DÉDICACE. III
luttes religieuses et politiques ont exercée 9wr la sérénité et V équilibre de sa pensée. J'ai indiqué cam^ ment Renan, trop sensible à la crainte de paraître juger autrui ou imposer ses opinions alors qu'il avait rejeté la foi absolue et Vautoriié sacerdotale, trop désireux de poursuivre les nuances infinies de la vérité, trop porté par sa nature à un optimisme et à une bienveillanceuniversels, avait encouru le reproche de tomber dans le dilettantisme, et avait engendré des imitateurs dont le scepticisme superficiel, raffiné et pervers a rendu ha'issable ce qu'on appelle le Renanisme. fai Imssé voir que chez Taine il y avait quelque désaccord entre la hardiesse de sa pensée et la timidité de son caractère, et que ce désa^ccord pouvait expliquer quelques-uns de ses jugements historiques ; que ses convictions déterministes et la puissance logique de son esprit lui ont fait méconnaître ce quil y a de complexe, de mystérieux, d'in* saisissable dans la nature et dans l'homme ; qu'il a trop cru à la possibilité de réduire à des classifications fixes et à des formules simples V histoire et la vie ; qu'il a pris trop souvent la clarté et la logique cFun raisonnement pour une preuve suffisante de sa justesse; qu'il a eu enfin, lui aussi, dans les écrivains naturalistes et matérialistes de ces dernières années
IT DÉBIGAGE.
des disciples dont les homnmges étaient pour lui une amertume et presque une offense,
J^ aurais pu sans doute insister plvA que je ne l'ai fait sur les imperfections de lesurs œuvres et sur les lindtes de lew génie ; mais il me semble que faurcm (dors altéré la vérité du portrait que je voulais traeer deux. Au lieu de m' attarder à dire ce qu'ils^n'ont pas fait et ce (pi'U» n^ont pas été, foi cherché à monirer ce qu'Us ont été et ce qu'ils ont voulu faire. Connaissant personnellement leur valeur morale, j ai cherché à leurs doctrines et à leurs actes, des explications naturdles, légitimes et élevées, même à ce qui pouvait ms surprendre ou vm choquer en eux. Les sachant incapables de céder sciemm/ent à des motifs frivoles ou bas, fat cru en agissant ainsi faire oeuvre d'équité. En présence d^hommes supérieurs, la sympathie e&t la voie la plus sûre pour comprendre; et l' oeuvre la plus utile de la critique est d'expliquer en quoi les grands hommes ont été grands, les ressorts secrets de leur génier les motifs légitimes de leur influence. Ce n'est que longtemps après leur nu>rt^ quand le temps ^ mis chaque chose à son rang, qu'on peui discerner les défauts, les lacunes, les défaillances qui ont rendu certaines parties de leur œuvre caduques ou nuisibles. Et même alors, n'est-ce pas sur les parties durables