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contL'iuie! Un si IjcI onlrel L'n organisme si admirablement combiné |)our produire du courage avec de l'obéissance! Quoi de plus beau? » Et il ajoute ces paroles remarquables et profondes :
Les vertus militaires! elles ont enfanté la civilisation tout entière. Industrie, arts, police, tout sort d'elles. Un jour, des fçuorriers armés de lances de silex se retranchèrent avec leurs fciimies et leurs troupeaux derrière une enceinte de pierres brutes. Ce fut la première cité. Ces guerriers bienfaisants fondèrent ainsi la pairie ell'Klat; ils assurèrent la sécurité publique; ils suscitèrent les arts et les industries de la paix, quil était impossible dexercer avant eux. lis tirent naitre peu à peu tous les grands sentiments sur lesquels l'État repose encore aujourd'hui; car, avci; hi cité, ils fondèrent l'esprit d'ordre, de dévouement et de sacrillce, l'obéissance aux lois et la fralernité des citoyens. Voilà ce qu'a fait l'armée quand elle n'était composée que d une poignée de sauvages demi-nus. Depuis, elle a été Caijent le plus puissunt de la civilisnlion et du progrès. I/é|)ée
a toujours donné l'empire aux uicillcurs On se plaint (pie
larmée, c'est la force, et rien que la force. Mais on ne songe pas (pie celte force a rem|)la('é l'anarchie, et ({u'enlln partout où il n'y a pas d'armée régulière, les massacres sont domesli- (pies et quotidiens, be soldat est nécessaire, et la guerre est, de toutes les fatalités sociales, la plus constante et la plus impé> rieuse.
J'oserai dire que la guerre est humaine, en ce sens qu'elle est le propre de Thu inanité. IJllr représente la seule conciliation que rin>nime ait Justiu'iri tntuvée entre ses instinrls ttrutaux et S(tn idéal de justice. Mlle règle la viidence et conslilue ainsi le plus grand résultat (pie nutre. espèce ait encore obtenu pour l'adoucissement des iiueurs. Feia-l-(Hi mieux plus tard? Supprimera ton la violence, (pi'on a seulement réglée? t'.essera-t-on de faire la guerre, et le soMal disparallra-t-ij un jour? // est chiniériiiue d'espérer ce résultat et damjereux d'y travailler.
1/homme est soumis aux fatalités de son origine. Sa nature est d élre violent. Quand il sera pacilique, il ne sera plus riiomme, mais (piebpie chose d'inconnu dont nous n'avons même pas le pressjMiliment. I.e dirai-je? /*/«.< /v-.<(>/ij;r et moins j'ose stuihailcr lu Jiii de lu tjuerre. J'aurais peur qu'en disparaissant, celle grande et terrible puissance n'emportât avec elle les
vertus qu'elle a fait naître et sur lesquelles tout notre édifice social repose encore aujourd'hui. Supprimez les vertus militaires, et toute la société civile s'écroule. Mais cette société eûtelle le pouvoir de se reconstituer sur de nouvelles bases, ce serait payer trop cher la paix universelle que de l'acheter au prix des sentiments de courage, d'honneur et de sacrifice que la guerre entretient au cœur des hommes. Elle enfante et berce les héros dans ses bras sanglants. Et c'est cette fonction qui la rend auguste et sainte. Il me semble que les applaudissements qui saluaient, à la fête, le défilé des Tonkinois voulait dire un peu tout cela.
Ces applaudissements signifiaient aussi et surtout que le peuple français est encore un peuple militaire, qu'il aime son armée, et qu'il ne veut point qu'on la noie et qu'on la dissolve en une vaste garde nationale, où il n'y aurait plus ni commandement, ni obéissance, et qui, loin de nous protéger et de nous défendre, nous ferait tomber avec elle dans l'impuissance et la férocité. Vive l'armée ^ !
Oui, c'est bien le futur et violent adversaire de la loi de trois ans qui a écrit ce « petit essai philosophique sur la guerre »; et ce sont bien ses lèvres alexandrines qui ont ainsi sonné l'olifant.
Mais voici qu'un autre jour, à propos de Rabelais, il s'avise d'écrire ceci : « Il faut laisser le martyre à ceux qui, ne sachant point douter, ont dans leur simplicité même Vexcuse de leur entêtement. Il y a quelque impertinence à se faire brûler pour une opinion.... Les martyrs manquent d'ironie, et c'est là un défaut impardonnable, car sans l'ironie le monde serait comme une foret sans oiseau; l'ironie, c'est la gaieté et la joie de la sagesse. Que vous dirai-je encore? J'accuserai les martyrs de quelque fanatisme; je soupçonne entre euK et leurs bourreaux une certaine parenté naturelle, et je me figure qu'ils deviennent volontiers bourreaux, dès
1. La VieàParis, Temps du 18 juillet 1880 (non recueilli en volume). — M. France a repris quelques fragments de cette page dans la Préface qu'il a écrite pour le Faust de Gœthe, traduction par Camille Benoit (Lemerre, 1891, p. xv-xvi). — Sur les reprises et utilisations successives de son propre texte, si fréquentes chez M. France, voye» le livre déjà cité de M. G. Michaut, p. 194-210.
qu'ils sont les plus forts *. » — Paroles <» odieuses » et «( impies », connue on l'a fort bien dit, mais peut-èlre surtout paroles inintelligentes et paroles ridicules. Car il faut ne rien comi)rendre à l'héroïsme pour oser y souscrire, et l'on s'étonne qu'elles aient pu être prononcées jmr le futur historien de Jeanne d'Arc. Certes, il est humain, trop humain de n'avoir pas la vocation du martyre; mais il ne faut point s'en vanter; il ne faut point surtout, du seul droit que nous confère notre lùcheté morale, accabler d'un mépris transcendant ceux qui ont un courage que nous n'avons pas, ceux qui entretiennent parmi les hommes le culte nécessaire des vertus a surhumaines ». Il ne faut point laisser dire aux aveugles que ce sont eux qui voient clair. On pouvait se demander laquelle de ces deux attitudes de pensée allait l'empoiter chez M. France, quand, au mois de juin 1889, M. Bourget publia le Disciple. J'ai naguère* essayé do dire l'émoi qae ce livre mémorable avait, au moment de son apparition, provoqué chez tous ceux qui jx'usent. Tandis qu'avec sa bravoure et sa décision coulumières Hrunetière se rangeait aux rùtés de M. Bourget, M. France, comme s'il s'était senti touché par la thèse essentielle de l'ouvrage, en prenait fort nettement le contre-pied. « Je persiste à croire, écrivait-il, que la pensée a, dans sa sphère propre, des droits imprescriptibles et que tout syslèuie philosophique peut être légitimement «'\po<é. C'est le droit, «lisons mieux, c'est le (hnoir de tout savant <|ui se fait une idée du monde d'exprimer celle idée, quelle tpCclle soit. ^>uiconquo croit posséder la vérilé doit la dire. 11 y va de l'honneur de l'esprit humain.... Les droits de la pensée sont supérieurs ii toul, c'est la tjloire de ilwmme d'oser toutes les idées. (Jmujt à la contluile de la vie, elle ne doit pas dépendre des doctrines transcendantes des philosophes. Elle doit s'appuyer sur la plus simple morale. »> M. France faisait plus. S'en prenant, dans un set-ond article, h llrunetière lui même, il opposait viveiiienl, — plu^ viviin.ni