L. ROGER-MILÈS
l'offre et la demande.
Albert Guillaume intime
Ouand nous avons eu l'idée de cet Album, désirant en confier le premier numéro à Albert Guillaume, nous nous sommes rendus chez le earicatiu-iste aimé des Parisienne^, curieux de savoir si nous ne dé(;ouvririons pas un Albert Guillaume inconnu du public.
Nous pensions, avec quelque raison, (|u'uu ancien élève de l'Ecole des Beaux-Arts, de l'atelier (Jérùnie, ne pouvait avoir complèleiueut abandonné ses pinceaux et devait, à ses niouienls perdus, brosser quelques toiles pour son propre plaisir.
Tous les artistes d'ailleurs, même les plus grands, obligés de par le goût du public de refaire éternellement le même tableau, aiment à peindre poiu' se délasser, et comme en cachette, des œuvres qui ne sortent jamais de leur " home " et que l'on serait bien étonné de voir signées de leur nom, tellement elles sont différentes des autres.
Je nu' souviens même, à ce propos, d'avoir surpris un jour M. ISouguereau, travaillant, en son atelier, à un immense " Christ à la croix " et, comme je manileslais une forte surprise : « — Ça vous étonne, me dit-il, du haut de son échelle, de me voir travailler à celle grande machine"? Oue voulez-vous, il faut bien se domier
de temps en temps vme pelile satisfaction. C'est uniquement pour moi, ce que je fais là, ça n'est pas pour la vente ! »
Nous pouvions donc espérer, en allant voir Albert Guillaume dessinateur, rencontrer un Albert Guillaume peintre.
On voit par cet Album que noire espoir n'a pas élé déçu, car il révèle un Albert Guillaume que vous ne soupçonniez certes pas.
L'Offre cl la demanib' est uu tableau de chevalet que ne désavouerait point Jean Béraud et montre que le dessinateur en vogue eût pu prendre rang parmi les peintres de genre.
On peut cependant reconnaiire encore en cette spiriluclle fantaisie le '■ faire " du caricaturiste.
Tout autre et par consé([uenl des plus intéressantes est sa page sur VAplu-odite de Pierre Louys, car elle dénote un véritable talent de composition et ililï'ère absolument de ce que nous connaissons de lui.
l'aul-il, après cela, regrellcr qu'Albert (Juillaume ne se soit adonné à la peinture?
Nous optons, par simple égo'isme, pour la négative, car il nous aurait privé de ses e.X(juises petites femmes qui obtiennent toujours
un grantl succès aiiprcs ilu jniliiic [loyiv KmiiicI il est le digne successeur de Gréviu.
a Et dans vos enrtous, demandons-nous à Guillaume? — Oliî l'ien il pi'enih'e, si ce n'est des dessins commis quand j iMais lout gosse... (juriud j mais dix ans! ^
;iiis d eid'anl qui repn'-sentent des M-ouvenL de l'acon indiscutable sa
et
liieu amusanU bataille- fantastiques i précocité.
D'ailleurs, si vous interrogez Albert Guillaume sur son goût pool- le dessin, il vous l'épondra : « — Ca vient de naissance ! »
El cependant, du colé ])alernel. aucun ancêtre habile à manier le crayon. Un côlé de sa mère, rien que des musiciens et, parani ceux-ci, M. et Mme Dabadie, les créateurs de Guillaume Tell à l'Opéra.
Or, tandis que Mme Guillaume est excellente musicienne, merveilleuse pianiste, sa fdle et ses, fils sont incapables de jouer « J'ai du bon tabac », el l'art du chant leur est complèlemeni élranger.
Parlez donc de l'alavisme, après cela! Au contraire, tous trois dessinent. Mlle Guillaume, mariée aujourd'hui, publie, sous le pseudonyme de G.Lami, de? œuvres exquises à /" Partëievnc, au Courriei' Français et des albums fpn ont beaucoup de succès. Le fils aîné est un architecte de grande valeur, et, quant à Albert Guillaume, son éloge n'est plus à faire.
« Au collège, à l'École Bossuet, nous racontc-t-il, je barbouillais mes cahiers de bonshommes que je portais chez Delagrave, qui, royalement, me pavait ceni siuis chaque dessin. J'en pondais pour 500 francs par mois! Quand Delagrave arréla mon ardeur, il était temps, sa maison d'édition se l'ùt effondrée sous le poids de mes croquis.
J'émigrai alors à la Vti-niP Illustrée de liaschel, mais je ne me fis réellement connaître k l'Exposition de blanc et noir en 1800 avec mes Hepas à Iravers les âges, où figurait un iuer à L'Elysée.
Je me souviens même, à ce (iropos, que mon père me présenta le jour du vernissage de elte Exposition au président CaruoI ipii. mo lendani la main, ne me dit que celte phrase : Alors, vous aussi, mon-
sHMir, vous croy( suis en bois. »
Après la Riwiw Illustrée, je passai à la f'u rieature FEMME AU MASQUE. pi'is au Gil Blus illustré,
où je commen(,'ai la série de mes petites femmes; enfin je finis à l'École des Beaux-Arts où je commis cette esquisse : Minerve visitant les neuf mu-^es sur le mont llélieon, qui est mon Puvis de Chavannes! »
Nous ne suivrons pas Alljei't Guillaume dans Ions les journaux ipii ont recherché sa collaboration pas plus qu'au régiment où simple frieotenr il passa son année <à décorer la salle d'honneiu" du 150'^ et à prendre sur le vif de spirituels croquis qui lui ser\ent encoi'e à composeï' des pages d'vme verve étourdissante.
Encore moins l'accompagnerons-nous chez les pelites femmes qu'il croque de si ravissante façon.
Et, d'abord, que sont ses petites femmes?
On lui écrit souvent : « Diablement capiteuse la petite femme de votre dernier dessin, chermonsieur Guillaume..., une demi-moudaineî. . . un modèle?... » Je vais être indiscret.
Le modèle n'existe pas, ne pose pas en son aleliei'. Albert Guillaume se contente de regarder les jolies frimousses qu'il rencontre et il y pense en dessinant.
Mais alors... ces parties à quatre en cabinet particulier qu'il nous raconte avec force détails, ces soupers qui ne se terminent qu'au petit jour.... Quelle noce il doit faire!
Grande est votre erreur. Si vous passiez vers 2 heures du matin dans la paisible rue Jean-Bart, vous pourriez voir au deuxième étage d'un
PORTIIAIÏ D ALBERT GUILLAUME.