‹ Les maîtres de la caricatureChapitre 13 sur 22 · I.E DEFILK Di:S MODLLLb liV CATl ICATUIUSTE · texte numérisé non relu

I.E DEFILK Di:S MODLLLb liV CATl ICATUIUSTE

Benjamin Rabier intime

RflCOJ4TÉ PAR liUl-JVIÉ]VIE

t 11 fniil ([lie vous (lessiniez ^ olre poi-ti-iiil ]»oiir luos lecteurs '5, m'a (lit le Direcleur de l' AUnim.

Je me suis cloue exi'culé. Cette grosse tiiïnre .-i dioile est la mieune, oui, luadauie. Je ]ue (l(']»(M lie de le dii-e. car \ (ius auriez pu 'croire (pie (?,"(''lail celle du i;nr(;(iu iriarcliaud de \ iiis de \ otre coiu de riu'.

El. iiiaiulcuani, ({ue la pr(^seula1 iou esU'aile. je vais vous initier aux tuoindres (lélails de nia vie iiiliuie. Je suis iii' le ."lO (l(''eeniltre IXIl'.IA la Ro(die-surA'oii, sans auciineuieiil l'aMiir d(>inand(!'. Passons sons silence, si \(nis le pcrniellez, l'eniiiloi de mon lenips durant mes premiers mois. \'oiis tetiez \(ilre nourrice, me direz- \(iiis.... (tu ne peut rien mmis cacher.

A eini| ans. j'avais d(''jà dn i^dul poui' la peinture... en bâtiment, et j'(''lais en train de Itadii^cimner en \"crl la porte de la salle à manger quand arriva ma mère (pii me lit aiissil(')t sentir son anloriti'' sur line partie (diarnue de mon individu.

.le donnai aUu's un autre cours à mes id('-es ai't i^t i(pies et je me mis à dessiner a\ec passion tons les aniniaii\ (pi il m'i'lai! doiiiK'' de \ oir cl ceUN im'Mne.. . (pu' je n'ai pas encore \ ns.

Ma i'(''pnlat ion i^randit en nM'uiie Icmps (pu- moi, si liicii ipie ma \illc natale in'emova à l'aris pour me présenter à l'iv'olc des Beanx-Arls.

Je vous avouerai rramdieuicnl i[ue je lis pas bon uuniai-c avec le classique. Mes idées lartjcs. bien connues, s'aceommod('~rent mal des eonceplions resireinles cl r(Uitini('rcs de la (irande Jlaison. Je \onlais la liberté', je la pris... en prenant la porte.

Alors eomineiKja pour moi ma vérilable exislence artisli([ue.

Les débuis furent assez difficiles.

Je m'adonnai d'abord à la naUire morle. J'excellai à la reproducli(Uidcstcles(le \"caii.

Je ne fus pascompris.

Je .t;Uai alors du [lortrait. J'eus le grand défaul de peindre tr(i|i vrai, de ne pas llalter le client qui se mil en grève.

Que faire'.' J'essayai du plein air en chambre, des vues d'usines.

— Je passais des nuits à dessiner des (dicniin(''es d'usine avec et'téts de Inné.

Je ne récollai ipie ri]i(litr(''rencc des bourgeois.

Enfin, — - j'avais dix-huit ans, — me vint une comniande.

I n iiiareliaiid de dc-

\aiilsdc clieinim'-c me pria d'ex(''cntcr une compo^ilion à la fois neuve moderne et oritiiiiate, intitulée « Les Ailimij: 'ht Cuiixrril ».

BENJAMIN H.VItlEn.

Ce comnierçanl, Irès silislail, me piiva mon œuvre dix iViines... à la condition que je lui en Iism' le iiendanl , par dessus le marché iJeux jours aprc;^. je lui livrais « Le Pyeloiir au Foyer

d'une

i'Ui:Mn;ri agi;.

cuuiposilion à la l'ois neuve, nioilerne el originale.

Le gouvernemenl. (|ui ]ie savait rien de ces deux loiles et par conséquent igiioi'ail mou i^oùl p(HU' la peiulure mililaire, m'appela ce|iendanl sous les drapeaux.

l'n malin, au rapport, ou dejuauda nu soldai inlelliKcnl, posséilaul des aptiludes d'arl pour un lra\ail spécial.

.le me pré-seulai.

Je plus au eolouel, el. îles le leudenuoi.. arujé d'un pinceau enduit de noir... je dessinai des cililes sur les murs de la caserne 1

lumiédiatemenl après, j'avais à repeindre les coi'ardes Iricolores en l'erdJane des képis n" I el à passer à l'euere de Chine le lil hianc ipii paraissait sur les coulures des {uniques, opéra lion qui nécessite de l'opérateur un cxlraonlinaire doii;lé.

