‹ Les maîtres de la caricatureChapitre 14 sur 22 · I.E TOURNOI · texte numérisé non relu

I.E TOURNOI

ib I

Robida întîme

Hr même que Jules Verne eiil, l'idée ries bateaux soiis-mann'hien avani que les torpilleurs ne fussent inventés, Rohida dessmail de? ballons diriîjeahles ayant, la forme de ejo-ares bien a\"aid que li' Santos-riuirionl ne fil sa petite promenade autoiu'de la Toui KitTel.

flans sou extraiirrlinnire l'nnftiriDf SZ/'r/e. ou eharpie paître (^st r! une abrar'arlalirnnte fantaisie, ti^nt Paris est en balliui. Les \"o^a- ;;eurs se dnigent ^■e^s le- Ik'iIcIs en aiTonef: les petiti-s modi>letord leurs eourses de la rnèure faecui. ([ne dis-|e, le^ omnibus eux méme^ planent nu-de~~us des maisons:

Il e-l plus que prohalile que nous u assislermis pas à celte traii>formalion loromotrire, -i je puis m"ex|u-imer ainsi, mais Robida nou'- en donne un apereu tre^ pittoresque, re (pii est déjà quelqinehosr-

Honi' il une imanmalion étonnante, d est I auteur île mimbreux ouvrafTcs qui le elassenf parmi no^ i;ranils dessinateurs et e'esf pourquoi sa plaee était tout indiquée dans la collcelion de VAlhin,,.

Ouand il \ inl a l'ari:-. loduda ne sa\ail pas au jusie re rpi il liexail faire el se deuiaudail ; . Serais - Je pa.y.sagiste, dessiludeur. ou l'i' i'i\ aiii

Kii réalité, il a été les ti'ois.

Pavsaî^'isl.e a ses débuts, sa grande drstrni tion est eneore aujourd hui de partir en Bretagne on ailleurs et de passer ses joui'nées à eroquer de \ ieilies maisons et de \ ieilles rorde-s.

Il nous a été ilonni' rie \oir eri '-on alelii-u' fb's toiles af)solnmenl exquises.

Délaissant le paysage, muni rl'iine letti-e de l'eeommanrlalirii' fiobida s'en fut Irouvei' ("!ha m qui le présrmta à Philippon, direelenr du Joi/rnnI nmff^ont. rdie/ lequel il fit ses premières armes. Il erdla bore en-uile à f.ii p,' rîxioinc lorsque Decaux, éditeur très inteiligeirl. \oyant tout le parti que IVm pouvait, tirer d\in fel dessinateur, le prit à Co.rirnfifrf dont il nr' tari.lait pas à dr'\"enir Ir' rédaeteui' en ehel.

f.a r"/ 'ri///o't.Mnari;hait alors r'n plein sui'eés. Bac y eiurimr'iteail ^es élégantes silhouettes lie femmes et Cai'an dWelie ses pages nnlitaii'es qui tireni sa ri'pulalion.

Floliida fut un des leadeis de ce journal, qu'il dirigeait très habilement, mai- ee n'était pas assez pour Decaux qui voulait voir - alïermir plus encore la valeur de son pi-otégé chez lequel il avait ile\ iné l'illustralenr i/i jirtmn rn rlello.

L éditeur avait rai-on.

Dans ses VicWci villrx d'Iinlic, 'le .Su/.s.sc cl d' Es[)a'jne, Robida se

Cent ans

,,MinK S.VTIONAI

n'M'lM cr (|iril osl : 1111 v(-riliilili' arlislo.

Sun Viiii/lième sicrlr oui un succès (Hourdissanl. Non conleni (lo ' rilluslrcr, il on ccrivil io Icxlo (■(iiiinio il

conlinua ilo le l'iiin' .raillours pi.ui- sos aulrcs volninos, monliniil ninsi (|uc l'.'-i iivaiu ii:M no lo ^"""^t"" céilail on lion au clcssinalcur à la vorvo clolioniniilo. ^.■'"^ Dos l(ii-s, c1ku|uo annco, los volunios succodoroni aux // volumes ol Ions dilloronls los uns dos aulrcs ol loujoui-s aussi l'anlaisislcs.

