ce rêve. Aux jardins lilcuàlres (ri<lalio, Ilérénicc, et sa sieur Monime en voile blanc, Hoxane aux yeux creux, IMirdre, une blessure nu flanc, TrainaicrU leurs pas muets et li'ur mélancolie.

Leurs robes «l'or éteint, leur corps frêle qui plie. Leur soulTrance sans cris, leur parb»r nobU» et lent, Leurs prestes las, avaient coiyme un charme dolerU D'élégance fanée et do prAre pAlie....

\. Impressions »/«• t/u'd/rc, (J* série, p. :{3S.

2. Les sujets sont parfois b»s mêmes : Im Itruy^rr, Mtuiame de Séviijm\ Joubcrt, Hncirit', IWutt'tir du riinilalion.

',). ('e viTs st« retrouve, à peu «le chose prés, dans l'article sur les Oraisons funi'hns (f'ontcmporains, I'* série, p. lUh: « ll«is>uel, .irnrdien et captif volontaire de l'un des plui puis-anls systèmes do dogmes relijrieux et sociaux... -. Kl ce n'est pas le seiil. nous le verrons, qui ail passé dans la pro>e du critique. — .M. Jules Lemallre doit nimer beaucoup ses vers, car il lui arrive souvent, sous divers prelexlei, d'en glisîcr dans ses ailicles.

Mais autour de leur col et sur leur sein de lait Maint collier de très purs diamants ruisselait D'une splendeur toujours jeune, toujours divine.

Et parmi les langueurs et parmi les pâleurs Scinlillaient, seuls vivants, ces feux ensorceleurs; Et ces joyaux étaient Ips larmes de Racine.

Les larmes de Racine; c'est, comme Ton sait, le titre d'une des poésies de Sainte-Beuve, avec lesquelles celles de M. Lemaître ont tant de subtils et secrets rapports. Je ne dirai pas des vers de l'auteur des Contemporains, comme il Ta dit de ceux de Maupassant, que ce sont des vers de prosateur; mais, à Tinstar de ceux de Joseph Delorme, ce sont des vers de critique : ils en ont la pénétrante ingéniosité, Us en ont la vive intelligence, ils en ont la vertu définissante; et c'est de tout cela qu'en est faite la très particulière, mais réelle poésie.

C'est ce dont le poète dut s'aviser assez vite. Peut-être d'ailleurs était-il au bout de son inspiration, et peut-être aussi, ses vers n'ayant pas eu tout le succès qu'au total ils méritaient, peut-être se laissa-t-il un peu rapidement décourager. Hélas I quel est le poète qui, depuis Lamartine, s'est imposé au public dès son premier recueil? Et même, quel est l'auteur à qui son premier livre a conquis la notoriété? Quoi qu'il en soit, à partir des Petites Orientales, M. Jules Lemaître n'a plus publié, — je ne dis pas qu'il n'a plus écrit, — de vers, —j'entends de vers lyriques, car je n'oublie pas la Bonne Hélène. 11 a laissé la critique, où il s'était du reste essayé, déjà, et vers laquelle sa profession même l'inclinait tout naturellement, absorber la plus large part de ^on activité. Et certes, il n'a pas tué le poète en lui, — sa critique même nous en sera la preuve, — mais il hésitera désormais à le produire directement au grand jour, ou plutôt il ne lui permettra i)lus d'affronter la foule que costumé on conteur *, en romancier ou en dramaturge.

1. Le premier conte de M. Jules Lemaître, les Deux fleurs {recueilli dans Sérénus), a paru dans la Revue Bleue du 25 novembre I8S2. — Nous retrouverons plus tard, ne pouvant suivre aussi exactement

Mais avant de se consarrcr r(^p^iilièrement à la vraie rrilifjuc, — jCiitcinU |»;ii- l;i rrllc des livi-('S ilii jour, — un peu par goût sans doute, mais surtout par entraînement professionnel, il se livrera à quchjues études d'iiistoire litlt'-raire. Nous avons de M. LiMuaîlre deux volumes, lun sur la Comédie après Molière et le Théâtre de Dancourt *, l'autre sur Corneille et la P(>éli(iiie dWrislote-. Ce sont ses «< thèses de doctorat », et la seconde même, avant d'Olre traduite en un français un peu lnuilevardier, avait d'ahord paru en un latin assez grave II ne faul pas attacher à ces exercices scolaires plus (!'iinp(»rlaiir(« ipiil ne comicnt; mais ils ont ItMii- iidcrèl, cl, sous Icui- forme m'-cessairenicnl nu peu arlilicielh' et conventionnelle, on y peut surpremlre les futures tendaïu'cs de l'auleur <les Contemporains.

Passons rapidement sur la thèse latine, solide, agréable et ingénieuse disseilalinn relative aux llM-ories dramaticjues de Corneille. Si vous la lisez dans l'original, n'y cherchez i)as rtMplivalent latin de familiariti's telles (jue celles-ci : u Buvons les trois hiscours jusiju'à la lie.... Suivons avec résignation le grand poète dans toutes les inutiles difficult«''S où il s'engage et s'emherlilicole.... Ou hien, pai' hasai'd, fait il la hèle, si j'ose m'exprimer ainsi'^? »

(pic nous lu vdiiilrions roidrr <-liroiiolo^i(|ii(\ le tM>tU«*ur el h» roman- «icr.

1. La Cnm^dii' aprt^s Molicre tl le llu'Otre de Dnncoitrt, IIjî'ïjo prcseiiti'P il la KnciilU' des Lellrcs de Paris par Jules I.emaUre. nncien élève (le rilcMJe normale supérieure, niallre de ronfert'Ufes de iilteralure fraM(;aise à In b'niiiUé des heUres de Hesnncon, I vol. in-8, 2.^0 p. HarhelU», 1882. — L« livre n aussi paru en une édition in-10.

2. (Juomodo Co/'/ie//u.s tw:^trr Aristitlclif l*o*'ticam sU inUrpretatus //jcsim i>r()i>ont'hnt l'\trullali litti-rorum Parisinisi Jules heniniln», in Srhnlti i\ormiiti '/«oni/n/a ttUnimus, I vol, in-S, 7U p.; Aurelianis, H. Ilerluisoii, Itihliopola, I8S2. - - Ol opuscule a élé réédité en 1888, sous ce litre ; (^onifUli' et la Po^timw d'Àristotf (l.ecéne ol Oudin. in-tftK • Oei, nous disait Tauteur dans sn eourle Préface, ceci est la traductioi), \\\\ |>eu de\eluppee jinr endroits, d'une thèse latino dont I édition se trouve épuisée. Si je réédite ce» notes, e'««>l surtout parce (|ueje crois iprell(*s piMiventétre utiles aux étudiants ipii pn>. parent leurs examens de licence es lettres et d'ojrréK'**'»*" ' h*' J»des l.emaitre proTesseur n sulisiste plus loni^lemps (|u'un ne pen»e.

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