Le bruit de ces hdeuls si divers alla jusipi'aux oreilles de .1 grosses légumes )) r[ je tus enMi>é au Ministère de la Cuerrc (Section géographi(pu') pour dosiner des co^-lunu's militaires el des tableaux de balaille deslim''S à décoLci- les salles d'iionneui' des l'é'gimcnls.

Là, pendani ileux ans. .ai coLn|iaguie île Saballié, le prestigieux dessinateur de L'illualvntiini, je lis nLanceuvi'cr sur la loilc di'S corps d'armée tout couluic le premier généralissime venu.

Mes œuvres lernnnées, je regagnai mon régiment où je devins

passai eiisinle le messie el oii I ensuile, |iuis /.c /'c'c

u Gi! l!Ui< lllu'iln: où )n m'acciu'illil :'i lu'as .1/i'/c où je l'us engagi''

— grandeur et décadence militaire! ... garçon de cantine!

Rendu à la vie civile, la caricature me tenta.

Je me mis sur la tète un grand chapeau nuiu. je nouai autour de mon col une cravate Lavallière^ de 3 mètres àfl el lis l'acquisilion d'une canne d'enlraînemcnl de 7 kilos et d'un carton à dessin de 7ôXi.').

Les directeurs de journaux, en me voyant, ne pouvaient s'enqièclier lie s'écrier; Knlinl ...voilà un homme qui a l'air d'un artiste ! »

C'est à la Cliivnnjiie Aiiniiiiiilc, sous l'aid Ilugonnel. que je II mes prenuèi'es armes. J j'étais attendu comuR' ouverts. Le Rii'e vint cminne dessinaleur de bêles el de gens.

Ce fid là \raiment que le succès conuiiença.

Malgré la i-é|Mignanee que j'éprouve à parler demoi,jesuisbieii obligé pour compléter eidle notice lie \ous renseigner un peu sur nnui inliuulé.

Connue lousies artistes xraiuicul

dignes de ce nom, je revèls. pour Iravailler, un eoshune Irè^ snggeslil' ainsi ciuupo-é ; i'S]iailrilles. panlalon gris bleu a\ec lieux i;rauiles iiu\erlures pour laisser passer les jambes, chemise de linelle que je porle sur ma llaiielle, cravale Lavallière passée sous le col de la clieiiii-e el nouée par devaiil. pipe en merisier, el c'est loul.

J'ai pris, à mon >erviee, un grand garron iiilelligeid, ancien arlilicier. pour nu- chercher des légendes pour mes dessins pendant que je travaille. Il s'acquille assez bien de son ciiqiloi. Voulez-vous quelques l'rhaidillons de son esprit V

l'n brave lioinine se réveille la nuit el aperçoit dans sa chambre à coucher un cambrioleur en train il'oiiérer : Ne faites ]ias de bruil, je vous en prie, il y a un malade au-dessous! »

UESSIN.VTEUR .\M.M.VL1EH.

lut.

Un nègrp, l'i moitié aviili- par un i rnijodilc, clil à son nnii rcsli' sur le bon! dii Nil : « Dis à ma l'cnimo (|ii'clle ne ni'allcnde pas

pour dîner. »

La damo à un jeune gonimenx :

— Monsieui'l \ous me coniprometlez ! Je vous défends de nie sui- \ re !... on bien failes a^"aneer nia ^"oi- I u re .

l'iaNTRE DK XATUrU: MOKTE.

I)eu\ lioliènn's :

— 'l iens, un boulon ! .l'xas le faii-e (-(unlre après mon pantalon.

— lien. ni(.)i, si j'en lrou\ ais un, je nie l'erais eoiMirc un panlalon

api(

Le donipleur ipii eiiuehe avec ses fauves :

~ (^(Hiiiuenl. le pairoii ipii a l'ail inslaller s(ui ]il dans la cage aux lions ?

— (.)ui... l'arail <pi'il y a des iiunaise.s dans sa idiainbre.

La dame el le mendiant aveugle :

] — (lommenl, vous n'èles pas privé de la \u(' ?

— Comnieiil vondriez-vons ipie je Ira- LE eORTHAiT. faille, ma p'iile dame, si j'y ^'ois pas?

.l'suis dresseur de eliieiis d'aveugle!

.le pourrais eonliiiuiM- ainsi à ciler jusi[u'à di'inaiii les mois de mon ami l'artilieier, mais eontinuons.

Aujourd'lini, je m'habille siinplcnienl . ,1'ai eomplélemiuil abandonné le eoslunie ullra-l'anlaisisle ili'rapiu pour le eomplel jaipiello de reinployi'.

J'ai l'air mainleiiant d'un gommeiix ipii iiiat'ijUcr"il mal. N'ayaiil [tas assez de ialeni pour lialiiliu' .Monlmarlre, j'ai loiu^ un coipu'l eniresol au deu\ième élage d'une maison sise avenue de

PLEI.N' .\IR.

