I.a Vie littéraire, t. II. p. m
2. • Je luo suis onttMô «lau'* mn lillèrniure, et je suis resté un cl-'isique. • {Le Livre de mon ami, p. 152.)
^23 'i LES MAITRES DE L'HEURE.
deviner à la qualité de sa lancfue, à l'espèce de ses sympathies littéraires. 11 s'est vanté un jour de n'avoir « jamais médit de Nicolas* », et il est évident que Racine et La Fontaine remplissent exactement tout son idéal esthétique : Racine, « le maître souverain en qui réside toute vérité et toute beauté- », et en l'honneur duquel il entonnait récemment un véritable dithyrambe, et La Fontaine, qu'il a commenté si finement, et qu'il a proclamé « le plus Français de nos poètes^ ». Le dirai-je? Je ne suis pas sûr que ce classicisme foncier ne puisse être accusé de quelque étroitesse. Il y a d'autres classiques que ceux que M. France idolâtre! Je ne me souviens pas que jamais il ait parlé de Bossuet écrivain comme Sainte-Beuve lui-même en a plus d'une fois parlé; il ne me semble pas qu'il admire Molière aussi profondément que l'auteur des Lundis l'admirait*; et s'il reconnaît « la perfection de l'art » dont témoignent les Provinciales, c'est pour tenir, aussitôt après, sur l'apologiste des Pensées des propos bien étranges ^ Il a sur Corneille des mots d'une ironie un peu bien dure, et, à mon gré, injuste; et dire du u bonhomme » qu'il n'est, près de Racine, « qu'un habile déclamateur '^, >> c'est peutêtre pousser un peu bien loin l'amour du naturel et de la commune vérité psychologique. La grandeur est aussi dans la nature, et, sous prétexte d'atticisme, il ne faut pas la proscrire de l'art.
Ce fond du tempérament littéraire explique assez bien l'altitude qu'a prise M. France à l'égard des diverses écoles qui se sont succédé chez nous depuis la fin du xvii^ siècle. Du xviii^ siècle il accepte et goûte à peu près tout, sauf
1. La Société d'Auteail et de Passy, couféience, C. Lévy, 1894, p. 10.