Ibid., t. I, p
3. Le Chasseur bibliographe, 1867, p. 19 (non recueilli en volume). — M. Anatole Fmnoe étnit le secrétaire de la rédaction de celte Hevue; il y faisait la licvuc da livres snus le nom d'A. Thibault, et la Revue Ihéôlvnlr. sons In nom d'Aiialiilo Franco.
4. Alfred de VijnY^ élude, Uaclielin-Ucnorcnne, 1SC8, p. 134.
poétique*. » En altendant les dissentiments futurs. (•«• -^<.iit là des témoignages qui ont leur éloquence.
Un dernier trait complète la physionomie morale de ce jeune houinie de vingt-trois à vingt-quatre ans, telle qu'elle nous apparaît avant même son premier livre. Réaction toute naturelle contre l'éducation de la famille et du collège? Influence des lectures ou des conqiagnons de jeunesse? Simple et franche manifestation du tempérament individuel? Ce qui est sur. c'est qu(^ le fils du ganle du cori)S tie Charles X se rattache alors délibérément à la tradilion du xviir siècle, cette « aimable », celte « adorable » (époque dont l'art, la liberté, la vilalili' l'enchantent. « Le xvni'' siècle, écrit-il, aima grandement la vie, et la belle imidèlé de ce temps fut de replacer sur la terre le séjour U'yitime de la vie (pie le christianisme avait rejeté dans l'autre monde 2. » Il lui passe jus(|u'à la liberté de ses mœurs, et à trois reprises, il croit devoir nous conter, avec une trop visible complaisanee, telle anecdote un peu leste touchant Mme du Chàtelet^ N'ollaire, « ce grand et bon rieur », lui inspire de la « vénération* », et il épouse bien aisément les haines du patriarche : « Je comprends, nous dit-il, «pi'il Voltaire) fasse crier ceux dont il a renversé, ou du moins ébranlé la marmite, cette vieille marmite où jadis bouiUil pliia de chair luunnine que dans toutes celles des sorcières. » Il nous dira, de X'ollairc encore et du « bon » Denis Pitlerot : u Ce sont là des hommes n'/j</i>»/jr, les sninls de la fiible humaine*. » Kn revanche, le ehi'istiauisme, \o moyiMi Ai^e sont traités sans la moindre sympathie» : >< Au moyen ;^g«», le corps avait paru haïssable. La femme était coupable d'être belle.... L'art
1. nibliopliHf françtiif, frvrior IS72 (non rt'cuoiUi m vnlunip).
2. l'Amalcur d'autogniplics, l" et 10 mai ISfil). p. 150 (non recueilli on volume).
:j. /^«/.. !•' Pl 10 mni ISnO; — /»• liibli,yphUc français, aoiïi 1870. mars 1S72 (trois nrliiios sur l)psni'iroU'rn*ï». \ollaiieet la société finn<;aise an Wlll* sthlc, non ronieillis en volumo).
4 Ihiii., \" ol 10 mni ISOn. p. 117 (non recueilli en volume).
6. IbiU., \" ul tu uvril ISOii, p. lU'J, 110 ^nuti recueilli en voluinf),
i96 LES MAITRES DE VHEVRU:.
byzantin multiplia les laideurs salutaires.... La vie au moyen âge est le bouton rigidement clos d'une fleur mystique; en France, la fleur s'ouvre dès l'aube du xv^ siècle, pâle, souffreteuse, à cause des vers rongeurs qui l'entourent, et de l'ombre opaque des châteaux de guerre, des bastilles qui la submerge i. » Verlaine qui a connue cette époque lointaine le fukir poète des Poèmes dorés nous le représente très épris de l'époque révolutionnaire, plein de sympathie pour les Girondins, mais haïssant les Jacobins 2. De fait, il avait entrepris avec son ami Xavier de Ricard une vaste Encyclopédie de la Révolution, à laquelle Michelet, Quinet, Leconte de Liste, Louis Blanc avaient promis leur collaboration, et dont l'objet était « de dégager la tradition révolutionnaire de toutes les légendes autoritaires et réactionnaires qui l'ont troublée et obscurcie » et « d'arriver à une affirmation nouvelle et plus positive de l'Esprit de la Révolution ' ». Il donnait son adhésion à un journal pacifiste , anticlérical et antibonapartiste que Ch.-L,Chassin essayait de lancer, en 1868, sous le titre de la Démocratie *, et il se laissait enrôler parmi les « sociétaires fondateurs » de l'entreprise. D'autre part, il collaborait à YAhnanach de la Révolution pour 1870, et y publiait une pièce de vers, assez déclamatoire, sur la Mort d'un juste [Billaud- Varenne) :
Et l'âme de Billaud-Varenne s'exhala
En grondant l'entretien d'Eucrate et de Sylla.
1. LWmateur d'autographes, 16 mars 1869, p. 91; 1" et 16 juin 1869, p. 177-178 (non recueillis en volume).
2. Paul Verlaine, Œ.avres complètes, Vanier, 1900, t. V, p. 405-412.
3. L'Amateur d'autographes, 1" et 16 juillet 1868, p. 173-178. — Dans un article sur Un éditeur de pactes en 1867 {le Chasseur bibliographe, mars 1867), Ad. Racot, après avoir décrit le groupe dos poètes parnassiens qui entouraient Leconte de Lisie, ajoutait : « A côté de ce Cénacle et fraternisant avec lui, un groupe éclecti(jue : A. France, le fils de l'éditeur du savant catalogue révolutionnaire, et qui, chassant de race, dresse roreille et fait flamber ses yeux au seul nom de celte époque superbe » (p. 70-7n.