An Vlioiliruw sièrle succodoroni La guerre au rinylicme sierle ; La vieille F va wr : Le voyn.je de M . Dumollet : La Tour Enchaulée ; ,lte((fl/ncs nos Aïeux: Le., rouage:^ de Saturnin Févawhnil : Paeis s'écle en siéele; Le purtefeui'le d'un très vieu.e ;,nrr.,», donl l'iiloo o^t ' ^ loin d'oiro lianalo.

P On vondoil un porlefouillo dont los poohoUos claicnl roniplios di- lollios j' d'amour, do notes do reslauraiil forl drôles, do reuillols conlonaul la - f vie du vieux gari:on au jour lo jour. Son aiiparilion oxoila vivcmeiil la S curiosilé du pulilic.

ï Hobida pulilia ôiialoinoiil dos romans sans dessins : /,-/ Trilni Salée ; La pari du Hasard, oonlos du Sièi;e ol do la Commune.

Enlin il illiislra le Lailielais d un iioiubro incali ulal.lo de gravures ipii sonl de loulc beaulo

Son Alinan osl il une grande variélo ol no poul manquor do plaire. On y roirouve sa science do reconsliluliou ol sou amusnnle lanlaisie. Levonlail fait de croquis de femmes do loules les époques csl d'une idée oharmanlo : .1 « bon vœux temps, une mailresse page, un Hobida de derrière les fagols. . .

Et que de détails drolatiques, d'une invention dos plus spirituelles contient sa Km- uwdern sl;,le<. Pcul-on rovordes maisons plus

cocasses, des personnages plus vingtième siècle ? i m i • ■

Très bouffe également sa sortie de l'Opéra où los spectateurs, y compris les gardes républicains et les soldais de M. Lepiuo, roga-

gnenl leur domicile en leur " Santos-Dumonl ".

Il y a surtout un groupe de femmes d'un curieux modornisme.

El A.e.s Korrigans.... Le château de Toaquedec Tout serait à citer. Conlentons-iious de mentionner spocialemcnl !.u l'dlc en feu:

d'éternel féminin

Paris llambo, rl, pri's (les toiii-s ilc Nul iv | laiiic

soni rt''rii^j(''('s gouilics i|nl i'cf;ai'il

I ou les les i l'UV.-i y('i'S,

cil l'eu.

LVI1VI on esl saisissant, phis mémo, et (lonolo chez son anlcnr une imafçinalion qu d'ailleurs la oarni-|orisli(|ni' do sdii laloiil.

Or, oe dossinaloiir, qui a ce pass(> si coiisid(-ral)le. o; aujourd'hui plus que jamais, on pleine possession do tous ses moyens.

Je n'en veux pour prouve (pie la inervoillouso reconstilution de son Vieux-Paris à l'Exposition, qui, vu do la Seine, était dos plus pittoresque.

Il lui a fallu trois ans de travail pour mener à bien cette œuvre considérnMo, sul'tisanto à elle seule ]iour que le nom de Robida ne soit pas

Nous no lrouv(uis (jifuno seule eliosi> à roproolier à ce fécond dessinalour. Il est d'une Irop tiraiido modoslio.

Dans rinlimilc: l'Iiomnie le plus simple du monde, très timide, aueuneni(-nl houlovardicr. Il ne fré.piento pas les cabarets à la mode et ne se perd point dans ceux de Jloiitinariro.

En un mol, il a on horreur les bruils de la Vil...

La banlieue jnirisienne le possède depuis longtemps.

Un beau jour, il s'est deman.lé : „ Pourquoi n'aurai,s-jo pas mon c-liez.-inoi où je .serais très à mon aise" . S improvisant alors archileclc il traea le plan d'une villa mil s'élevi .j,,i,.„, , ,. jamais d'autres. autrement qu il ne l'avait conçue. Les enlre|irencurs n'en font

Cette villa fort séduisante d'ailleurs est sise Route de la Plaine au Vésinet, où Robida habite avec sa petile famille Ouand io dis pe de!.... Il est pore de six eii^anls et, je crois que mes souvenirs me trahissent ; je dois être au dessous de la vérité. ■'

ent'iT, ' " r ' T°"' ^'■'^ ^' j« t™""-; 1^ t™--"-' "P Pl- jeune et qui

enUeia dans la carrière quand ses ames seront déjà connus. Puis de charmantes jeunes filles dont l'une, très douée de sine e scu p

