La Vie littéraire, t. IV, p
6. L'Homme libre, art. cit. — Cf. Vie littéraire, t. IV, p. 112-113.
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Rousseau, (ju'il ne peut seulir; et Von sait qu'il r>l u<»urri (le V'ollaiir, de Uiderot et des petits rouianciers leurs coutcniporains. S'il n'aime pas ce *< Jean l'esse ' » de Rousseau, c'est que celui-ci est le père du romantisme, c'est qu'il est en giande partie responsable de ce débordement d'imagination et de sensibilité qui, plus d'un demi-siècle durant, va envahir la littérature, et (pii olTus(|ue sa claire, mesurée et peut-être un peu courte raison classique. Parmi les grands poètes romantiques, sa synqiathie va à ceux (pii' le classicisme pourrait le plus aisément revendi([uer, à Lamartine, à Musset, à Vigny. Au contraire, et à plus d'une re[)rise, il a été très dur piuir Hugo : « Victor llutro est démesuré parce (|iril n'es! pas Inimaiu.... 1! vtcut ainsi de sous et de couleurs, et il «'ii sodla le monde*. » Dans son opuscule sur Vi<iny, il disait déjà d'Olympio : u \.v sang i)()uillonne avec trop de Tracas dans sa tète, p(uu' «pie ses oreilles puissent percevoir au milieu de ce vacarme intérieur les bruits du passé. » S'il s'est enrôlé dans le Parnasse, c'est (pie la nouvelle école avait, par réacti<jn conln» le r<Muaul isnu', restauré plus d'un des principes de l'art classi(pje, entre; autres ce cult(î do la l'oiuie doid il ne s'est, jtour sa parf, jamais d«''parti. Et il'autre part il ;» traité sans indulgence les iialiiialistes, — exceplion l'ail» poui- le classiipu; Maupassant, — et les décndeids. .Mais counnent, tel (pu; nous le coniuiissons, aurait il pu goiMer 1«* « gros talent », les ti'uculences et les gros^ièr«*lés d'un Zola, ou l(»s écrivains, à demi barbares, «pii menacai«Md di' troubler dans sou coiiix la liin|iide clarli- du géide français?
C'est dans ces disp(»silions desprit que M. France a examiné et juiré, — car il juge, plus souvent cpTil ne prélemi, — les pi-odu<tions coidemp<»rain<\s; <*'<«sl au nom tie cet id«''al d art «pi'il lejetle <k hors de la littérature », — on s(» rappelle avec quelle terribb» irouie, — les roninns do M. Ohuet, ou <|u*il e\alte b's livres de Renan. Mais connue il c^l d'esprit très s<uqtl(\ »>l <piil se pi<pi'' \ ..!.. ni ;.!•-- d«^
\. l.t'S l)it'(t.v tml soif, p. US.
2. Vit', litlt-'iiirr, l. l". p. II.**>. — Cf MfrtA de liiny, p l'.l "0.
tout comprendre, il a fini par accepter et presque par / goûter quelques-unes des formes d'art auxquelles il avait j été d'abord le plus réfractaire. Après avoir médit du 9>ym- « bolisme, il ira jusqu'à prendre plaisir aux vers de Mallarmé. Après avoir, dans un article célèbre, dit de Zola : « Son œuvre est mauvaise, et il est un de ces malheureux i^ . dont on peut dire qu'il vaudrait mieux qu'ils ne fussent / pas nés, » il s'est peu à peu accoutumé à l'odeur des écuries d'Augias, et, avant même les apologies trop intéressées d'aujourd'hui, — M. G. Michaut l'a fort bien montré, — « regrettant un peu ses colères », il rendait justice au talent du romancier, à « sa brutale épopée pleine de grands tableaux •».
C'est que le dogmatisme intransigeant et sectaire, — celuilà môme qui traduit le plus spontanément ses manières naturelles de penser et de sentir, — n'est pas une attitude, nous l'avons déjà observé, où M. France se guindé très longtemps. Il est assez intelligent pour se déprendre de ses impressions irréfléchies, pour essayer d'entrer dans une pensée étrangère et contredisante. Et surtout, peutêtre, il est trop voluptueux pour ne pas se prêter à toutes les formes de la vie et de l'art, pour ne pas essayer de cueillir dans chacune d'elles l'âme de plaisir qu'elles recèlent. De là cet universel dilettantisme dont il a fait si souvent la théorie, et qu'il a, généralement, assez bien mis en pratique. De là cette aimable indulgence qu'il professe, non pas toujours, mais communément, à l'égard des hommes et des œuvres qui ne choquent pas trop vivement ses tendances personnelles. De là enfin ce scepticisme souriant qu'il affecte à l'égard de presque toutes les doctrines qui se présentent à sa pensée, et qu'il a su manier avec une telle maîtrise que, longtemps, on a voulu voir dans cette attitude le trait distinctif de sa physionomie morale. Mais ce n'était bien là, — on n'allait pas tarder à s'en apercevoir, — qu'une attitude, une attitude superficielle, ot toute provisoire, et dont lui-même n'était pas dupe. D'abord, il n'y a pas de scepticisme complet. M. France
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lui-nit^me s'y est efforcé, sans succès. « J'ai regardé, je l'avoue, nous dit-il, plus d'une fois du côté du sce{)ticisme absolu. Mais je n'y suis jamais entré; j'ai eu peur de poser le pied sur celte base qui engloutit tout ce qu'on y met. J'ai eu peur de ces deux mots d'une stérilité formidable : je doute. Leur force est telle que la bouche qui les a une fois convenablement prononcés est scellée à jamais et ne peut plus s'ouvrir. Si l'on doute, il faut se taire ; car quelque discours qu'on puisse tenir, parler, c'est affirmer. Et puisque je n'avais pas le courage du silence et du renoncement, j'ai voulu croire, j'ai cru. J'ai cru du moins à la relativité des choses et à la succession des phénomènes *. » Il a cru, nous le verrons, à d'autres choses encore. Mais nous voilà bien avertis. Nous ne croirons pas trop au scepticisme foncier de M. Anatole France. S'il consent bien, par « honnêteté », à ne pas contredire les idées qu'il ne partage pas, si, par nonchalance, par ironie (piehpiefois, par parti pris d'indulgence, par virtuosité dialeclii|ue et par une sorte de sensualité inlellecluelle, il a l'air d'accepter, d'areueillir et de faire siennes des doctrines qu'il combattra très violemm«Mit plus tard, les réserves ne sont jauïais bien lohi, et dailleurs il accueillera aussi, et mémo plus facilement, îles doctrines toutes contraires. Son choix n'est pas encore fait, nu, s'il est fait intérieurement, l'écrivain n'épr<Mive pas le besoin de le faire publiquement connaître. Aussi rien n'est plus facile que de le prendre en ll;igrant délit de contradiction, et «pie d'opposer l'une à l'autre telN' on tellr de ses pages. Par cxenq>Ie, à propos de la bénédiction d'une barque : « Pour moi, dira t il, j'entendrai résonner longtemps dans ma mémoire le Te Ih'um qui appelle sur la bartpie d'un péclnuir la bénédiction divine *. » Une autre fois, il se fera l'apologiste des religieuses', ou encore il llelrira comme il. convient le