4. M. Georges Goyau, dans son beau livre Vidée de patrie et Vhumanitarismc (Paris, Perrin, 190, p. 31) a publié le suggestif programme de ce journal.
Et enfin, sous le voile transparent d'une fiction antique, il insérait dans une petite Revue ', deux poèmes, Denys tyran de Syracuse et les Légions de Varus^ qui sont de si violentes satires du régime impérial, qu'elles faillirent lui attirer (juclques difficultés judiciaires. Le « tyran » parlait ainsi :
Si ccrl;iiiis sont Inilcs de ifîpaïuJrc, iiii[iiii(lt'rils ! I.e rni(ïl ([ue sur Jour laniiiie a mis l'AIx-ilIo niiluiuo, Qu'ils se coup(>nl ()lul(M la langue avec leurs doiils, Pour (juo vous l'approuviez, voie.i ma politique.
Et dans les Légions de Varus, la Patri(» inter[)t*liait Augusie en ces ternies :
« César, rends-moi mes llls, lui dit-elle, a>s,i>->iri! Rends-nioi, rends-moi ma chair et le san,t; de mon sein. C^'sar, trois fois sacré, loi (|ui m'as viuJée, Kl qui m'as encliainée, et (jui m'as mutilée!... >
Si le poète des Chnlimmts, sur son rocher, a lu ers vers, il a pu se dire «|u'il avait fait école.
De toutes ces influences combinées et liNriMiicut acceptées, ou plutôt anlemmeut ciiibrassées, il s'est formé un état d'esprit très curieux, très c(»Iiérent aussi, qui, avec certaines niiancc^s provenaid des diveri^enc(»s individu(dles de tjMUpérameiit ou (ITmIuc;!! ion, a r\r, entrtî i.stiîi cl 1870 environ, comme le fonds ((uiiiinm de toute In jeunesse fram.'nise. C'est sure»* fonds, jdiis ou tiK.iîm modili»'-, adultéré, corri^'é pîjr la vie, (pi'clUî a vécu. Cvsl de \i\ qu'elle est partie. Incrédulité fomière, temlance ti ne voir dans les relierions (pi'une forme <le i)ensée périmé»», désornjais destinée à fournir des symbolrs anx poètes et des sujets d'étude ù l'historien, croyance à Inniversid déterminisme et à la souveraincdé al»s<dne (\o la sciencr, disp(»silioirtrès ni.nqu.'r ;"i uni» <<u"l»' do panthéisme évolnti(»nniste. u'oilt
I. /,ij (iit:rHc rimci' (20 mars ol 20 juin 1S07). — C'est dans collo revue que Verltiino n puMié h'étvs ;/.i/«i;Wr< : . Votre Ame osl un pnysoffo choisi... - et Trumeau. — Voye/ sur toul eeoi !.. Xftvier de Ilirnrd. AmtloU. France et te Parnasse contemporain, dans la Itcvuc du 1" février 1U02.
OiuACD. — Los Maîtres do l'IIouro. II. — 1»
très vif pour la culture classique et pour le naturalisme antique, vagues aspirations révolutionnaires, humanitaires et démocratiques, absence presque complète de la préoccupation morale : il faut croire que ce credo répondait assez bien aux dispositions profondes de M. France, car il Ta adopté avec une ferveur singulière. Plus de vingt ans après, il rappelait encore, avec une émotion communicative, ces juvéniles enthousiasmes :
Les livres de Darwin étaient notre bible; les louanges magnifiques par lesquelles Lucrèce célèbre le divin Epicure nous paraissaient à peine suffisantes pour glorifier le naturaliste anglais.... Pour moi, je pénétrais comme dans un sanctuaire dans ces salles du Muséum encombrées de toutes les formes organiques, depuis la fleur de pierre des encrines et les longues mâchoires des grands sauriens primitifs jusqu'à Téchine arquée des éléphants et à la main des gorilles. Au milieu de la dernière salle s'élevait une Vénus de marbre, placée là comme le symbole de la force invincible et douce par laquelle se multiplient toutes les races animées. Qui me rendra l'émotion naïve et sublime qui m'agitait alors devant ce type délicieux de la beauté humaine? Je la contemplais avec cette satisfaction intellectuelle que donne la rencontre d'une chose pressentie. Toutes les formes organiques m'avaient insensiblement conduit à celle-ci, qui en est la fleur. Comme je m'imaginais comprendre la vie et l'amour! Comme sincèrement je croyais avoir surpris le plan divin * !
Vous vous rappelez la célèbre page de poésie naturaliste qui termine les Philosophes classiques, de Taine : il y en a là comme un direct écho.
Le jeune homme faisait des vers : je serais bien étonné qu'il n'en eût pas fait dès le collège ; des amis l'entraînèrent aux tumultueuses réunions de l'entresol du passage Choiseul; il devint Parnassien. Un très libre Parnassien, à ce qu'il semble, mais qui pourtant, sur les points essentiels, accepta la discipline de l'école. « Il me semble aussi insensé, disait-il alors, à propos des Poèmes saturniens, de séparer