Tous artistes Allons le nom de Robida n'est pas près de s'éteindre. Quand l'heure des vacances a s;nné, on bonde il mille e i'on part.... n importe ou, dans quoique eom perdu pourvu que ce corn possède de jolis paysages. Lcc e^P ncu

Le Quet

\uk Bains de Mer

I,E liADEAT

Aux Bains de Mer

LA l'OTlNlKKE

Les Coulisses d'une Féerie

AU i:ii.vti:li;i, I'KMunt i.iî uai.lf.ï hep insi-.ctus

Les travailleurs de l'enlaidissement

Ils sévisscnl an nord, au siiil, à l'oiiesl comme à l'est les démolisseurs municipaux! Acharnés à leur besogne, incapables de compcndre le sens de la beauté des monuments qu'avaient bâtis les grands-pères; ils ne savent que tomber à grands coups de pioche sur le peu qui reste encore....

LE Mi:iLLI::rR MOYEN d'aVIIIR OU LAIT bANS EAU

A LA TEUliASSi: DU CABARET

(Croquis)

Steinlen intime

ce temps-là, Moiilmarti'c n élail pas eiieore Jevemi une iniiiiensc boîte à'musiqiie.

On n'y voyait pas de caféi-oncert à merveilleuse façade projetant, le soir, des torrents d'éleclricité ; descène assez vaste pour contenir Jeanne Blocli ou l'aire manœuvrer un bataillon de petites femmes liabillces avec un ruban dans les cheveux.

L'cpidcmie dos chansonniers n'avait ])as éclaté non plus et l'on ne se cognait point à chaque tournant de rue à un cabaret jjlus ou moins artistique.

Ou no blai,'uait pas 11' gouvernement en des couplets sati- ■t la chanson « rosse » n'était pas née.

Seul, sur la Sacrée Bulle, régnait en maître le gcnlilhommo Rodolphe Salis, de joyeuse mémoire.

11 tenait alors ses assises Boulevard do Ro(diechouart en un polit cabaret — Le Ciinl Noir — se composant de deux petites salles. L'une, pour le grand public ; l'autre, réservée aux gentilshommes de la pensée et du pinceau.

Pompeusement, Salis avait baptisé celte salle L Acadéniie.

Est-ce parce que François Coppée, qui ne s'occupait pas de politique, y venail souvent dire des vers?

C'est donc à L' Acculé iiih' (pie se connurent et se lirenl connaître Adolphe Willette, un enfant du c[uarlier; Steinlen, fraîchement débarqué de Suisse et Caran d'.Vche, né en Russie.

Une triple alliance, ([uoi!

"Aidés du verveux Salis et de l'ultra-fantaisiste Alphonse Allais, tous Irois reudirenl célèbre I.c Chut Noir et, par contre-coup, jouiront à Jlonlmartio d'une grande réputation.

Si nous insistons sur la genèse de <'o feu cabaret arlistiqu

c'est pour monlrer le milieu dnus letiuel vécul Steinlen, dés son arrivée à Paris, milieu qui eut cei'lainement une grande inllueneo sur son avenir, de même que sur celui de Willette. 11 fil de Carau d'Ache l'auteur de L'Epojiér, l'humoriste (|u'il est encore aujourd'hui.

Ces trois dessinateurs ne tardèrent pas d'ailleurs à montrer ce qu'ils seraient un jour.

'S'Villette, montmartrois dans l'iime, n'a jamais ([uitté la Butte et c'est la rue Caulaincourt qui le possède actuellement. Aussi ses petites femmes jettent-elles toujours leurs chapeaux par-dessus le Moulin de la Galette.

Caran d'Ache, bien que ses dessins ne fussent pas encore achetés an poids do l'or, était toujours mis de façon ultra-chic et l'on devinait que le petit hôtel de la Muette guettait sa venue, (jue sa caricature deviendrait boulevardicre.

Quant à Steinlen, ipii avait commencé par d'esquises pages d'enfants et de chats, on sentait i cjuc « la rue » n'allait pas tarde)' à l'empoigner, qu'il en serait le peintre... et quel peintre!

