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La II",- l,ti.r.,irr, l. i, p. 2S

i88 LES MAITRES DE L'HEURE.

mais Euripide m'ouvrirent le monde enchanté des héroïnes et m'initièrent à la poésie du malheur.... Alceste et Antigonc me

. donnèrent les plus nobles rêves qu'un enfant ait jamais eus. La tôle enfoncée dans mon dictionnaire, sur mon pupitre barbouillé d'encre, je voyais des figures divines, des bras divoire tombant sur des tuniques blanches, et j'entendais des voix plus belles que la plus belle musique, qui se lamentaient har-

, monieusement.

Et les soirs d'hiver, on le voyait lire des vers d'Antigone à la lanterne d'un marchand de marrons ^

Parmi tontes ces visions et dans cette ivresse d'antiquité classique, que devenait l'idéal intérieur de l'enfant qu'on avait nourri de pieuses lectures, et qui, un moment, s'était cru la vocation d'un saint? Il semble bien qu'il se fût un peu obnubilé. Certains aveux du Livre de mon ami et dos Désirs de Jean Seruien paraissent bien avoir une valeur autobiographique : « Chaque samedi on nous menait à confesse.... Cette pratique m'inspirait beaucoup de respect et d'ennui.... » « Jean quitta la napi)e de lin [au jour de sa première communion], surpris d'être le même et déjà déçu. Il ne devait plus jamais resseniir la ferveur première 2. >> Et puis, l'enfant avait d'autres maîtres que ceux du collège : «0 vieux juifs sordides de la rue du Cherche-Midi, naïfs bouquinistes des quais, mes maîtres, c'est en furetant dans vos boîtes, c'est en contemplant vos poudreux étalages, chargés des pauvres reliques de nos pères et de leurs belles pensées, que je me pénétrai insensiblement de la plus saine philosophie. Oui, mes amis, à pratiquer les bouquins rongés des vers,... j'ai pris, tout enfant, un profond sentiment de l'écoulement des choses et du néant de tout. J'ai deviné que les êtres n'étaient que des images changeantes dans l'universelle illusion, et j'ai été dès lors enclin à la tristesse, à la douceur et à la pitié ^. » Quand, et dans quelles

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