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France dans le journal même où elles paraissaient, on > éprouvait une rare et fine jouissance, indéfiniment renouvelée. Faut-il avouer cependant que ces chroniques mises bout à bout et recueillies en volumes perdent un peu à être relues d'une manière suivie? Ce procédé de digression perpétuelle est fatigant à la longue, et bien loin de donner l'impression, qu'il poursuit trop visiblement, de la variété, c'est l'impression de monotonie qu'il produit assez vite. Et puis, s'il y a des sujets qui comportent des « diversions » plus intéressantes que le sujet lui-même, il en est d'autres qui les admettent plus malaisément. « Faut-il essayer de vous rendre l'impression que j'ai éprouvée en lisant ce deuxième volume de V Histoire d'Israêl'i Faut-il vous montrer l'état de mon âme quand je songeais entre les pages? C'est un genre de critique pour lequel, vous le savez, je n'ai que trop de penchants » Et certes, nous pourrions être curieux de l'état d'âme de M. France, — si d'ailleurs nous ne connaissions pas de longue date l'histoire de sa vieille Bible d'enfant qu'il va nous raconter longuement une fois de plus; mais peut-être le sommes-nous plus encore du livre de Renan, du grand sujet qu'il y traite, et du jugement qu'il convient de porter sur l'historien. Tout ce que Brunetière, à ce propos, dans une controverse célèbre *, a objecté à l'auteur de la Vie littéraire reste vrai, et il ne me semble pas que M. France y ait véritablement répondu. Car, quand il serait prouvé, comme le prétend ce dernier, qu' « on ne sort jamais de soi-même », il n'en est pas moins certain qu'il faut faire effort pour sortir de soi : il n'y a pas plus de critique qu'il n'y a de morale sans cela. Dussions-nous, finalement, retomber sur nous-mêmes, 1 effort que nous aurons fait, suivant la belle formule de Taine, « pour ajouter à notre esprit tout ce qu'oji peut puiser dans les autres esprits » n'aura pas été vain : notre « subjectivisme » en sera moins étroit, et notre « impressionnisme » plus élevé, plus riche, plus désintéressé.
1. La crilique impressionniste dans les Essais sur la littérature contemporaine (G. Lévy, 1892).
Discutable comme piocédé crilique, la méthode de M. France reprend une partie de ses avantages quand on la considère comme un simple moyen d'expression artistifiue. Au fond, chacun fait la théorie de son propre talent, et, sauf de bien rares exceptions, nos idées générales ne sont guère que la projection, en dehors de nous, de nos tendances instinctives. Né artiste, conteur, romancier, poète, et non pas critique, — Brunetière l'avait fort bien vu, — M. Anatole France défend les droits de son originalité et de sa fantaisie d'artiste; et envisagées comme de légères œuvres d'art, ses chroniques ont bien de la saveur et bien de la grâce. Si, d'autre part, elles no nous renseignent pas toujours comme nous le voudrions sur les « livres du jour », elles nous renseignent abondamment sur le critique, sur ses idées littéraires ou philosophiques, sur ses dispositions morales. S'il est faux que la critique soit « une espèce de roman à l'usage des esprits avisés et curieux >», et donc « une autobiograj)hie », que « le bon critique soit celui (jui raconte les aventures de son ûme au milieu des chefs-d'œuvr*'! * », cpiand il s'agit d'un esprit aussi « avisé et (Mirioux » que M. France, cette conception, d'ailleurs ilh'gilime, a sou intérêt, — tout au moins pour un autre ciili(iu(;. En lisant d'un peu près les chroniques de l'auteur de Thah^ on anive ;\ le connaître presque tout entier, cl phis 5*1 fond peut-être (ju'à travers tous ses autres livres.
VA d'aljord, il nous y révèh» lu nature de son goi'it. Je \w saurais, je crois, mieux dt'liuir ce dernier qu'en le rapprochant de celui de Sainte Beuve. Chez les \\c\\\ écrivains, nu>mo souci de la nuance, ménui amour do la mesure, de r<''(piilil»re, de l'hat'monie, de lélégauce discrète, de la simplicité ornée, même goiH des « coteaux miKlt'rés>K Pour tout dire, l'un et l'autre sont des humanistes, des classiques. M. France nous l'a déclaré en propres termes', et même s'il ne notis lavait pas dit, nous aurions pu le