On ne se trompait pas au Cluil Nuir. Steinlen est devenu un grand artiste et ses dessins resteront gui représentent les petites ou vrières dégringolant le matin la rue Lepic pour se rendre à l'atelier, ouïes ouvriers des faubourgs

— Des les pi'cmiers jours, nous conte Steinlen, je fus séduit par ce monde de la rue, ouvriers et Irottins, blanchisseuses et miséreux; pierreases et escarpes.

Si, au lieu de débarquer à Monimarire, j'avais liabité |irès des (irands Boule\ards, peut-être anrais-je essayé de peindre les bourgeois, les parvenus ou les millionnaires... et encore! Le riche

(|Ull

n'est pas amusant à étudier. 11 est en somme partout le mèiue, soit à Paris, à New-York ou à Saint-Pétersbourg.

Le peuple, lui, est beaucoup plus curieux. Puis, au fond, on suil son tempérament et le mien m'a conduit vers les humbles ((ui m'intéressent beaucoup.

N'avez-vous pas rejuarciué aussi, combien, à Paris plus que partout ailleurs, les corps de métier ont conservé la tradition du co.slu me.

Un charpentier a loujours les habits du charpentier, on le reconnaît a sa mise et aussi le zingueur, le maçon et les autres.

Allez, le matin, aux Halles et vous ferez les mêmes remûri[ues, ~ Et c'esl en llànani à travers les rues que vous croquez sur It vif vos bonshommes.

' ^ ■ " ,!>? .- ", . — J'ai toujours un carnet dans

ma poche, je prends des notes, cela me suffit.

Si, comme il nous l'a dit luimême, son tempérament le conduit vers les humbles, c'esl que Sleinlen est quelque peu socialiste. Il aime le peuple et kilte pour lui avec la seule arme qu'il possède,... son crayon.

11 soulTre de le voir soulîriret cela se sent dans ses dessins ijui sont empreints d'une grande tristesse.

Son zingueur n'est pas gai qui

déambule avec ses outils sur le dos. Steinlen pense sans doute aux trois francs qu'il va gagner à monter sur un toit au risque de se rompre le cou.

De par sa nature, son talent devait pactiseravec celui d'Aristide Bruant, qui a chanté Batignolles, Montmartre et La Chapelle.

Ils pactisèrent en ed'el et l'un a merveilleusemenlillustré les chansons de l'autre.

Leur premier livre eut un succès énorme sur lequel ils ne comptaient pas du tout. Ce livre devait être l'ait |iar un de nos grands éditeurs qui prit pour au dernier monienl. Oue l'aire? liruant se désrspt'-rnit, loi'squ'on lui oll'i'ir un lot de jiapicr. un laisser pour compte. « Tiens, se dit Aristide, si je l'achetais pour mon livre que je lancerais moi-même ! Qu'estce (pie je ri(pie? »

La première édilion s'enleva en quinze jours. Il y eut une suite et le chansonnier mit dans sa poclie plusieurs billets de mille.

Après /,<; C/inl. Nnir, Steinlen passa au Gil ISIna illustré. Dès lors son nom l'ul connu du grand public qui l'apprécia à sa jiisbv valeur, qui est considérable.

Dans son » Album r, où il a pu faire montre de toute sa virtuosité, il importe de citer tout d'abord sa double page, La Fètr populaire du 14 Juillet, qui est d'une extraordinaire vérité.

Tous ces gens qui dansent ou boivent ne s'amusent pas franclicment, on sent la joie de commande.

D'un douloureux réalisme ces blanchisseuses se rendant au lavoir et dont le corps plie sous le fardeau. C'est un véritable dessin de maître pouvant affronter toutes les comparaisons.

Comme tableaux sortant de son genre habituel, [,a Poupée et le l'oupon, d'une amusante facture, et La Femme coucliée que voudraient bien signer nombre de nos peintres les plus en vogue.

Comme croquis?... ils sont tous à citer : Le Cabaret, Les Ouvrières, Tj's C/ials, et enfin ces études de nu <pii prouvent que Steinlen aurait pu suivre une toute autre voie que celle <|u'il s'est tracée....

Alors, sans doute, n'eùl-il pas mis au monde ces petits chefs-d'œuvre de la rue qui forcent l'admiration.

Avouez que c'eût été vraiment dommage.

LucuiN PuECU.

Le Faubourg

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