Ségur, II" i'i. i|uc j'Iiabile boiirgeoisemenl a\ee ma mère, ma femme et deux enfanis, beaux comme le jour.

Je ne dessine jamais d a}irés nature, comme le font la plupart (.le mes confrères. Mes moyens ne me le perinellenl pas. Mes modèles sont si difficiles à se procurer et si coùleux ! Il y a une hausse, cette année, sur les lions et les éléphants.

Miui métier est plus difficile qu'on ne croit à exercer. Dessiner des bétes, c'est l'enfance de l'art; leur donner une expression triste ou joviale, tout est là.

Or, si l'on peut dresser un chien à faire le beau, à sauter dans un cerceau ou à traîner une petite voiture, il faut une palience à nulle autre pareille pour le faire rire ou pleurer.

Passe encore pour le chien, mais faire rire une vai lle!

J ai pass(' ties nuits blanches pour y arriNcr.

J'avais loué à mon lailier une vache el son xeaii.

J'entrepris de suile le veau, pensaiil (|u'il si;rail plus stuisible, étant plus jeune. Eh bien, pas du tout! ("i/sl la mère ipii s'est mise à rire la première, heureuse de me voir jouer avec son enfant.

Il fut un lenips où j'avais chez moi un coiiinieiicement de ménagerie se composant d'un laiiin, d'une oie el d'un canard. Tout ce petit monde-là m'accueillait ave<; une joie bru\;inle (piand je rentrais, le soir, à niiniiit.

J'étais heureux au milieu de loules ces bèti's. ipiand mon pro

.M- liliOlMENT.

INomnié garçon de cantine au bout de trois ans de service.

priélaire, plus bcte encore, me dit cpie, lorsqu'on voiilail se payer le luxe d'une basse-cour, on louait une maison à Neiiilly.

Lors; je donnai un dîner de congé où nous mangeâmes. aNcc ipielipies amis, le lapin, l'oie et le canard.

Je travaille, à mes moments perdus, pour les petits n'entants. J'ai fail, pour eux, 'l'intin-lAitin, l'adcl Paqucl , Maman Cabas.. Bob cl Héiiuj en collaboration avec Kred Isly, le talentueux stylisle.

Enfin, je pèse i)0 kilos, ce qui ne m'empêche pas do passer dans mon quarlier pour un homme léger!

t)E>J,\SlIX R.WBB.

J ai rnliiL I air d'un artiste

Pour i-opie roul'orme

LuiaE.N l'UECll.

.Tu n'auras pas ma pàléc, mon vieux.

Le \'œu exaucé

.Les deux poules étonnées.

MAPE GELÉE.

Un coin de l'Épopée

Le (jossE. — A la Ijimin' heure 1.... avee une nourrice coinuie celle-li'i, on peul inviler îles amis

Besogne simplifiée

Les locataires de Madame Blondeau

— Non. monsieur,... je n'ai jamais ou peur d'un sans-culolle.

Abel Faivre intime

les peintres

l'igurez-vous un jeune peiulre ayant, comme Ion (pii rt'speeleni, le eulle tlo la beauté.

Aux environs de la plaee Blanche, en son i^raeicux atelier Louis XV, aux blanches boiseries surmontées de tiinneaux, aux murs ornés de tapisseries anciennes, il se complaît ,i poi traiel nrer

d'adorables femmes et de non Ttïï^'^f moins adorables enfants.

11 poétise leurs imai>-cs afin qu'elles se rapprochent li' jilus possible du réve ipi'il s'en l'ait .

La beauté, il la recherche partout, la rencontre rarement et. quand il la trouve par hasard, il la détaille tellement, la déshabille à ce point qu'un phénomène curieux se produit en son i''tal d'àme.

Notre jeune peintre linit, en un mot, par ne plus découvrir que la laideur qui est en toute chose.

CROQUIS DE D.\NSEUSE. Machinalement , son cravon

s'amuse alors à grossir les traits comme s'il les apercevait au travers d'une loupe, à les déformer, et il en arrive à conl'ecfionner lies femmes énormes, aux yeux tout ronds, au rire larg-e.

Il li'S montre nues, étale leur chair débordante, point iln tout sugg-estive,

Lt \ oiià comment Abel l''aivre est devenu caricaturiste.

iN'é eu ISCiT, en la morne ville (h médecine et des méilecins est le lil la faculté' <lcs sciences,

,\yez donc des enfants!

Sou frère est docteur eu médecine, attaché au ministère de l'Intérieur.

Ayez donc des frères!

Après avoir fait d'excellentes études, passé sou l)accalaur(''aL Abel l'aivi'e reste trois années à l'École des Beaux-Arts de Lyon, où il remporte même le prix de l'Académie et la médaille d'hon-

Lyou, ce l)laguein' à fi'oid de la s «.l'un sa\ant d(tctevH\ doAcn de

CROQUIS

ABlil. FAIVllE.

