Voyez uos éMailrcs de l'Heure, l. i, p
que solideiiioiit, — ses propres théories à celles du critique moraliste. « Il ne saurait y avoir, déclarait-il, pour la pensée pure une pire domination que celle des mœurs.... Ne disons pas trop de mal de la science. Surtout ne nous défions pas de la pensée. Loin de la soumettre à noire morale^ soumettons-lui tout ce qui n'est pas elle.... N'accusons jamais d'impiété la pensée pure. Ne disons jamais quelle est immorale, car elle plane au-dessus de toutes les morales.... Subordonner la philosophie à la morale, cest vouloir la mort même de la pensée, la ruine de toute spéculation intellectuelle, le silence éternel de l'esprit. Et c'est arrêter du même coup le progrès des mœurs et l'essor de la civilisation. » Et Brunetière ayant répliqué avec sa rude et persuasive éloquence, M. France essaya, dans un troisième article, de répondre à son contradicteur en invoquant, en faveur de sa propre thèse, l'autorité d'un a très grand psycho-physiologiste ». Mais la polémique avait réveillé, irrité peut-être son ancienne foi philosophique, qu'on aurait pu croire toute prête sinon à abdiquer, tout au moins à s'apaiser et à s'endormir sur le mol oreiller d'un élégant scepticisme. Gêné, à ce qu'il croit, par toutes ces clameurs « réactionnaires » dans sa pleine liberté de penser et d'écrire à sa guise, il va désormais devenir plus sévère aux nouvelles tendances « mystiques » qui se font jour dans la pensée contemporaine. 11 ne se piquera plus maintenant de vouloir tout comprendre. Comme Voltaire, il nous parlera de 1' « inhumanité » de Pascal, et il le traitera de « fanatique ». Comme Voltaire encore, il verra en lui non seulement un « malade », mais un «■ halluciné ». Comme ^'ollaire enfin, il nous dira de la foi de l'auteur des Pensées qu' « elle était lugubre, qu'elle lui inspirait l'horreur de la nature et en fit l'ennemi de luimême et du genre humain » ; qu' (c il se reprochait niaisement le plaisir qu'il pouvait trouver à manger d'un plat »; que « Texcès de sa pureté le conduisait à des idées horribles * ». Et enfin, dans un article, d'ailleurs bienveillant, sur le « malaise de l'esprit nouveau », parlant des croyances de
1, Vie littéraire, t. IV, p. 33, 210, 217, 218.
M. ANATOLE FIUNC/J, ^ 2à3
sa jeunesse, il laisser.! échapper \v mot (.lécisif : (c Nous (lions persuadés qu'avec de bonnes méthodes expérimentales et des observations bien faites nous arriverions assez vite à créer le rnlioimlisiue universel. VA nous n'élinns j>as éloignés de croire que du XVIII'^ siècle datait une ère nouvelle. Je le crois encore '. )> L'esprit de « grand'maman Nozière » semble l'avoir emporté sur toutes les autres influences.
VA iM. Jules Lemaître, dans un très bel article sur M, France, pourra bient(M écrii'C : « On a vu depuis qu«^lqiies années croître niagniliqucment ce que des théologiens ;q)pelleraient son esprit de malice et son impi«''lé. Nous sommes nu peu redevables de celte évolution au i»lus im|)érieux de nos critiques : c'est M. lîrunetière ({ui, en morigénant M. France, l'a contraint à sortir pour ainsi parler, font le disn-huitième siècle qu'il avait dans le sang-. » On ur siiiirait mi<Miv vfur, Fii mieux dire. Encore gênés et itarluis dissimulés dans les chroniques de la Vie litlrraire, cri « es|)rit (1(^ malici; » et celte <( impiété » vont s'étaler libremenl dans les romans et les contes.
VU
« Oue le conte ou la nouvelU; est de meilleur goilt [que le romani! Oue c'est un moym plus d«''lie;it, plus discret ri plus sur i\r plaire aux g<Mis d'esprit, dont la vie est occupée et (fui savent le prix des heures! \a\ premier»^ politesse de l'écrivain, n'est-ce point d ("ire bref? l.a nom^clle suffit à tout. On y peut renfermer beaucoup de sens en peu «le mots. Une nouvelle bien l'aile est le régal des connaism'urs et le eonlent(Mnent des difliriles. i'.'r^l l'élixiret la quintessenc»*, e'cst l'ongneid. |U'écieux < (->l M. I«'rance (|ui parle
ainsi ; car, pour m;i p.iii . je pen>-e préciséuienl le conirnire. J'apprécie, certes, à leur prix, le ct)nle ou In iu>uv«»lle. ri j'en veux à tous les ronumeiers. — et iN sont m»mbr«'u\!