Desrtin de SI^M.

neur du Salon. Oncques ne vil jiimais. paraîl-il, élève plus studieux,, plus rangé, plus tranquille.

Il vient alors à Paris pour suivii' les cours de l'École de la rue Bonaparte, et travailler dans les ateliers de Jules Lefebvre et de Benjamin Constant.

Pour ne iioinl perdre ses bonnes habitudes lyonnaises, il commence par obtenir, au Salon, une médaille de troisième classe.

Peu après, l'Etat lui achet.'iil. pour le musée du Luxembourg, son joli tableau La Femme à I' lliv ntiùl.

Ët voilà comment Abel Faivre se lit connaître comme peintre. ' Deux personnes cohabitent donc aujourd'hui, en son mèmei individu : le peintre cl le caricaturiste.

V Le peintre continue à portraicturer de jolies jeunes femmes, des bébés aux grands yeux étonnés, aux bonnes joues roses, et ses toiles sont des plus cotées. 11 peut donc aspirer à tous les honneurs, que dis-je! devenir à l'inslilul le collègue de M. Bougucreau!

Le caricaturiste s'est mis au premier rang avec son premier dessin, car il a su se créer un genre très personnel... le genre macabre.

Mais, en notre pauvre humanité, ce sont les choses les plus tristes qui, traitées d'une certaine façon, incitent le plus au rire,

Abel Faivre place le plus souvent ces bonshommes dans une situation des plus pénibles, mais tellement comique qu'on s'esclaffe avant d'avoir eu le temps d'approfondir la navrance du sujeL

Cha(|ue homme possède au fond de son cœur un fond de rosserie qui sommeille.

Vous croisez dans la rue un monsieur qui, soudain, glisse sui une pelure d'orange et se flanque par terre.

Votre premier mouvement serait peut-être de lui porter secours, mais votre fond de rosserie vous arrête et c'est avec peine que vous retenez une irrésistible envie de rire.

Eh bien, le monsieur qui tombe cl a pu se faire très mal, mais n'en est pas moins des plus drôles en sa chute, c'est le dessir d'.Vbel Faivre et le ])ublic regarde et se tirebouchonne, ne voulan' voir que le côlé plaisant.

(.'.e caricalurjste tire son maximum d'elîet avec le maxnnun d'horreur, mais comme il l'enjolive et que son crayon est d'uni gailé communicative !

Si l'on ne pouffait de suite, il faudrait en pleurer!

11 convient d'ajouter, et ce n'est pas un mince éloge en ce tempi de caricature à outrance, que son dessin même dans ses pages lei ])lus boulfonues reste toujours impeccable.

Comme tous h^s véritables arlisles il ne se prodigue pas et ne s (Toil |ias ol)ligi> de pondi'e une fantaisie même cpiand on vient f lui (K'iiiaudcr.

Il ne songe pas non plus à accaparer les premières pages de journaux illustrés, ce qu'il pourrait faire étant très à la mode.

CROQUIS

IlETOUn DE WAGRAM.

r.ii'ii i|iir d'iino imai;'iii;ili()ii fi'rlilo. il ninip ;'i ri'flrcliii' avflnl (l(> Mil iiiDiiilo nn n(tiivo;iu-in'-.

-- .le ne iIimikiikI;' inirii\ (| Ii' I iMv.-iilli'i'. nous disait-il un

jiini-, mais cnlin, i|ui' diaMi". cm |hmi1 bien i-rpcndant me laisser iiinier un eii;ai'e a[H'i''S (h'jeuiier.

l-jicoi-e ce j(ini'-là, se \anlail-il, ne l'iinianl jamais !

l'a son Alhiiiii. Abel l'aivre s'esl plu à nous monli'cr loules les i\ersil(''s de sou lalonl si souple.

l'eiiili-e avec son adorable lableau La jiftilf PuuiJi'(.'U!ie, porlrai-

llsle avec son Srai d'une exlraordiuaire vérib-, dessinateur avec ses ex(|uises t('>les de femmes.

I ne large pari esl, enlin réservée au caricaluriste. La grosse cuisinière, laisanL sauler ï Album dans sa poêle, ouvre l,a marche. Elle force IVanchemenl l'Iiilarilé cl ne peu.l-éveillei' la moindre idée suggeslive, la pauvre!

le jiii/emi'iU dr Purk est une parodie foi'l amusante; Les Ouvreuics., une spiriluelle ironie et Le Naueclaije une page e.xtrabouffe.

II y a de quoi rire et s'amuser en société, dirait Gavroche. El je souhaite que Gavroche ait raison.

LCCIEN PUECII.

Coquetterie

Page 1